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Iron maiden – The Final Frontier Tour

Étant donné que vous êtes en train de lire cet article, les chances que vous connaissiez le sextet britannique Iron Maiden sont somme toute élevées. Pour les quelques brebis égarées, je dirai simplement qu’Iron Maiden, c’est le groupe de heavy metal par excellence. Même après 3 décennies d’existence, 15 albums studio et 26 tournées de par le monde, leur musique est demeurée pertinente et adulée par la quasi-totalité de la communauté métal. Avec un tel curriculum, il apparaît comme évident que j’aurais manqué à mon devoir de chroniqueur métal en ratant leur escale à Montréal.

La première partie du spectacle reposait sur les épaules d’un seul groupe, tout aussi légendaire : Dream Theater. Les géants du métal progressif ont sélectionné avec soin leurs chansons, évitant de tomber dans les pièces excessivement longues, lourdes et progressives pour donner davantage dans leur répertoire plus métal. Malgré la réputation minutieuse de leurs spectacles, un ennui technique s’est manifesté dès les 30 premières secondes de leur premier morceau, As I Am  : une coupure de courant généralisée, rendant inaudibles tous les instruments sauf la batterie de Mike Portnoy. C’est dans ces situations qu’on distingue les vrais musiciens, et Mike Portnoy a su justifier sa réputation d’improvisateur hors-pair. Pendant 10 minutes, il a joué avec la foule, allant même jusqu’à entonner le classique Run to the Hills d’Iron Maiden, pendant que les spectateurs en scandaient les paroles. Ces 10 précieuses minutes ont permis à l’équipe technique de régler le problème. Dream Theater a repris le morceau à la note même où le courant avait fait défaut, faisant honneur à leur image de virtuoses.

Les fans qui étaient surtout venus pour Dream Theater en ont eu pour leur argent : A Rite of Passage, Home, Constant Motion, Panic Attack, Pull Me Under. Bref, que du bon. Malheureusement, plusieurs spectateurs semblaient être venus uniquement pour Iron Maiden, et, de fait, la foule n’a pas été aussi réceptive que lors des spectacles dont Dream Theater est la vedette. Néanmoins, leur prestation a été sans faille, très divertissante et précise, à la hauteur de leur réputation.

Les 45 minutes séparant les deux groupes furent amplement suffisantes pour faire monter la tension chez les spectateurs. Le rideau placé derrière la scène lors de la prestation de Dream Theater fut retiré, révélant un décor sur plusieurs niveaux à thématique futuriste, histoire de coller avec l’ambiance du prochain album d’Iron Maiden. Conformément à leur habitude, le sextet britannique entame le morceau d’ouverture (cette fois-ci, il s’agissait de The Wickerman) en arrivant à la course sur scène. The Wickerman étant un morceau bourré d’adrénaline, les quinquagénaires semblent oublier leur âge et bondissent partout, sourires aux lèvres, avec l’énergie de jeunes hommes ayant la moitié de leur âge. Ce dynamisme s’avère contagieux, et il n’en faut pas davantage pour catalyser l’excitation de la foule. Les quelque quinze milliers de fan s’en donnèrent à cœur joie, accompagnant le chanteur Bruce Dickinson dans le fameux refrain dudit morceau. Avec cette chorale de 15 000 voix extatiques, le ton semblait donné pour le reste de la soirée.

Entre chaque pièce, Bruce Dickinson se permettait de parler un peu avec la foule dans un français d’une qualité surprenante. Il faisait même un effort pour prononcer Iron Maiden « Iront Mes Dents ». Il faut le faire. Au grand dam de certains puristes, le groupe s’attarda quasi-exclusivement sur leurs albums plus récents, à partir de Brave New World. À ces dinosaures qui veulent entendre les mêmes chansons pendant 30 ans, je dirai tout simplement qu’il est important et pertinent pour un groupe de se renouveler et d’explorer son espace sonore au maximum. En somme, un concert ahurissant, mais avec Maiden, s’attendre à moins serait un sacrilège.

The Final Frontier : là où Iron Maiden n’avait encore jamais mis les pieds

Le dernier album d’Iron Maiden est sorti le 16 août dernier. Si vous êtes comme moi, un évènement d’une telle envergure devait vous emballer. Alors, ayant eu l’immense chance d’assister à un playback privé de The Final Frontier avant sa sortie, en voici un bref aperçu.

Primo, la direction plus progressive entreprise ces dernières années par Iron Maiden se manifeste avec encore plus d’aplomb sur cet album. Les chansons sont longues, les harmonies, subtiles, et les rythmes, complexes. The Final Frontier  « fesse » beaucoup plus que A Matter of Life and Death, leur précédent opus, et pourtant présente davantage de nuances. Je suis heureux de voir que ces quinquagénaires explosifs poussent plus loin encore qu’ils ne l’ont jamais fait, et le résultat témoigne de leur expérience et de leur maturité. Non, ce n’est pas un autre Powerslave ou un autre Number of the Beast. C’est un album qui s’apprivoise plus difficilement, une bête beaucoup plus intelligente et maligne qui s’incruste lentement et inexorablement chez notre petit mélomane interne.

Bref, l’album est excellent, et je vais cajoler le disque durant mon sommeil avec le mélange de tendresse et de violence que l’on me connaît. Parce qu’au cœur de chaque métalleux se trouve un alien, et au cœur de cet alien se trouve une brebis frêle qui ne demande qu’à être aimée.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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