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Schiste alors !

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Le sujet soulève les passions à travers le Québec et défraie les quotidiens au fil des semaines. D’un côté, des milliards de dollars en jeu, de l’autre, une population inquiète, mise à l’écart par manque de transparence gouvernementale, et, au centre, notre environnement condamné au sursis jusqu’à nouvel ordre.

La semaine passée, Polysphère avait réalisé un reportage sur l’impact de la technologie des gaz de schiste face à l’environnement, en mettant l’accent sur les désastres écologiques vécus par nos voisins américains, sur la faramineuse quantité de ressources naturelles nécessaire à ce procédé et sur les craintes causées par le mélange injecté dans les strates de schiste lors de la fracturation. Mélange, qui je le rappelle, n’est toujours pas rendu public à l’heure actuelle.

Délaissons les données scientifiques cette semaine pour mettre à l’avant la dimension politique du débat. Les partis de l’opposition, c’est à dire le Parti Québécois et Québec Solidaire, se sont exprimés en faveur d’un moratoire à effet immédiat jusqu’aux conclusions du BAPE (Bureau d’Audiences Publiques sur l’Environnement) en février 2011, décriant une totale
« improvisation » doublée d’un certain
« amateurisme » de la part du gouvernement des libéraux. L’ADQ, quant à elle, est scandalisée par le pouvoir des lobbys environnementaux sur le secteur de l’énergie au Québec (mettons que de leur part, on en attendait pas moins…).

Le 31 août dernier, Gérald Fillion, journaliste de Radio-Canada spécialisé en économie, reçoit en entrevue Nathalie Normandeau, ministre des Ressources naturelles et de la Faune du Québec. Il insiste sur l’inquiétude de la population face au projet du gouvernement, s’inquiète de l’absence de transparence du gouvernement et de l’industrie face à la situation actuelle, et s’interroge sur la réelle portée du rapport du BAPE en février prochain.

Mme Normandeau tente tant bien que mal de défendre la position du gouvernement Charest en précisant que ses intentions étaient claires et établies depuis 2006, en prenant appui sur la stratégie énergétique du Québec de 2006 à 2015.
En parcourant l’épais document de 138 pages, on se rend vite compte qu’il n’est aucunement question des gaz de schiste. Nulle mention de ce type d’énergie. Certes, le volet du pétrole et du gaz naturel y est abordé, mais aucune ligne n’est écrite explicitement sur cette technologie qui aujourd’hui attise le débat. En page 16, il est écrit que l’« approche retenue sera respectueuse de l’environnement ».
Niveau écologique, c’est certain que le gaz de schiste, il n’y a énergie plus verte ! (attention, haute teneur en sarcasme). On repassera.

Mais continuons un peu plus loin dans la lecture du document.
En page 80, il est mentionné que le Québec doit « renforcer sa sécurité énergétique à moyen et long termes ». Pourquoi une telle précipitation dans le dossier des gaz de schiste ? Comme il a été dit la semaine passée, les réserves de méthane sont emprisonnées depuis des millions d’années dans le schiste de notre sous-sol. Elles peuvent bien attendre quelques mois de plus…
À croire que les décisions ont déjà été prises…

Gérald Fillion relance la ministre Normandeau sur la possibilité de gouverner par consultation dans le dossier des gaz de schiste, ce à quoi elle rétorque que le BAPE est justement là pour cela, répondre aux questions de la clameur populaire.
Soit. Néanmoins, si l’on reprend les paroles de la ministre, le mandat du BAPE sera de mettre sur pied un premier code de conduite pour « éviter que ce genre de situation ne se reproduise », dans le but d’entendre les citoyens en leur fournissant des outils d’informations objectifs. N’y
a-t’il pas erreur dans l’énoncé ? Les décisions qui seront prises en février prochain auront-elles un réel impact sur la machine industrielle des gaz de schiste ? Il n’est point nécessaire d’attendre trop longtemps, car la ministre écarte toute incompréhension de la part du public : l’exploitation commerciale des gaz de schiste n’aura lieu qu’après la décision du BAPE, mais aura lieu quand même, peu importe ce qui sera décidé car le « débat, pour nous [le gouvernement Charest] est déjà fait » (et le pire, c’est que je n’invente même pas !). Minute papillon, la ministre ne vient-elle pas de mettre en péril la pertinence du BAPE ? Impact zéro, et les conclusions de février prochain ne sauront freiner la roue imperturbable du bradage à bas prix des ressources du Québec, sans oublier des conclusions désastreuses au niveau de l’environnement.

Un des mandats du BAPE est de répondre aux préoccupations de la population face au danger environnemental de l’exploitation des gaz de schiste. En page 84 de la stratégie environnementale du Québec, il est noté qu’un accord passé avec la compagnie Talisman Energy Inc. a été ratifié quant à l’exploration gazière au Québec.
Talisman Energy Inc., cette même compagnie canadienne possédant plusieurs puits au Québec et dans l’État de New York, cette même compagnie qui fait face au moratoire mis en place par l’état américain depuis août 2010 dans l’attente des résultats environnementaux et des impacts de l’industrie des gaz de schiste en Pennsylvanie. Si certes le gouvernement Charest désire exploiter une technologie respectueuse de l’environnement, il rate alors complètement le bateau en précipitant les démarches menant à la commercialisation du gaz naturel issu du sous-sol québécois, vu le piteux bilan écologique que peuvent dresser nos voisins du sud.

Mais délaissons notre pauvre ministre Normandeau qui n’arrive qu’à grand peine à cacher la décision déjà prise depuis belle lurette par le gouvernement libéral. Une autre question pourrait être abordée, quelque peu éthique cette fois-ci.
Stéphane Gosselin, chef de cabinet du ministre du développement économique, démissionne de son poste à la fin août 2010 pour entrer en fonction dans l’Association Pétrolière et Gazière du Québec. Drôle de coïncidence n’est-ce pas ? Une carte idéale pour ce lobby pro-gaz de schiste, un informateur directement trié sur le volet.

Acceptabilité sociale, environnement, création d’emploi et de richesse, tels sont les mots employés par la ministre Normandeau par rapport aux gaz de schiste en guise de conclusion. Trois points complètement déconnectés avec la réalité actuelle, les préoccupations de la population et les études de risques environnementaux. Des précédents aux États-Unis peuvent témoigner du réel danger de cette technologie, mais cela tombera dans l’oreille sourde du gouvernement. Car face à l’attrait économique à court terme, sans vision durable et écologique, certes le Québec se méritera une place sur la carte mondiale de l’industrie gazière. Mais à quel prix ? Une eau polluée, des terres saccagées, une population trompée.
Tandis que plane encore le spectre du désastre écologique du Golfe du Mexique couplé avec l’image d’incompétence fl agrante du géant BP (où sont passés les milliards de dollars de remboursement au fait ?), nous sommes en droit de se remettre en question ici, avant que de tels périls ne surviennent. Mais ce n’est pas important, car après tout le Québec se retrouve devant l’opportunité de remplir les poches des industries. Après tout, n’oubliez pas le slogan des libéraux lors de la dernière élection provinciale…
L’économie d’abord, oui !

À consulter sur le sujet : Statégie énergétique du gouvernement
: www.mrnf.gouv.qc.ca/
energie/strategie Entrevue télévisée réalisée par Radio-Canada disponible sur youtube
: tag Nathalie Normandeau ; Gérald Fillion




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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