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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Spectacles des FrancoFolies 2010

Catherine Major

(par Francis-Olivier LeBlanc)

La Grande Sophie a réchauffé la scène pour Catherine Major et elle a bien fait patienter. J’ai simplement eu l’impression qu’il manquait quelque chose. Parfois le timing était manquant avec son accompagnateur au piano ou à la contrebasse. La chanteuse grattait sa guitare acoustique la plupart du temps ce qui créait une atmosphère bien intime de feu de camp dans la 5e salle de la Place des Arts. Un bon guitariste aurait donné vraiment plus de sensualité et de chaleur au spectacle.

À l’arrivée de la diva, dans le noir, elle a été applaudie par une foule remplie d’amour. C’était ses 3e Francos avec ce spectacle ! Elle semblait être très gênée ou à fleur de peau lorsqu’elle s’adressait à la foule. Elle a interprété la plupart des pièces de son album Rose Sang. J’avais un peu plus d’attente de sa part au niveau de la voix. Tout comme La Grande Sophie, lors des moments où j’aurais apprécié entendre des poussées de voix, de voix pure, elle restait camouflée par des effets sonores, de l’écho et beaucoup de treble. Particulièrement lors de l’interprétation de sa pièce Sahara qui donne des frissons sur l’album. J’aurais aimé en avoir au spectacle. Ses pièces un peu plus rythmées comme Dans l’haut de là étaient bien appréciées pour remettre un peu d’énergie après des chansons intenses.

Sa générosité a été démontrée par un avant goût de son prochain album et l’interprétation d’une pièce de Barbara en duo avec La Grande Sophie.

Robert Charlebois

(par Alix Tachet)

C’est au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts que Robert Charlebois a présenté son concert Avec tambour ni trompettes dans les cadre des FrancoFolies de Montréal.

Il a fait son entrée solo en chantant Lindberg et le bien célèbre morceau Je reviendrai à Montréal sur une scène disposant d’une quarantaine d’instruments. Trois musiciens l’ont alors rejoint pour interpréter ses nombreuses chansons, avec entre autre Ordinaire, Le Mur du son, Moi Tarzan toi Jane et plusieurs autres.

Cela fera près de cinquante ans que ce chanteur-compositeur a fait ses premières apparitions sur scène et Robert Charlebois est toujours en grande forme ! Il a offert un spectacle dynamique ayant sa touche d’humour. Il a aussi, dans le cadre des FrancoFolies, en interprétant la Complainte de presqu’Amérique, montré l’importance de l’utilisation de la langue française dans les chansons. Il a ainsi donné l’exemple d’un trop grand nombre de francophones qui chantent en anglais alors qu’ils seraient tout à fait incapables de demander leur chemin à New York.

Il a aussi interprété les chansons de son prochain album dont une inspirée de Saint Augustin ou encore une plutôt de style country… tout ceci portant à croire que la carrière de Robert Charlebois n’est pas prête d’être terminée !

Les Misérables

(par Thierry Ha)

Le tapis rouge était sorti pour cette grande soirée de première à Montréal le 8 juin dernier. Après 2 ans, cent mille billets vendus, 124 représentations au Capitole de Québec, l’épopée des Misérables peut maintenant commencer dans la métropole dans le cadre des FrancoFolies 2010.

Pourquoi autant d’enthousiasme ? Il faut le dire, c’est d’abord une méga production : 35 comédiens-chanteurs, un orchestre de 16 musiciens et une poignée de fusils/pétards composent la pièce. Le programme de 14 pages est rempli à craquer de noms de contributeurs. Les attentes sont grandes.

La mise en scène est très bien arrangée. Il y a bon nombre d’éléments et de détails dans le décor. J’ai adoré les jeux d’ombres et de lumières surtout à l’introduction. Des personnages sont tantôt invisibles dans l’obscurité, puis resurgissent. L’effet est très réussi. J’ai parlé précédemment de fusils et de pétards. Ils sont peut-être pour le « bling-bling », mais ils rajoutent de la tension à la scène.

La majorité des comédiens sont québécois (dans le sens ville de Québec). On y trouve notamment des grands noms pour les grands rôles dont Gino Quilico (Jean Valjean), Alexandre De Grandpré (Jalvert), Geneviève Charest (Fantine), Sophie Tremblay (Éponime), Carl Poliquin (Marius) et Myriam Brousseau (Cosette). Chacun a eu un moment dans la pièce pour se mettre en valeur par un monologue. C’était les meilleurs moments à mon avis, moments où les sentiments et la tragédie étaient au rendez-vous. Malheureusement, j’ai trouvé qu’à travers le reste de la pièce le jeu des acteurs manquait de jus par instant. On sentait que la pièce était plus récitée que jouée.

La musique est tout simplement magnifique. On se sent transporté par son « épiqueness » et sa puissance. Elle nous fait voyager à travers une variété d’émotions. J’ai même eu des frissons dans le dos sur C’est pour demain, une chanson de révolte. Si vous avez adoré ou voulez écouter la trame sonore, vous serez ravi d’apprendre qu’elle est disponible sur CD dans la plupart des discaires.

Pour en revenir sur l’histoire, elle s’étale sur 2 actes. Le rythme de la pièce est extrêmement rapide. Les chansons et les scènes se succèdent les unes après les autres. Le spectateur n’a pas de répit jusqu’à la fin. On se sent parfois un peu bousculé et confus par les enchaînements un peu trop brusques. Quelques paroles peu compréhensibles n’aident pas à la cause. Par exemple à l’introduction, l’emprisonnement de Jean Valjean demeure assez vague. Si vous n’êtes pas familier avec l’histoire de Victor Hugo, vous serez bien avisés de lire le résumé dans le programme donné au début du spectacle.

C’est tout de même une bonne comédie musicale qui fait changement des traditionnelles soirées cinéma si vous êtes en manque d’inspiration.

miCkey 3d]

(par [Francis-Olivier LeBlanc)

Dimanche le 13 juin, c’est Cécile Hercule qui a ouvert la scène à Mickey 3d. Rappelant la voix Vanessa Paradis et parfois la douceur de Carla Bruni, c’est une chanteuse française bien typique. Elle n’étire pas la fin de ses vers, ne pousse pas trop la note en bougeant les lèvres le moins possible rendant l’accent difficile à camoufler ! Elle se distingue par l’originalité des thèmes de ses chansons qui donne envie de bien écouter les paroles. Des chansons comme Mon petit taliban, Je préfère les filles, et Mélusine (qui aime les humains mais qui n’est pas putain) ne peuvent laisser indifférent et provoquent un petit sourire qui nous fait bien patienter avant l’arrivée du principal intéressé.

Étonnant que Mickey 3d ne se soit jamais présenté sur la scène du Club Soda auparavant, car il ne peut y avoir meilleure scène pour lui. Intime et chaleureux, on voyait qu’il était heureux d’être au Québec pour raconter ses histoires. Il a fait rire la salle à quelques reprises avec un humour un peu ironique et d’autre fois réagissant à la foule.

Si vous connaissez ses grands titres vous auriez été ravi d’entendre Matador, La France a Peur et Respire qui était d’ailleurs très intéressante à entendre avec une vraie batterie (contrairement à la version de l’album). Avec deux rappels interprétant ses chansons J’ai demandé à la lune (une cover du groupe Indochine) et Le Goût du Citron a terminé cette soirée chaleureuse sur un goût tout sauf amer !

Salif Keita

(par Francis-Olivier LeBlanc)

Elage Diouf, un sénégalais reggae man au conga synthétique accompagné de deux guitares, d’une basse et d’une batterie a livré la marchandise pour la première partie de Salif Keita. Il a su faire danser les gens du Métropolis malgré un parterre relativement aéré et bien métissé. On a vu la présence des africains lorsque le reggae man a invité les filles et les garçons à venir danser sur scène. Plusieurs personnes sont montées se faisant bouger les jambes et les fesses sur le beat comme seul un africain sait le faire. C’était beau à voir ! Au tour de l’albinos africain d’entrer sur scène. Téméraire, car, malgré son âge, il a la voix mûre et il la maitrise bien.

Je me suis demandé un instant le lien avec les Francos puisqu’il chante très majoritairement dans son dialecte malien, mais les Francos c’est surtout un rassemblement musical de la francophonie. Accompagné par deux choristes, deux guitares et un ensemble de percussions, il m’a fait parfois fait revivre quelques souvenirs de l’Afrique. Pour un non initié à la musique africaine, le temps aurait pu être long. Il faut apprendre à écouter les mélodies et les poussées de voix sur des tonalités souvent nasales auxquelles nos oreilles sont moins habituées. Dans le métier depuis plus de quarante ans, il a su se faire connaître en utilisant La différence qu’il a, se définissant comme un blanc-noir, mais au-delà de l’apparence, on découvre un grand chanteur africain. C’est toujours impressionnant de voir une légende quelle qu’elle soit.

Miossec

(par Maude Boillot)

“Trente ans… N’attends plus que l’on vienne t’attendrir…
Redeviens touchant comme quand tu voulais tout détruire.”

C’est dans l’un de ses textes que j’ai trouvé comment décrire au mieux la musique de Christophe Miossec : destructrice… et touchante à la fois. À croire qu’il continue de suivre son propre conseil, même s’il a dépassé la trentaine depuis un moment déjà.

Le chanteur brestois était au Métropolis le 12 juin dernier. Pas très bavard, un peu timide mais efficace, il a enchaîné plusieurs des succès de sa discographie, que l’on retrouve sur son Brest of paru en 2007, ainsi que quelques nouvelles pièces de Finistériens, son dernier album.

Miossec a sûrement oublié sa guitare en Bretagne, car il n’en jouait pas ce soir-là. Petite déception compensée en ce qui me concerne par son harmonica. Je suis facile à charmer, me direz-vous… En effet, dès qu’un artiste me sort son harmonica, il grimpe tout de suite d’un échelon ou deux dans mon échelle de sympathie. Sûrement quelque chose à voir avec les longues heures « dylanesques » que mon grand frère me faisait partager autrefois.

Un peu dérangeant, cependant, ce « programme double » établi par les FrancoFolies. La formule vise à présenter deux artistes l’un à la suite de l’autre dans la même soirée et oblige chacun d’eux à expédier son spectacle en une heure et quart. Autrement dit, quand l’ambiance est à son meilleur, que le chanteur se sent complètement chez lui sur scène et que le public en redemande… on ferme subitement la boutique et on passe au suivant. Miossec a ainsi dû céder sa place à Vincent Vallières, qui lui aussi en aurait voulu plus.

Dommage. J’aurais adoré entendre La vieille et La fille à qui je pense, deux chansons ravageuses et drôles en même temps. Mais bon, on ne peut pas tout avoir. Et j’ai eu Trente ans cette année, alors je me plais à penser que celle-là, il l’a faite juste pour moi…

Bon retour en France Christophe, salue la Belle Bretagne de ma part et… « merci pour la joie ».

Sexy Sushi

(par Philippe Sawicki)

« Électrotrash », c’est un de ces mots que l’on ne peut pas prendre à la légère et que l’on doit réserver pour les grandes occasions. Sexy Sushi, c’est de l’électrotrash.

Difficile de décrire précisément à l’aide de mots ce à quoi ressemble un album de Sexy Sushi, plus difficile encore de décrire une de leurs performances. Une transcription de la soirée semble donc s’imposer naturellement (le lecteur n’aura qu’à se crier des insultes sur fond de bruits de lasers et s’asperger de bière pour se mettre dans l’ambiance).

  • 0:00 Entrée sur scène du duo ;
  • 0:02 Un arbuste est lancé dans la foule ;
  • 0:07 Un spectateur reçoit des coups de cravache ;
  • 0:08 L’arbuste revient sur scène ;
  • 0:13 La chanteuse se hisse au balcon ;
  • 0:17 L’arbuste est déchiqueté sur scène ;
  • 0:24 Le public monte sur scène ;
  • 0:26 La chanteuse est topless ;
  • 0:32 La chanteuse fait du body-surfing ;
  • 0:34 La chanteuse lutte avec une spectatrice sur scène ;
  • 0:45 Fin du concert.

Si jamais ce compte-rendu vous a ouvert l’appétit, rendez-vous au www.sexysushi.free.fr pour davantage de monstruosités.

Le nouveau Big Bazar

(par Thierry Ha)

Qu’est-ce que le Big Bazar de Michel Fugain ? J’avoue le connaitre indirectement de mes parents. Le Big Bazar, c’est une troupe de musiciens, chanteurs et de danseurs qu’a réuni Fugain au début des années 70. La troupe a eu un succès monstre en France, mais aussi dans la francophonie. Le Big Bazar n’est pas simplement un spectacle. C’est une vision de jeunesse et de naïveté qui baigne dans ces années. Avec le temps, le Big Bazar s’est démodé comme tant d’autres. Cependant, pour plusieurs, la troupe représente toujours les valeurs de leur enfance et aujourd’hui le Big Bazar renaît au grand plaisir des baby-boomers.

Je me suis demandé pourquoi je suis venu voir un spectacle rempli de baby-boomers, moi qui n’a pas vécu l’euphorie du premier Big Bazar.

Est-ce que je vais aimer ça ?

Eh bien, oui, j’ai aimé ça.

Pour l’équipe de production, le spectacle s’adresse d’abord à ces baby-boomers qui ont vécu l’effervescence de la troupe 40 ans plus tôt. Il s’adresse ensuite à la deuxième génération qui a écouté la musique de ses parents au cours de son enfance et dont je fais partie. Sans pouvoir comparer, je suis sorti extrêmement satisfait et agréablement surpris par la mise en scène tout à fait contemporaine de cette comédie musicale.

D’abord, le spectacle intemporel suit l’évolution d’un petit homme (Martin Giroux). Sous l’aile du Maître de piste (Richard Charest), le petit homme apprend sur le monde qui l’entoure et sur la vie. Au total, 12 artistes sont sur scène pour vous éclater. On oublie rapidement nos soucis quotidiens avec les meilleurs morceaux du Big Bazar. Pour en nommer quelques-uns : Fais comme l’oiseau, La fête, Une belle histoire et Bravo monsieur le Monde. Si vous êtes comme moi, je vous suggère d’aller écouter ces chansons sur internet et ne vous arrêtez pas sur le « kitchness » de ces années.

À la soirée de première au Théâtre Saint-Denis, une surprise était au rendez-vous : le chanteur Michel Fugain était présent dans la salle comme spectateur. Ce fut un moment émouvant lorsque la foule s’est levée pour l’acclamer. « Finalement, il va pouvoir voir son spectacle ! » taquine le producteur et directeur artistique, Didier Morissonneau.

À la fin, le chanteur s’est adressé à la foule nostalgique.

C’est lorsque la fin du spectacle est arrivée que j’ai remarqué que la salle était, en fait, remplie d’enfants.

Le spectacle sera en tournée un peu partout au Québec dès l’automne avant de revenir à Montréal à la fin du mois de novembre.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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