Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.
Publicité:

Aïda de Verdi

Salle aux balconades illuminées de dorures, que surplombe un lustre d’or aux lumières tamisées suspendu à un toit nacré délicatement orné de freqsues. Quatre étages circulaires où se côtoient velours, parquet et sculptures, dans un environnement aussi haut que large à l’acoustique parfaite et égale, autant pour les premiers que pour les derniers rangs de l’auditoire. Des spectateurs à l’écoute et captivés, silencieux sous les regards des atlantes et des cariatides portant trompettes, harpes, pommes d’or et torches. Telle est l’atmosphère dans laquelle le rideau se lèvera pour débuter la représentation d’Aïda, pièce majeure du répertoire de Verdi, présentée le 12 juin dernier à l’Opéra d’État à Prague.

L’œuvre de quatre actes, d’une durée de 2h45, gravite autour d’une thématique centrale et inhérente au genre lyrique : le dilemne des protagonistes entre l’amour et le devoir. L’histoire prend place dans l’Égypte des pharaons, sous le règne du roi Ramphis (Miloš Horák) ; le pays étant aux prises avec la future invasion éthiopienne menée par le roi Amonastro (Miguelangelo Cavalcanti). Radames (Nikolaj Višnjakov), capitaine de l’armée égyptienne, a pour mission de défendre son pays face aux troupes ennemies, malgré son profond amour pour Aïda (Anda-Louise Bogza), héritière du royaume éthiopien, et servante de la princesse égyptienne Amneris (Galia Ibragimova).

Acte II

Revenant victorieux de cette campagne militaire, sous fanfares et chants glorieux (écoutez la Marcha Triunfal de Verdi pour plonger tête première dans l’ambiance), Radames apporte en tribu de guerre, Amonastro et ses fidèles capturés au roi Ramphis. Plus d’une centaine de chanteurs se retrouvent sur scène, déployant dans toute leur ampleur les thèmes musicaux du compositeur. Le roi accorde au capitaine une faveur qu’il sera dans l’obligation de réaliser. Radames, voyant Aïda rejoindre son père pour l’accompagner dans sa condamnation, demande liberté pour le peuple éthiopien. Sa requète sera exaucée, sauf pour Amonastro et Aïda qui seront gardés prisonniers pour éviter toute nouvelle attaque des troupes venant d’’Éthiopie. Finalement, Ramphis confie la main de sa fille, la belle Amneris, au capitaine Radames pour le récompenser de ses loyaux services.

Acte III

À partir de cet acte et jusqu’à la fin de l’opéra, on dénotera une rupture avec la première partie de l’œuvre au niveau du rythme et de la mise en scène, mise en scène plus intime, focalisant l’attention du spectateur sur le nœud tragique liant Radames, Aïda et Amneris. Amonastro, captif, et connaissant les sentiments réciproques entre Aïda et Radames, la convainc d’utiliser son amour pour apprendre les plans de l’armée egyptienne et permettre ainsi au roi emprisonné de s’évader et de revenir en force pour vaincre les armées d’Égypte. Radames rencontre Aïda dans le temple d’Isis et décide de céder à son amour pour la princesse éthiopienne au détriment de son avenir avec Amneris, révèle les secrets militaires de son armée, et décide de fuir avec Aïda. Amonastro apprend les plans de Radames, s’échappe du temple tandis que les gardes de la cour égyptienne, menés par la princesse Amneris, capturent le capitaine déchu qui se livre sans résistance aux prêtres.

Acte IV

Amneris tente par tous les moyens de sauver Radames, mais ce dernier refuse de renier son amour pour Aïda, seule condition qui pourrait influencer le conseil qui le jugera de ses actes de trahison. Malgré cette tentative infructueuse de la princesse égyptienne, Radames reçoit sans opposition les accusations des prêtres et se retrouve condamné à une mort certaine en se faisant emmurer vivant dans un tombeau. La lumière s’obscurcit, ne laissant paraître que les faibles torches provenant de la surface. Radames découvre Aïda à ses côtés, ayant abandonné son père pour rejoindre son amour dans cette dernière aventure vers l’au-delà. Le rideau s’abaisse sur une princesse Amneris déchirée qui prie pour son amour parti à jamais.

Aïda, c’est l’opéra de l’amour en contradiction avec le devoir, sous fond d’intrigue policière entre deux peuples en conflit armé. C’est la confrontation des classes sociales autour de l’amour d’un homme, où un capitaine renie la main d’une princesse pour l’amour impossible avec sa servante, au détriment de gloire et richesses certaines. Dans une mise en scène par moments triomphale ou intime, en un cadre appelant l’imaginaire du spectateur, où les chorégraphies relèvent de la sensualité du ballet, la représentation de l’Opéra d’État de Prague réussit avec brio à nous transporter dans le temps et dans cette Égypte sensuelle, faite d’or, de mystères et de passion.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.