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Lula, la fin d’un règne

Le 1er janvier prochain, Luiz Inácio Ferreira da Silva dit « Lula » quittera le poste de président de la République fédérative du Brésil après huit ans de bon et loyaux services auprès de sa nation, mais aussi de son continent et de tous les pays dits du Sud. Né dans la misère, devenu cireur de chaussures, ouvrier métallurgiste et syndicaliste, « Lula » a réussi le pari fou de gagner l’élection présidentielle en 2002 sous la bannière du Parti des travailleurs. Le jour de son intronisation il déclarera : « Le changement, voilà notre mot d’ordre (…). L’espoir a vaincu la peur, notre société a décidé qu’il était temps d’emprunter une nouvelle voie. » Le changement aura bien eu lieu, Lula aura même été un modèle de réussite pour les pays émergeants. Bénéficiant de l’envol économique de son partenaire chinois (dont le commerce avec le Brésil a augmenté de plus de 750 % en 8 ans), Lula est parvenu à utiliser cette force au service du peuple : il a sorti vingt millions de Brésiliens de la pauvreté ; il a su améliorer la condition des plus démunis, sans inquiéter l’élite.

Il a accentué le concept de leadership du Brésil dans la région, en défendant la (vieille)
revendication d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et en se présentant comme un porte-parole des intérêts de l’Amérique latine. Le président Lula a multiplié les contacts avec les chefs d’état de la zone et a été à l’origine, en 2004, de la création de la Communauté sud-américaine des Nations (CASA), puis en mai 2008 la création de l’Union des nations sud-américaines (Unasur)
proche de l’UE et enfin en mars 2009, d’une branche militaire, le Conseil sud-américain de défense (CSD). L’inertie économique régionale entre pays sud-américains entrés par Lula, a amené à des alliances surprenantes. Le Vénézuela en est le meilleur exemple. Lula et son parti ne partagent guère leurs idéaux nationalistes (toute grande entreprise doit être contrôlée par l’État). Pourtant, le Brésil a oeuvré activement pour l’adhésion du Venezuela comme 5e membre du Mercosur (Alliance Sud-Américaine) et Lula lui-même a toujours défendu publiquement Hugo Chavez. Le projet de création de la Banque du Sud est né à Caracas et Brasilia s’y est rallié, sans grand enthousiasme, tout en réussissant à poser ses conditions (limitation du champ d’activité à l’Amérique du Sud par exemple).
La contrepartie économique a été très avantageuse.
Les exportations brésiliennes vers le Vénézuela sont passées de 537 millions de dollars en 1999 à 5,2 milliards en 2008, ce pays devenant le 7e client du Brésil. Les entreprises brésiliennes ont obtenu plusieurs grands contrats significatifs. Ainsi Lula aura su manier alliance économique et détachement diplomatique des idéologies disparates de la région (des gauchistes vénézuéliens d’Hugo Chavez aux conservateurs colombiens).

Aujourd’hui, il propulse au devant de la scène politique sa protégée : Dilma Rousseff.
Elle a eu un destin aussi incroyable que son mentor : membre de la guérilla lors des années 60, elle a été capturée en 1970 et emprisonnée pendant trois ans. Le mois prochain, cette inconnue du grand public il y a encore six mois deviendra la 36e présidente du Brésil. Elle profite de la popularité hallucinante de Lula : 80 % d’opinions favorables, 78 % des Brésiliens jugent « bonne ou excellente » l’action du gouvernement, 18 %
« normale » et 4 % « mauvaise ». Chose rare pour un président en fin de fonction. Lula est à chaque meeting et spot télé aux côtés de Dilma à répéter le slogan du Parti des travailleurs (PT) : « Pour que le Brésil continue à changer ». « Dilma est la principale responsable des conquêtes de notre gouvernement, la mieux préparée pour gouverner », répète-t-il.
On a fait une première révolution en élisant un ouvrier métallurgiste, on va en faire une deuxième en élisant une femme. »

Le 1er janvier prochain, Dilma Roussef rejoindra le cercle très fermé des femmes chefs d’état : Merkel, Kirchner (présidente de l’Argentine), Chinchilla (Costa Rica), Gillard (Australie), Patil (Inde) ; espérons qu’elle sera à la hauteur de son prédécesseur pour continuer son travail admirable. C’est en tout cas tout ce qu’on peut lui souhaiter.




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