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Osheaga 2010

D’habitude, quand on pense à Osheaga, on pense à la boue, parce qu’on sait qu’il y aura au moins une journée de pluie durant la fin de semaine, et que la terre mouillée, une fois foulée par environ 106 000 pieds, ça donne pas un sol très ferme. Un genre de centre de thalassothérapie à grand déploiement.

Pour sa cinquième année, le festival s’est toutefois associé à Dame Nature pour offrir aux festivaliers une température de rêve pour assister aux performances des 65 artistes invités à se produire au cours de ces deux jours. Tellement beau et ensoleillé en fait, que les nuages de poussière soulevés par le vent et le passage des gens a contraint les spectateurs présents à respirer quelques kilos de sable. Comme quoi on n’est jamais vraiment satisfait de la température, ou qu’on se plaint pour rien.

C’est ainsi que l’on a eu droit au climat que l’on espérait depuis tant d’années pour voir quelques grands noms de la musique se mélanger à des artistes moins connus, avec une programmation généralement orientée vers le rock indie et les hipsters montréalais. On passera outre ici le débat à savoir si l’on peut encore considérer certains de ses groupes comme étant « indies », et force est d’admettre que le public venu nombreux ne semblait pas s’en préoccuper davantage.
Bien que les spectateurs en aient largement eu pour leur argent, les plus fins spécialistes seront par contre froissés par la brièveté des performances et le chevauchement inévitable de plusieurs d’entre elles, pour des raisons de temps disponible. Ceci dit, mis à part quelques problèmes de son lors des performances de The Cat Empire ou d’Owen Pallett – qui a très vocalement envoyé balader son sound man – et l’absence de Deadmau5 pour des raisons de santé, aucun accroc notable ne s’est fait sentir au cours de ces deux jours. Un coup de maître, donc, si l’on considère toute l’ampleur du festival et la quantité de scènes, d’artistes et de spectateurs présents.

Metric

J’étais peut-être vendu d’avance, attendant la venue d’Osheaga principalement pour les voir. Avant un spectacle, je liste toujours les chansons que j’aimerais entendre pour être satisfait et on m’a satisfait. Dead Disco, Gimme Sympathy, Help I’m Alive. Terminant avec une version acoustique de Combat Baby, la chanteuse Emily Haines a su toucher et surtout faire vibrer le cœur des gens tout le long de cette heure vite passée. Seule Grow Up and Blow Away manquait pour clore ma liste, mais même vers la fin de la fin de semaine éprouvante et loin d’être reposante, j’ai eu l’énergie pour sauter et danser à plusieurs reprises. J’en aurais voulu davantage…

C’est là le désavantage d’un tel festival : on n’a que des échantillons de spectacles, et on reste parfois sur notre faim devant une performance coupée avant le paroxysme habituel auquel on aurait eu droit au cours d’un concert en salle.

The Cat Empire

J’ai découvert The Cat Empire en 2006, avec leur très populaire chanson The Chariot qu’un ami m’a fait écouter et j’ai eu le normal réflexe de dire : « Ils chantent bizarre ? ». Une sorte de ska-reggae festif bien imprégné du son des cuivres accompagné de paroles aux accents australiens exotiques. Ça m’avait plu. Beaucoup.

Depuis, je rêvais de les voir en spectacle et, à travers les Arcade Fire et Weezer, c’étaient ceux que je voulais voir. Tant d’attente ne pouvait qu’amener à quelques déceptions. Dès le début, quelques problèmes de son. L’ajustement des volumes n’a été adéquat que quelques chansons plus tard. Ma principale déception, c’est que leur performance manquait un peu de naturel : tout était bien rodé, bien orchestré… mais un peu trop. Le solo de batterie durant la première chanson, alors qu’on était pas encore vraiment réchauffés, m’a un peu brusqué. C’est tout de même un plaisir de les voir, les pièces sont solides, et le son des cuivres poignant.

Weezer

Il faut dire que ça faisait deux semaines que tous les jours ma blonde m’informait qu’on allait voir Weezer en spectacle. Moins fan qu’elle, je ne m’attendais pas à grand chose mais j’ai été agréablement surpris de leur performance, tandis qu’elle a été un peu déçue. Un groupe de vieux de la vieille, on peut toujours se demander si ce qui était vraiment cool il y a 10-15 ans le sera encore aujourd’hui, mais plutôt que d’être démodé, Weezer a démontré qu’ils étaient encore d’actualité. Les pièces jouées étaient leurs plus connues, ce qui a permis à presque tous de crier les paroles avec eux, mais les plus connaisseurs auraient probablement choisi une sélection différente. Le chanteur Rivers Cuomo a démontré son caractère d’éternel rebelle en se promenant un peu, visitant la scène adjacente en plein démontage et les places assises de l’autre côté. Une performance bien dynamique qui a mis fin en beauté au festival de deux jours.

Snoop Dogg

Répétez après-moi, « Oh yeah, you-pi-do-dla-hey ». Répétez après moi, « Biaaatch ». Dans le cadre d’un festival de rock indie, le rappeur Snoop Dogg sortait un peu du moule avec une performance électrisée, où toute la foule réagissait au quart de tour au moindre de ses ordres. Je n’aurais jamais eu le réflexe d’aller voir Snoop Dogg en spectacle, mais j’étais bien content de l’avoir vu à Osheaga. À ma grande surprise, je connaissais la majorité de ses pièces, dans le cadre d’une performance bien rodée et adaptée à un public pas tout à fait cible. On a pu rencontrer un personnage bien spécial, qui sue de « l’attitude », tout comme les autres musiciens l’accompagnant d’ailleurs, du batteur au bassiste. Une légende qui sait comment satisfaire une foule. Avec un charisme fou, ça fait parfois peur de voir une foule complète qui « drop it like it’s hot », mais en ressortant de là, on sait qu’on va se coucher moins niaiseux en connaissant Snoop Dog. Une grosse ligne de barrée sous ma colonne « trucs à faire avant de mourir ».

The Black Keys

Quand le logo de ton groupe est présenté dans un pneu et que ta banderole est dévoilée au public dès tes premiers accords, c’est que tu rockes pour vrai.

The Black Keys, c’est ça. Deux gars qui mélangent du blues et du rock, parfois même du rap, comme ils l’ont déjà fait avec Blakroc, projet en collaboration avec Mos Def, Jim Jones, Damon Dash, Nicole Wray et Billy Danze, pour n’en nommer que quelques uns.

Dan Auerbach et Patrick Carney, les rockeurs de l’Ohio, ont su mettre le doigt sur la recette parfaite pour produire sans cesse de véritables head bangers de blues et de garage, tout en donnant l’impression que le processus soit un jeu d’enfant pour eux. Au rythme effréné de plus d’un album par année depuis huit ans, et sans cesse en tournée, on sent clairement l’incarnation de générations de bluesmen couler dans leurs veines. C’est peut-être ce qui leur a permis d’enregistrer leur album Thickfreakness dans un sous-sol, en 14 heures.

Japandroids

Un peu comme prévu, malheureusement, la performance des Japandroids au cours d’un festival à grand déploiement sur une grande scène n’avait rien à voir l’ambiance à laquelle on assiste lorsque le duo de rock garage joue dans un petit bar chaud et humide où le volume des haut-parleurs est à 11. Pas que Brian King et David Prowse aient changé quoi que ce soit à leur énergie habituelle, loin de là, mais c’est davantage l’état d’esprit général du public qui ne se prête pas à leur style, pour le moins acrobatique.

On sent bien que le set des Japandroids a été rôdé pour les petites salles pleines de rockeurs au fil des centaines de concerts donnés dans le cadre de leur tournée Post-Nothing, si bien qu’une scène plus grande qu’un coin de table puisse paraître grande lorsque occupée par à peine deux personnes, dont un batteur. Également difficile de faire bonne impression lorsque l’on joue durant seulement 45 minutes devant un public composé entre autres de gens qui ignorent qui se produit sur scène, venu voir ce qui se passait en attendant qu’une autre scène soit prête à accueillir le groupe chéri de chacun. Encore plus ardu d’ajouter à l’ambiance du concert sans première partie pour faire monter la tension avant leur entrée en scène.

On attend donc avec impatience le retour sur scène des Japandroids, quelque part comme au Il Motore, au Divan Orange ou encore là où la ventilation est inexistante et où les vitres suintent de buée.

The Gaslight Anthem

Quand j’écoute du vieux Blink, du NOFX ou encore les premiers albums de The Offspring, j’ai toujours cette impression d’écouter la musique de ma jeunesse, le punk rock comme dans le bon vieux temps. J’ai découvert The Gaslight Anthem cette fin de semaine et sans connaître aucune chanson, j’avais cette même impression de punk du bon vieux temps. Facile d’approche, j’ai apprécié le spectacle et la performance. On voit un groupe d’expérience qui n’en est pas à ses premiers instants. Par contre, au moment d’écrire ces lignes, le souvenir est un peu flou et difficile à décrire. En conclusion, une musique qui s’écoute très bien, mais qui s’oublie très vite aussi.




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