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Entrevue avec Achdé, dessinateur de Lucky Luke

Il a le physique d’Obélix, la gentillesse et la sympathie d’un Spirou, prend des décisions à la Largo Winch, se pose les mêmes questions que Jules et pourtant il est bien le père « adoptif » de Lucky Luke. Achdé a adopté Lucky Luke un été de 2001, quand ce dernier a perdu son créateur, son géniteur Morris, qui l’avait fait naitre 55 ans plus tôt. Rien ne destinait le petit Achdé, Hervé Darmenton de son vrai nom, à avoir une telle destinée et à devenir le dessinateur du cow-boy le plus connu de la planète.

Fils d’un père haut fonctionnaire au Maroc et d’une mère au foyer, entouré de sœurs, ce natif lyonnais reçoit une éducation classique des années 60-70. Dans ce cadre rigide, l’un des rares moyens qu’il trouve pour s’exprimer est le dessin. Il s’inspire de son quotidien, sa mère éplu-chant les pommes de terre, ses jeux d’enfance… À 5 ans, il réalise sa première histoire dessinée : le chevalier et la dame blanche. Mais assez vite, on lui dit que dessiner, ce n’est pas un vrai métier, il négocie de pouvoir lire une bande dessinée en échange de lire un classique de la littérature. Il est fasciné par le dessin animé et admire un certain Walt Disney, il serra marqué par ces dessins animées de sa jeunesse Le livre de la jungle et Fantasia.

Il obtiendra une caméra super 8 à 11 ans, en groupant les cadeaux de deux anniversaires et de deux Noël, une caméra qui filme image par image. À l’époque le papier coûte cher et pour pouvoir réaliser ses premiers dessins animés, Achdé volera du papier de brouillon de couleurs différentes à l’école pour pouvoir finir ses films. À force d’entendre que dessinateur ce n’est pas un vrai métier, Achdé devient manipulateur en électroradiologie et mène une vie tranquille avec sa femme. Mais au fond de lui, il s’ennuie, elle le sent bien, elle décide alors de lui faire ressortir la table à dessin et lui donne le courage de se lancer dans sa passion. À 34 ans, il décide de voir ces deux patrons à l’hôpital pour leur donner sa démission, dans la foulée ses derniers lui proposent de rester et de l’augmenter de 30%.

Mais sa décision est prise, il deviendra dessinateur et il vivra de sa passion. Ses six premières années sont dures (1986-1991), il travaille pour des agences publicitaires, pour la presse, pour des institutions, mais il peine à faire éditer ses albums. Les galères s’enchaînent, il devient papa, il lui faut un métier qui lui permettra de faire vivre la famille, en ce printemps 1991, Achdé envoie ses derniers manuscrits aux grandes maisons d’édition, il promet à sa femme que si quand ils reviennent de vacances, il n’a toujours pas de réponse, il reprendra son boulot d’avant. Deux réponses positives l’attenderont à son retour. C’est ainsi qu’Achdé rentre dans la grande et prestigieuse maison d’édition Dargaud. Il publie sa première série de BD : C.R.S. = détresse, les CRS étant les forces militaires françaises enca-drant les manifestations. Ainsi dans les années 90, il commence à côtoyer le microcosme des dessinateurs de bandes dessinées français. Il rencontra Uderzo (dessinateur d’Astérix et Obélix) grâce à la fille de ce dernier.

Cette rencontre lui donnera la force de continuer et de se surpasser. Début des années 2000, un autre défi de taille l’attend, on lui propose de reprendre Lucky Luke, Morris son créateur vient de mourir. Achdé a du mal à se mettre « dans les bottes » de Morris, le dessin doit rester le même, mais aussi l’environnement du personnage, les lecteurs ne doivent pas sentir de césure entre les deux pères. Morris est l’un des pères de la bande dessinée moderne avec Jacobs outre-Manche (Blake et Mortimer) et le duo Uderzo-Goscinny (Astérix et Obélix). Il était dessinateur, mais aussi scénariste (épaulé parfois de Goscinny), il a construit lui-même le personnage. Bien que lui-même scénariste (il a écrit les scénarios de quelques albums C.R.S. = détresse), on demande à Achdé de travailler le scénario avec l’humoriste français Laurent Gerra. Fasciné par l’Amérique du Nord et par les cow-boys, il abattra un travaille considérable pour sortir en 2003, un petit album qui a valeur de test pour ces éditeurs Le cuisinier français, puis c’est le plongeon dans le grand bain, il réalise La Belle Province, en 2004, et emmène le meilleur tireur de l’ouest au Québec.

Malgré la confiance de son éditeur et la tranquillité de son scénariste, il attend « le couperet des gardiens du temple et il y a de quoi. » 420 000 exemplaires vendus en 15 jours, le défitant graphique que de succession est relevé pour Achdé. Sortirons La Corde au Cou en 2006, puis L’homme de Washington en 2008, il vient de finir son quatrième album qui sera publié en octobre prochain en France (sans doute fin 2010 au Québec). En parallèle et à travers les salons auxquels il a participé, il a réalisé un rêve d’enfance. Il sortira une BD portant sur le sport de sa jeunesse : Les Canayens de Monroyal, où toute ressemblance avec un certain club cher aux Québécois est totalement involontaire, il le cosigne avec Lapointe ! Sur ce, bonne lecture et n’oublions pas que le 9e art est l’un des arts les plus complets, mais aussi l’un des plus accessibles tant pour les petits que pour les grands…

Mots-clés : Littérature (20)



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