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Le Bukta Festival

Le Bukta Open Air a lieu tous les ans au milieu du mois de juillet dans la municipalité norvégienne de Tromsø… au nord du cercle polaire arctique. À 69°39’30’’ de latitude nord pour être bien précis. Une région du monde où le soleil oublie de se coucher pendant environ quatre mois tous les étés.

Mais revenons à nos moutons, car c’est pas ça qui manque dans les contrées du soleil de minuit. Le Bukta Festival est donc né à l’horizon 2004 sous le nom de North of Nowhere pour se tenir deux années successives sur les plaines du campus d’Åsgård, le tout avant de prendre sa dénomination actuelle et de déménager vers les bords du fjord du Telegrafbukta. Entièrement organisé par une horde de bénévoles et initialement conçu comme une rencontre familiale gratuite et sans-alcool, le Bukta Festival a rapidement succombé aux lois du marché pour adopter sa très populaire devise actuelle : « bière, fruits de mer & rock’n roll »

À partir de 2004 le Bukta Open Air a alors très rapidement gagné un succès phénoménal, remportant plusieurs années de suite le prix du meilleur festival rock distribué par la Norsk Rockforbund (équivalent scandinave d’un Emmy Award). Une montée en puissance qui lui a permis, l’année suivante, d’accroitre considérablement son cheptel d’artistes tout en rassemblant un public de plus en plus nombreux et conquit. Au cours des années se sont succédés sur les plaines de Tromsø des noms tel que Iggy & The Stooges, The Hives, Supergrass, Patti Smith, Leningrad Cowboys ou encore Motörhead.

Mais l’édition 2010, elle, ressemblait à quoi ? Commençons par trois chiffres : 3 jours, 31 groupes, 2 1000 personnes. Depuis sa création il y a neuf ans, le Bukta est devenu l’évènement musical majeur de tout le grand nord scandinave. Et cette année encore, pour notre plus grand plaisir, l’organisation avait mis les bouchées doubles en nous offrant une programmation qui promettait de décoiffer des poneys. Rassemblant sur la même scène une combinaison éclectique de personnalités comme Juliette Lewis, Dinosaur Jr., Mew, Hayseed Dixies, Clutch et Danko Jones… on pouvait très difficilement être déçu du résultat. Un joyeux mélange redneck rempli de country et de hard rock. Une grande réunion d’artistes talentueux et charismatiques, le tout saupoudré d’une pincée l’énergie débordante à revendre. Et paf, vous avez la vraie recette pour établir un contact sans pareil avec le public.

La première journée s’est ouverte sur les performances scéniques du leader de The Disciplines, allant jusqu’à laisser déborder son enthousiasme en s’offrant un bain de foule musical d’une bonne vingtaine de minute. Le festival était lancé, la foule déjà en feu. Une mention spéciale pour les Norvégiens survolté de Turdus Musicus et leur hard rock rafraichissant. Mais l’apogée de ce 9e opus du Bukta Open Air, que tout le monde voyait dans la présence de Dinosaur Jr, restera la performance de la sulfureuse Juliette Lewis. Après la déception offerte par le manque de punch des papi du punk hardcore américains, la californienne est venue nous offrir un show mémorable placé sous le signe de l’amour et de l’abus de LSD.

Danko Jones

La relation qui existe entre Danko Jones et le Bukta Open Air est comparable à une grande histoire d’amour. Attendu comme une déité ultime du rock’n roll, le canadien rendait une fois de plus sa visite biannuelle régulière à ses fans scandinaves. Figure de virilité évoquant un Chuck Norris des temps modernes, transpirant la testostérone, il en faut beaucoup pour surpasser l’énergie et le charisme dégagé par la bande à Danko quand ce dernier met les pieds sur scène. Avec un répertoire musical composé de titres comme Lover Call ou Sticky Situation, on comprend facilement l’image de tombeur badass qui lui colle à la peau.

Après 14 ans sur la route et 5 albums au compteur, Danko Jones peut se vanter d’avoir tourné avec les plus grands noms de l’industrie, des Rolling Stones à Motorhead en passant par Guns’n’Roses et Turbonegro. Se revendiquant d’une influence mixte faite de hard-rock, de blues et de punk, le canadien cite volontiers des groupe comme The Ramones, Slayer, AC/DC ou encore Kiss parmi ses sources d’inspiration. Le tout en surfant sur des thèmes majoritairement dirigé vers la gente féminine (She’s Drugs, Baby Hates Me), voire carrément sexuel (I keep the backseat for loving).

Danko Jones était donc là, et bien là. Survolté au possible. Descendu du ciel parmi les mortels le temps d’une soirée de luxure. Sa Gibson Explorer solidement ancrée dans sa main gauche. Assenant la toute puissance machiste et auto-dérisoire de son dernier opus, Below the Belt, de sa main droite. Un show haut en couleur pour les apôtres de la subtilité et une de mes plus belles découvertes de ce festival.

Hayseed Dixies

Fondé au début du siècle comme un groupe de covers et d’abord principalement orienté vers des reprises bluegrass d’AC/DC, les rednecks tennessiens se retrouvent rapidement à sortir leur propres composition et à tourner à leur sauce tous les plus grand classiques du hard-rock. Une inspiration qui va de Queen jusqu’a Neil Young et Black Sabbath en passant par Motörhead.

Assister à un show d’Hayseed Dixie c’est un peu comme passer une soirée à écouter une bande de vieux cowboys en salopette vider leur sac, le banjo à la main. Genre country, caustique et désabusé. Loin d’être la ballade tranquille et mélancolique, façon « I’m a poor lonesome cowboy », à laquelle vous pourriez vous attendre. Les quatre gars de Nashville vous serviront un rock cinglant, à grands coups d’accords improbables au violon et à la mandoline, le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour hillbilly. Leurs histoires vous parleront de tout mais surtout de mariages ratés, d’alcool, de guerre civile, de coup du sort et des femmes. Où, comme ils l’ont si bien dit eux-même cette soirée là : « There are exactly four key ingredients to any song worth singing: dinking, cheating, yelling and hell ».

Hayseed Dixie restera pour moi la découverte majeure de ce festival. Pourtant loin d’être considéré comme une tète d’affiche par l’organisation, les américains ont su nous servir un show aussi efficace que divertissant. Et je dois avouer que les reprises dementielles de Bohemian Rhapsody et du Duelling Banjos de Rememberance ont beaucoup joué en leur faveur.

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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