Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Frank Bruno débarque chez les Carabins

Tout n’a pas toujours été rose pour Frank Bruno. À l’âge de 16 ans, alors qu’il jouait au niveau midget avec les Cougars de Lakeshore, il a vécu les moments les plus durs de sa vie. Après avoir ramené une échappée dans la zone des buts, il s’est effondré. « Je suis tombé car je n’arrivais plus à respirer », se remémore le jeune homme, aujourd’hui âgé de 20 ans. « J’étais un peu inquiet après la rencontre donc ma mère m’a conduit à l’hôpital et ils ont trouvé une tumeur entre mon cœur et mon poumon ». Heureusement pour Frank, cette tumeur n’était pas cancéreuse et pouvait être enlevée facilement. Cependant, les médecins lui ont alors indiqué qu’il était aussi atteint de la maladie de Hodgkin, une forme de cancer qui s’attaque aux ganglions. « J’étais sous le choc. Je n’arrivais pas à le croire », raconte-t-il. « Je croyais que je ne jouerais plus jamais au football, mais j’avais quand même espoir de revenir au jeu et je voulais montrer à tout le monde que je pouvais encore jouer ».

Une récupération difficile

Le retour au jeu s’est fait attendre pendant de long mois. À cette époque, Marc-Olivier Brouillette jouait également au niveau midget, mais contre la formation de Frank. « Tout le monde dans la ligue et dans le West Island l’appuyait. En le connaissant, on savait qu’il allait s’en sortir. C’est un gars tellement enthousiaste », raconte le jeune quart-arrière de deuxième année. Après plus de huit mois de traitements et par surcroît avoir vu son poids chuter à 110 livres, Frank s’est remis à l’entraînement pour reprendre la forme et ses 50 livres perdues. En 2004, malgré le fait qu’il n’avait pas joué au football depuis un an et demi, il décide de s’inscrire au Collège Vanier et de tenter sa chance avec les Cheetahs. « L’entraîneur m’avait dit que je ne jouerais même pas un jeu à ma première année, mais que je pouvais apprendre le livre de jeux, rencontrer mes coéquipiers et avoir un impact l’année suivante. Cependant, dans ma tête, je me disais que j’étais là pour jouer dès ma première année », explique-t-il. Et c’est ce qu’il a fait lorsque son entraîneur l’a converti en receveur de passes, lui qui avait été porteur de ballon par le passé. Ce qu’il a accompli par la suite est digne d’un conte de fée. En 2006, en plus d’avoir battu le record pour le plus de verges par la passe en une saison pour un receveur au collégial AAA avec 968, il a aidé les Cheetahs à remporter un premier Bol d’Or en 15 ans. Il a également été classé meilleur joueur de moins de 20 ans par Football Québec.

Une expérience en or

En février 2007, Frank a été nommé comme capitaine de la formation canadienne lors du Championnat mondial junior à Miami tenu dans le cadre du Super Bowl. Équipe Canada a remporté une troisième médaille d’or consécutive et selon le receveur de passes, c’est ce genre d’expérience qui lui permet de réaliser à travers quoi il est passé. « Après la finale, j’ai pris cinq minutes pour essayer de bien comprendre ce que je vivais », se remémore-t-il. Frank Bruno, qui reconnaît ne plus rien tenir pour acquis, affirme que son combat contre le cancer ne l’a pas vraiment changé. Son ami et co-équipier Marc-Olivier Brouillette, croit le contraire : « C’est certain que ça l’a renforcé. Il a toujours été un joueur intense, mais maintenant, il joue tous les matchs et aborde chaque entraînement comme si c’était son dernier », raconte Brouillette. Son nouvel entraîneur-chef avec les Carabins, Marc Santerre, avoue avoir été touché par l’histoire de la recrue. « Quand j’ai appris son histoire, ça ne m’a pas surpris. Tu vois que c’est un gars qui a fait face à de l’adversité dans sa vie. C’est quelqu’un de très passionné ».

Une inspiration unique

On pourrait croire que Frank Bruno se serait inspiré de Mario Lemieux, ancienne vedette du hockey professionnel, qui avait lui-même combattu la maladie de Hodgkin au début des années 90. Pourtant, il s’est plutôt reconnu en Saku Koivu, capitaine des Canadiens de Montréal. Rappelons que Koivu avait été atteint d’un cancer en 2001 avant d’exécuter un retour au jeu spectaculaire à la fi n de la saison 2002. « L’histoire de Saku m’a beaucoup inspiré », raconte Bruno. « C’est incroyable de faire ce qu’il a fait après avoir battu le cancer et de voir qu’encore aujourd’hui il joue dans la Ligue nationale à un haut niveau ». À l’époque où Frank suivait des traitements, des proches avaient rencontré Koivu pour lui demander d’envoyer une lettre d’encouragement personnalisée à Frank. Un geste qu’avait grandement apprécié le jeune joueur de football qui aimerait percer chez les professionnels dans quelques années. Il devra tout d’abord faire ses classes avec les Carabins de l’Université de Montréal. « Je suis content d’être ici. J’ai grandi à Montréal et je veux y rester. En plus, j’aime l’équipe et les entraîneurs ». Avec un joueur comme Frank Bruno dans ses rangs, parions que les Carabins ont trouvé une source de motivation lors des moments difficiles.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+