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FME à Rouyn-Noranda

Pour quiconque n’a jamais mis les pieds dans cette région, le simple mot Abitibi fait ressurgir des images de vallées enneigées, de contrés lointaines, de moustiques en quantité industrielle, de veuves de chasse, de 4×4 ou encore de chemises à carreaux. Ce n’est pas tout faux, le jeune homme écrivant ces lignes étant lui-même originaire de la vallée de l’or, mais il faudra dorénavant rajouter le FME (Festival de Musique Émergeante) à la liste. Improbable rencontre entre deux univers éloignés, le temps d’un long week-end, pour une 7e édition.

Serait-ce l’effet de l’éloignement – Rouyn-Noranda étant situé à un bon 8h de route de Montréal – le dépaysement ou tout simplement la petitesse de la ville ? Contrairement aux festivals du genre qui se tiennent à Montréal l’ambiance au FME est propice aux rapprochements. Galopant de salle en salle et de bar en bar, les publics Abitibien et Montréalais, ainsi que les artistes issus de la scène locale, n’ont d’autres choix que de constamment se côtoyer, d’apprendre à se connaître et d’éventuellement faire le party jusqu’aux petites heures du matin. Heureusement, nous avions apporté foulards et mitaines (on a eu droit à des températures devant frôler les zéro degrés !).

Survol de quelques évènements qui ont marqué notre week-end

La journée du samedi débute à 14h avec quelques artistes du Piknic Électronik,
qui se sont installés sous une petite tente extérieure pour accommoder les spectateurs en un temps plutôt gris. C’est malheureusement devant une foule très peu nombreuse que défilent, non sans énergie, les invités. Le DJ et producteur montréalais
Lunice nous offre une musique électronique survoltée aux arrière-goûts hip-hop, le tout surmonté d’une démonstration de tecktonik assez innovatrice. Impossible de rester insensible à la performance qu’il nous livre ; il y a de quoi faire danser toute une discothèque ! Pourtant, l’ambiance détonne avec ce qu’on connait des Piknic montréalais du dimanche après-midi ensoleillé, mais c’est plus le résultat d’un mauvais timing que de mauvaises performances.

En fin d’après-midi, les derniers survivants du Piknic désertent la tente extérieure pour se tailler une place dans l’un des 5, 7 (gratuits)
au centre-ville de Rouyn. Le choix est difficile : Bernard Adamus, La patère Rose et Damien Robitaille se disputent la vedette. Une foule monstre se déplace dans l’arrière-boutique d’un magasin de disque pour écouter
Bernard Adamus, malgré l’abondance des spectacles qu’il a donnés en 2010, et se dandine au son des rythmes folk-blues du chansonnier et de ses musiciens. Pendant ce temps,
Fanny Bloom de La Patère Rose,
au bar Le Groove, se trémousse en chantant devant une foule tout aussi dense. Le trio nous offre plusieurs chansons du nouveau maxi, Waikiki,
et la voix de Fanny Bloom atteint une fréquence anormalement élevée.

Au menu principal, deux spectacles très différents. Le petit théâtre accueille The Melvins, pionniers du hard rock américain des années 80.
Un show qui détonne un peu avec le reste de la programmation du
FME, mais qui a su attirer un public nombreux et éclectique, mi-touriste, mi-groupies. La performance livrée est assez impressionnante : deux chanteurs, deux drums et beaucoup de décibels. Dans la catégorie touriste, on observe Pierre Lapointe
qui, d’un air curieux et dubitatif, écoute le spectacle un peu en retrait de la foule.

Pas très loin de là, dans une ancienne église transformée en salle de spectacle, les visiteurs accueillent plus que chaleureusement les membres de Karkwa. Le show est à guichet fermé depuis plusieurs semaines et la fébrilité se fait sentir dans la foule. Karkwa ouvre le spectacle avec plusieurs chansons du dernier album, Les chemins de verre, plus ambiant et moins symphonique que le précédent. L’acoustique initiale de la scène est plutôt douteuse ; il est même parfois difficile de reconnaître les titres des chansons. Une petite pause technique a remis les choses en place et le groupe a pu offrir un show à la hauteur des attentes des spectateurs. Puissant, mélodique et nuancé.

Petit arrêt par la seule microbrasserie de la région, Le Trèfle Noire,
avant de continuer notre marathon musical. On y savoure une excellente stout au café, très puissante et goûteuse.
La double-IPA reste encore à travailler, mais on leur pardonne, ça ne vient que d’ouvrir. On clôt le tout avec
Parlovr, qui nous offre, dans un autre petit café sympathique de Rouyn, un rock-indie puissant et énergétique.
Aucune subtilité, on pousse à fond les trois instruments et on nous offre de petits bonbons qui se consomment rapidement, mais plein de saveur.

On est épuisé, il ne reste plus qu’à
aller manger une bonne poutine chez
Morasse, l’équivalent régional de La Banquise. On se vante d’y servir la meilleur poutine au monde, laissez-moi en douter.

Avec une programmation de qualité comme celle-là et une ambiance qui rompt avec toute tradition montréalaise, on ne peut que souhaiter longue vie au FME, qui a su attirer cette année quelques 17 000 festivaliers, foule record, il va s’en dire.
L’évènement est encore en nomination cette année au gala de l’ADISQ.

Nous, on dit : à l’an prochain, cher Abitibi.

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