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Buffet chinois, all you can eat

Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je pense à un buffet chinois, c’est l’odeur du gras et le goût de la friture qui me reviennent en tête. C’est l’abus, le mal au ventre après avoir englouti trois assiettes de trop. C’est l’image des assiettes pas toujours propres, des files d’attentes devant les réchauds et des grandes tables nappées de blanc.

Depuis que j’ai vu la pièce Buffet chinois, all you can eat, disons que cette image a… un peu changé.

Image article Buffet chinois, all you can eat 504 (Crédit : Paul-Antoine Taillefer)

Ma, Pa, le fils Tatane et la rebelle Choupette forment une famille tout ce qu’il y a de plus améri- caine. Pour leurs vacances d’été, ils décident cette année d’organiser un voyage au bord de la mer, afin d’assister de près… à la fin du monde ! Rien de moins. Heureusement, leur gros VUS (véhicule utilitaire sport) rouge n’est pas très loin, figure de sécurité qui, croient-ils, les protègera de la grande vague dévastatrice. Judicieusement choisi, le site est situé à quelques pas… d’un buffet chinois !

Buffet chinois, all you can eat, trace, de manière originale, et, il faut le dire, assez troublante, le tableau d’une société d’abus, de surconsommation, de prémâché et de conformité. Quoiqu’il s’agisse d’une critique peu subtile de la société américaine, et qu’il est toujours plus facile de juger son voisin, on se dit que cette pièce pourrait tout aussi bien s’appliquer à nous, qui baignons malheureusement trop souvent dans l’exagération et le gaspillage.

Dans une mise en scène relativement sobre, cette pièce réussit assez rapidement à troubler le spectateur. D’abord grâce à l’écriture… les personnages, particulièrement Choupette, sont très bavards, et se lancent à plusieurs reprises dans de grandes envolées lyriques. Mais également grâce aux bruits et à la musique qui viennent alourdir l’ambiance.

D’ailleurs, plus la pièce avance, plus on se rend compte que cette famille est complètement dysfonctionnelle, au point où un des leurs sera sacrifié devant cette fin du monde inévitable. Qui plus est, cette famille a un véritable dogme : ils vénèrent le dictionnaire, comme d’autres se promènent avec une bible dans leurs valises. Alors que Ma, Pa et Tatane tentent de mémoriser la définition exacte de tous les mots, Choupette, elle, y va de ses propres définitions, nageant à contre-courant de cette pathétique famille, mais également d’une société à la dérive.

Quoique la critique soit très intéressante, il faut dire que les longs monologues de Choupette deviennent parfois un peu lourds, comme la pièce elle-même. Même si on reconnaît la qualité de l’écriture, certains passages auraient intérêt à être resserrés. Heureusement, la fin est « trash » à souhait et vient, selon moi, sauver une pièce qui s’en allait on ne sait trop où.

Le texte est signé par Nathalie Boisvert, une diplômée en art dramatique qui a obtenu le Prix Gratien-Gélinas en 2007 pour ce texte. La mise en scène est assurée par Jean-Frédéric Messier, Fondateur du collectif Momentum.

Image article Buffet chinois, all you can eat 503 (Crédit : Paul-Antoine Taillefer)

BUFFET CHINOIS, all you can eat | Une pièce de Nathalie Boisvert. | Une mise en scène de Jean-Frédéric Messier. | Avec Nathalie Claude, Benoît Dagenais, Stéphane Demers, Dominique Leduc et Émilie St-Germain. ||
Jusqu’au 22 mai 2010, à l’Espace Go.

Mots-clés : Théâtre (92)



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