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Analogique et numérique se recontrent pour une 11e année dans le cadre de Mutek

Mutek, c’est le festival de musique et d’art électronique qui met en scène quelques uns des plus grands artistes de la planète aux côtés de nombreux autres dont on découvre à peine l’existence. Véritable marathon de rythmes électroniques dans toutes leurs déclinaisons possibles, le festival s’est imposé comme une référence dans le milieu avec sa programmation en avance sur son temps, mettant en vedette bon nombre de groupes dont les noms sont à peine connus.

On se rappelle avoir déjà vu certains artistes mentionnés dans des articles sur des sites Internet spécialisés, on a une bonne impression des genres associés à certains autres ou on n’a encore jamais vu une quelconque référence à d’autres. Pour bon nombre des 150 artistes d’une douzaine de nationalités qui se produisent au cours des cinq jours du festival, un imposant travail de recherche s’impose, question d’avoir une idée de ce que réserve chacune des soirées. C’est également une grande source d’excitation pour ceux curieux de tâter le pouls du monde de la musique électronique, avec pas moins de six premières mondiales, dix premières nord-américaines et seize premières canadiennes.

Après la programmation électrisante de l’année dernière, qui célébrait la première décennie du festival avec des groupes tels que Moderat (la collaboration entre Modeselektor et Apparat), Zombie Zombie, Appleblim et Ricardo Villalobos, on était en droit de se demander comment les organisateurs allaient réussir à mettre sur pied une programmation plus audacieuse encore. C’est pourtant avec brio que Mutek a relevé le défi, en présentant les performances de Bowly, Actress, Hrdvsion, Krill.Minima, Matmos, Minilogue, Mouse on Mars et Paul Kalkbrenner, pour n’en nommer que quelques uns.

Tant d’artistes à découvrir et si peu de temps pour le faire, c’est avec à peine suffisamment de temps pour reprendre son souffle que l’on est contraint de se déplacer entre le Club Soda, le Métropolis et la Société des Arts Technologiques pour tenter d’assister au plus de performances possibles, qui se tiennent en parallèle dans les différentes salles. On sent que beaucoup d’efforts ont été investis dans l’élaboration de la programmation, afin de regrouper les artistes aux styles similaires sous le même toit au cours de la même soirée.

Ainsi, c’est avec la série gratuite Expérience que débutent la plupart des soirées du festival, série qui permet aux artistes locaux et nationaux de d’illustrer leurs créations dans les mondes multidisciplinaires de l’expérimentation, des nouveaux médias et de l’audiovisuel. La série A/Visions prend ensuite la relève des soirées au Monument National en présentant des explorations presque orchestrales à base d’instruments dont le rôle a été détourné ou réinventé pour produire des ambiances industrielles ou surréelles, véritables incursions dans le domaine de la musique contemporaine.

C’est dans le cadre de ce programme que l’on a pu assister à A/Visions 1 : La boîte à musique de Pandore, qui sera désormais citée comme exemple illustrant cette série. Le duo montréalais Bernier + Messier a ainsi présenté son projet La chambre des machines qui laisse les artistes interagir avec de véritables sculptures à la frontière entre l’analogique et le numérique pour produire des ambiances sonores appartenant à la fois aux deux mondes. Le duo de Baltimore Matmos a suivi, avec son humour léger et accessible, à l’image de ses compositions, qui, bien que près de l’électroacoustique, sont rythmées et abordables. Pour conclure cette soirée, c’est la symphonie d’une douzaine d’imprimantes matricielles orchestrée par The User] qui est entrée en scène. Configurées pour répondre aux commandes des deux chefs d’orchestre, ces machines désuètes ont accordé leurs sons si caractéristiques pour générer des mélodies produites par des partitions de textes ASCII.

C’est cependant avec la série Nocturne que le festival peut exprimer pleinement l’état de la musique électronique à l’international, sans cesse hybridée entre différents genres, avec des racines profondément ancrées dans les registres musicaux voisins tout en poussant toujours plus loin les frontières jusqu’à redéfinir les genres. Ainsi, c’est avec la branche latino-américaine que se sont entamées les soirées Noctures, avec la présence du mexicain Rebodello et des chiliens Diegors et Matias Aguayo du collectif Cómeme, signe incontestable de l’ouverture du festival sur l’Amérique latine au cours des dernières années. Hybridant les sonorités électro-disco aux basses des Caraïbes et aux rythmes sud-américains, le collectif tente de transmettre l’esprit de la piste de danse à la composition, pour ajouter une dimension physique à l’écoute de cette branche de la musique.

Seconde hybridation pour la seconde soirée Nocturne, celle entre l’IDM (« Intelligent Dance Music ») et des registres plus sombres, plus lourds, plus énergiques. Hrdvsion va de l’avant avec des rythmes qui ne sont pas sans rappeler ceux de Squarepusher, combinés à une certaine dose de glitch. Mouse on Mars combinent quant à eux l’IDM et la techno fusionnés dans une orchestration aux teintes de rock, alors que Jon Hopkins s’adonne à la composition sombre et angoissante aussi tendue que la bande sonore d’un film de Hitchcock.

Dans le même esprit, Nocturne 3 avait comme trame de fond toutes les saveurs différentes des basses fréquences à haute amplitude avec le mélange d’industriel et de dubstep d’Orphx, d’Actress et d’Ikonika. Les quatrièmes et cinquièmes soirées regroupaient toutes les déclinaisons possibles qui n’avaient pas encore été abordées au cours les soirées précédentes, à savoir le jazz, l’afro-beat, la soul et le dub.

La série Extra_Muros s’occupe quant à elle de présenter des artistes hors des salles où ils sont traditionnellement restreints, pour leur permettre de se produire à l’extérieur, au cœur du Quartier des Spectacles. Avec entre autres un grand concert extérieur gratuit mettant en vedette Le Golden ainsi que Señor Coconut et Son Orchestre, il s’agit là d’une première pour le festival, qui poursuivait notamment ses installations urbaines avec Time Drifts, des projections sur les façades de lieux publics.

De façon similaire à la série Expérience, la série Ectoplasmes conclut les soirées en mettant l’accent sur une programmation locale et nationale jusqu’à tard dans la nuit.

Aux performances présentées en plein air auraient dû s’ajouter celles du week-end double du Piknic Électronik présenté en collaboration avec Mutek, si seulement la pluie n’était pas venue gâcher la fin de semaine et contraindre l’organisation à tenir les performances prévues sur les planches du Métropolis plutôt que sous le chapiteau du parc Jean-Drapeau. Malgré la pluie et la malheureuse relocalisation des festivités, c’est un public nombreux qui est venu assister aux prestations de Krill.Minima, Minilogue, Nicolas Jaar, Pépé Bradock et Paul Kalkbrenner (qui était finalement présent après avoir raté ses deux derniers rendez-vous avec Montréal).

Innovation de l’année que l’on souhaite voir devenir une tradition à l’avenir, le festival s’est associé à la STM pour présenter sur la Place de la Paix, face au Monument National, un autobus transformé en station d’écoute de sélections musicales en plus d’accueillir des performances surprises d’artistes internationaux.

Difficile d’aborder le sujet de Mutek sans souligner l’efficacité de l’équipe technique cachée en coulisses, et qui s’assure de diagnostiquer et de traiter en direct les quelques rares problèmes audio qui peuvent survenir en pleine performance. Chapeau également pour le véritable ballet qui s’opère au cours des changements d’équipements nécessaires pour assurer les performances des différents artistes. En quelques minutes à peine, les techniciens parviennent à installer tout le matériel nécessaire à la performance suivante, installé sur des tables roulantes, en suivant une véritable chorégraphie.

En se remémorant les souvenirs que l’on conserve de cette année et avec une liste d’artistes à surveiller allongée, on se donne déjà rendez-vous au printemps prochain pour la douzième édition de Mutek.

Pour davantage d’information sur le festival, des photos et podcasts des onze dernières années et des portraits des artistes présents au festival, rendez-vous au [www.mutek.org.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.