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Cendrillon, conte de fées ou opéra ?

Et pourquoi pas les deux ? C’est le défique se sont donnés Renaud Doucet et André Barbe en reprenant à leur manière la pièce en quatre actes de Massenet. Qui n’a jamais entendu l’histoire de Cendrillon, ce conte de Charles Perrault où une jeune femme délaissée rêve d’un amour parfait avec un prince charmant et y perd une pantoufle de verre ? À en croire la foule dans la salle, le conte enchante toujours et encore.

Cendrillon s’adresse tant aux habitués avertis qu’aux néophytes d’opéra, grands et petits. Les paroles chantées en français avec surtitres bilingues accompagnent cette histoire simple, populaire et remplie de clins d’œil crampants. Se promenant entre deux extrêmes, la pure comédie et la grande tragédie, aucune place pour la monotonie : le spectateur reste accroché. Finalement, si le malheur des amoureux ne réussit pas à tirer les larmes des spectateurs, le rire est assuré par des scènes baignant complètement dans l’absurde.

Renaud Doucet a réussi à rendre tous les personnages attachants à souhait. On se laissera fondre à entendre chanter les émotions de Cendrillon (Julie Boulianne). Le prince charmant (Frédéric Antoun) incarne un ado en crise d’affection. Pandolfe (Gaétan Laperrière), sous l’emprise de sa deuxième femme égoîste, Madame de la Haltière (Noëlla Huet), montre toute sa sensibilité face à sa fille Cendrillon. La fée (Marianne Lambert) donne une prestation étonnante pour réunir les deux amoureux. Une attention particulière a été accordée aux personnages secondaires (gymnastes, danseurs, jongleurs, les Monsieurs Net ?), qui fait de leurs interventions, même légères, un ajout savoureusement piquant à la mise en scène déjà farfelue.

Et que dire des décors sublimes d’André Barbe ? À la fois simples et adacieux, ils nous immergent dans cet univers simili « American Dream » des années 50. L’omniprésence du rose et du quétaine (dont des flamants roses !) réussit à nous transporter à cette époque de naiveté et de jeunesse. Au total, on y retrouve quatre décors uniques : une cuisine immense aux perspectives trompeuses, un palais qui mélange glamour et festivité, un romantique cinéparc et une confortable banlieue. Leur complexité se fait surtout sentir lors des changements de scènes, où tout est permis pour détourner l’attention du spectateur : longs monologues, entracte et même une séance de film (popcorn inclus). Loin d’être superflu, puisque le tout contribue à l’atmosphère finale de la pièce.

Tout compte fait, je recommande fortement cette pièce, surtout si vous n’avez jamais goûté à l’opéra. Elle saura réveiller votre cœur d’enfant et, qui sait, peut-être trouverez-vous aussi votre prince/princesse charmant(e).




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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