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Entretien avec Uproot Andy

Question de profiter du passage d’Uproot Andy au {Karnival de Poirier, le
Polyscope s’est entretenu avec le newyorkais d’origine ontarienne quelques minutes avant son entrevue à l’antenne de Masala, sur les ondes de CISM.}

Né de parents musiciens, Andy Gillis – mieux connu sous le nom de scène d’Uproot Andy – a été en contact avec la musique dès son jeune âge. C’est ainsi qu’à
l’âge de 19 ans, Gillis décide de quitter Toronto pour aller étudier la composition de musique classique à New York, ville où il avait déjà séjourné par le passé et qui semblait être la résidence naturelle pour un passionné de musique.

En contact avec la musique de tous les horizons à New York, principalement celle amenée par les immigrants d’Amérique latine et des Caraïbes, Gillis
se retrouve dans un environnement où la musique se fraie elle-même un chemin jusqu’à lui, sans qu’il ait à chercher bien loin pour assouvir sa curiosité musicale. Il est séduit par la musique caribéenne, à la croisée des chemins de cultures d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Europe, où les influences des différentes origines se marient pour former quelque chose d’à la fois familier et exotique.

Sa passion pour la musique étrangère le pousse à se produire en tant que DJ au Mehanata, un bar de New York principalement axé sur la musique originaire des Balkans, mais ouvert à toutes les musiques du monde. Quelques semaines à peine après sa performance, on lui offre une résidence au bar, ce qui lui permettra de rapidement se faire connaître tant du public féru des rythmes qui animent les planchers de danse de l’étranger que des autres figures de cette scène au sein de la région de New York. C’est ainsi qu’il est rapidement amené à mettre sur pied les soirées Que Bajo?! en compagnie de son acolyte Geko Jones, moins de deux ans après avoir obtenu sa première résidence en tant que DJ.

Ces happenings connaissent un succès presque instantané, contraignant même les organisateurs à passer d’une soirée mensuelle à une soirée hebdomadaire pour satisfaire à la demande du public. Ils saisissent l’occasion et en profitent pour inviter d’autres artistes tels que Toy Selectah, DJ /rupture et
Chief Boima à se produire à leurs côtés dans le cadre de ces évènements. La popularité de ces soirées n’a cependant pas eu un grand impact sur la sélection que joue Gillis, qui tente de conserver la même philosophie qui l’a animé à ses débuts : partager ses découvertes musicales et faire danser les gens. Il affirme ne jamais avoir eu la prétention de mettre sur pied quelque chose de révolutionnaire dans le domaine, et que c’est en conservant cette structure qu’il est le plus à l’aise, qu’il se produise dans une petite salle ou dans un grand club.

En quelques mois à peine, la réputation des évènements Que Bajo?!
a dépassé les frontières, amenant
Uproot Andy à voyager en Europe et en Amérique du Sud, terre d’origine de plusieurs genres qu’il affectionne particulièrement. Il affirme cependant ne pas s’être senti intimidé outre mesure de jouer, par exemple, de la cumbia en Colombie ou en Argentine, bien qu’il s’agisse d’un genre folklorique associé à ces régions. En vérité, le kuduro, le bullerengue ou la cumbia sont autant de cordes que Gillis possède à son arc, mais il ne tente pas de produire une version pure ou traditionnelle de chacun de ces genres, ni de se retreindre uniquement à l’un d’eux en fonction du pays où il se produit. Il tente plutôt de s’inspirer des caractéristiques propres de chaque style pour les fusionner afin d’en dégager les meilleurs éléments. Le tout, revu à la façon familière des basses fréquences et de la musique de club qui fait bouger les planchers de danse à la façon qui nous est familière ici.

Le DJ et producteur travaille actuellement à la production de son premier album et tente de laisser quelque peu de côté les tournées, qui ont été nombreuses pour lui dans les derniers mois, pour se concentrer sur la composition de pièces. Se sentant plus à l’aise de retravailler ses morceaux longuement chez lui en les laissant mûrir un certain temps, il prévoit ainsi prendre une pause de spectacles pour se consacrer à son album. Il espère ainsi pouvoir créer quelque chose digne de plus d’une écoute en se concentrant sur les éléments fondamentaux d’une composition, qu’il parvient à identifier en retravaillant un morceau laissé de côté un moment. Plus difficile donc pour lui de créer sur la route, ce qui explique sa réserve à partir à nouveau en tournée, exception faite de quelques concerts sur la côte Est prévus au cours des prochains mois.

Difficile de conclure cet entretien sans aborder la question du projet Noise et de la cohabitation entre salles de spectacles et résidents de leurs alentours, surtout en présence d’un artiste établi à New York depuis le début des années 2000. En effet, l’augmentation des amendes imposées pour « bruit excessif » ainsi que l’attitude générale de l’administration du Plateau Mont-
Royal face aux salles de concert, aux affiches et aux artistes n’est pas sans rappeler l’opération Silent Night mise sur pied par le maire de New York, M. Michael Bloomberg, en 2004.
Le parallèle avec la ville de Montréal semble d’autant plus intéressant à tracer car, tout comme à New York, aucune règlementation n’indique de limite sonore à ne pas dépasser, laissant ainsi l’émission de contravention à la discrétion des agents de police.

Interrogé quant à l’impact de l’opération Silent Night sur la scène culturelle de certains quartiers new-yorkais et sur l’effervescente scène musicale de la métropole américaine, Gillis affirme ne pas avoir observé un exode des artistes ou une balance négative du nombre de salles de spectacle. Il admet cependant que la gentrification de quartiers tels que le Lower East Side (l’équivalent new-yorkais du Mile End) a contraint la relocalisation de certaines salles ou la migration de certains résidents vers d’autres quartiers. Une nouvelle relativement bonne pour Montréal, même si l’on se permet d’espérer que la nouvelle réglementation de la ville ne dénature pas des arrondissements qui sont parvenus à se tailler une forte identité aussi bien sur la scène locale qu’internationale.
U

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Il est également possible d’écouter l’entrevue d’Uproot Andy réalisée par
Benoit Liar et Jean-Philippe Émond

de Masala sur le podcast de l’émission au www.cism893.ca ou au www.masalacism.com. L’artiste invité a également souligné le lancement de la nouvelle saison de l’émission et son nouveau format de 2h, maintenant les vendredis à 21h, par une performance en direct du studio de CISM.

Pour davantage d’information :

Image article Entretien avec Uproot Andy 571




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.