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La France devient-elle xénophobe ?

«Amis, la persécution et la douleur c’est aujourd’hui ; les États-
Unis d’Europe, les Peuples-Frères c’est demain. »

Cette citation ne provient pas d’un défenseur des droits de l’homme se fustigeant face aux nombreuses expulsions des Roms de France (tsigane originaire d’Europe de l’Est vivant dans des camps avec plusieurs caravanes), mais de Victor Hugo en 1852. Rappel rapide des faits, le 18 juillet dernier, Luigi Duquenet, un gitan de 22 ans recherché pour vol, est tué dans la nuit du 16 au 17 par un gendarme affirmant que le jeune homme avait forcé un contrôle de police. Une cinquantaine de gens du voyage attaquent la gendarmerie pour souligner l’injustice de cet accident dramatique.

Puis tout s’enchaîne. Le fait divers laisse place à la récupération politique. Le président français Sarkozy saisit le dossier en déclarant que ces événements « soulignent les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms. » Début août, une circulaire provenant du ministère de l’Intérieur ordonne que
« 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms. » Le gouvernement français met en cause directement une communauté en la stigmatisant et en la discriminant. Il est à la limite de la légalité en expulsant des ressortissants européens alors que la communauté permet aux hommes de circuler librement dans les pays de l’Union. Certes, il ne faut pas nier que le problème des Roms est réel en Europe : écartés au sein de leur propre pays (en Roumanie ou en Bulgarie), ils émigrent vers les pays de l’ouest (France, Italie, Allemagne, Danemark…) où la mendicité et le tri des poubelles permet à ces communautés de vivre dans des conditions plus décente et permet d’avoir accès à certaines aides sociales (qu’ils n’ont pas dans leur pays).

Mais la France a choisi une méthode dure, discriminante et qui pourrait l’entraîner vers un isolement diplomatique comme l’avait connu les États-Unis sous la présidence de Bush. À moins de deux ans de l’élection présidentielle, le président Sarkozy est au plus bas dans les sondages et même dans son électorat traditionaliste. Attiser la peur de l’autre, technique souvent utilisé par les politiciens républicains en perte de vitesse, c’est un chemin qui peut mener assez rapidement au racisme, à l’extrême-droite, à brouiller les esprits et à ternir l’image de la France alors que ce problème (social et sociétal) concerne moins de 15 000 personnes.

Cela choque en Europe comme à l’étranger, la France, le pays des droits de l’Homme, devra faire un choix (et vite) entre un entêtement qui pourrait l’isoler ou un changement d’attitude qui lui permettrait de proposer d’autres solutions comme aider la Roumanie et l’Union européenne ou mettre en place des solutions (financières, politiques et légales) pour améliorer le sort des Roms.
À elle de faire son choix.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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