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Autres Odyssées de l’Espace

Dans les années 70, l’espace influence l’imaginaire collectif. La vision du futur qui prévaut est résolument optimiste : le Progrès est en marche, la technologie soulage les hommes et l’espace est un lieu ouvert à des idées nouvelles et différentes. Quand Armstrong foule la cendre lunaire, les consciences s’ouvrent à une autre échelle, une autre dimension sur fond d’euphorie planétaire. Mais le temps passe et donne à la conquête spatiale des airs de supercherie. Qu’avons nous gagné finalement ? Où est le sauveur Ex Machina qu’on nous avait promis ? L’illusion se dissipe lentement et emporte avec elle l’intérêt du public. Mais tout n’a pas été en vain car l’exploration spatiale, c’est aussi se retourner pour regarder la Terre, et redécouvrir ce qu’on avait depuis le début. Alors que l’exploration spatiale revient en grâce, trois architectes révèlent comment leur art a changé le 21 juillet 1969.

Alessandro Poli ouvre l’exposition avec une rétrospective de ses projets influencés par la nouvelle dimension spatiale. Si le centre de la première salle est occupé par un complexe de loisir dynamique et tentaculaire, radicalement différent du standard d’alors, il serait dommage de ne pas considérer les photomontages accrochés au mur. Cette technique encore neuve dans le milieu des années 1970 permet de mieux appréhender la nouvelle réalité créée par l’alunissage. Elle en est aussi une conséquence directe : les architectes ont besoin de nouveaux outils de représentation pour accommoder leur nouvelle manière de penser la Terre. Maquettes, collages, collections d’objets et films (comme Architettura interplanetaria présenté dans la même salle) viennent compléter les plans en deux dimensions.
L’architecte italien consacre sa seconde salle au personnage de Zeno, un paysan toscan qu’il s’amuse à comparer à Buzz Aldrin, pilote du premier module lunaire. Les deux sont autosuffisants dans leur environnement contrôlé (la cabane de Zeno et la capsule de Aldrin) dont les ressources limitées sont recyclées en permanence. Mais l’autonomie de Zeno dépend de sa technique, c’est-à-dire de son astuce à réinventer seul ses outils, quand la survie de Aldrin est le fait de la technologie, de l’effort d’une organisation colossale comme la NASA. Le contraste est particulièrement saisissant dans le grand collage Zeno rencontre Aldrin à Riparbella, le paysan au fusain face au monstre hydrocéphale de l’astronaute. L’étude de terrain d’Alessandro Poli est peut-être la plus avant-gardiste de toutes en ce qu’elle relie directement l’exploration spatiale à la redécouverte de la Terre.

Changement de ton avec l’américain Greg Lynn. Sa première salle abrite New City, une représentation de la Terre condensée en une seule ville où chacun des neuf milliard d’habitants dispose d’une adresse unique. L’ensemble a l’apparence d’un ruban de Mobiüs fou évoluant au gré du désir de ses habitants dont les interactions sont plus naturelles que si elles étaient appliquées à un globe qui n’a finalement pas d’existence dans le quotidien. Mais New City n’est pas qu’un amas virtuel amorphe, elle est façonnée par la densité et la répartition de la population des continents d’origine. Ainsi l’anneau Nord-Américain est régulier et sage, alors que l’anneau Océanien varie brusquement pour représenter le contraste de son peuplement terrestre.
La seconde salle de Greg Lynn aurait pu décevoir après une introduction aussi réussie. Il n’en est rien : les N.O.A.H (New Outer Atmospheric Habitat) et autres esquisses de colonies spatiales explorent les problématiques de la construction en gravité zéro, de l’architecture en l’absence de ligne d’horizon. Les résultats sont présentés sous forme de maquettes (réalisées en prototypage rapide pour le bonheur de nos camarades en Génie Mécanique). Structures oblongues, poreuses, plus organiques que minérales, elles laissent voir des ouvertures béantes, les « vistas and views » où les habitants de demain déambuleraient dans divers biotopes. Et même si Greg Lynn affirme que « l’exposition ne doit pas être une fenêtre sur quelque chose, mais plutôt donner l’impression que les artefacts ont été prélevés de leur environnement », on ne peut s’empêcher d’interpréter la géométrie des maquettes, et d’imaginer de gigantesques nefs dérivant lentement entre les étoiles.

Enfin, Micheal Maltzan amène une pléthore de maquettes témoignant de l’évolution de son nouveau bâtiment, conçu pour le Jet Propulsion Laboratory de la NASA. L’édifice pentagonal est parfois recouvert de centaines de dalles translucides dont la coloration varie légèrement. Cette forme et cet habillage singuliers s’expliquent par « l’écart radical entre l’espace mental dans lequel se projettent les scientifiques et leur expérience du quotidien ». Les scientifiques étudiants toute la journée la sonde Cassini modifient peu à peu leur physionomie. Les infimes oscillations chromatiques des relevés de Saturne sont refletées sur Terres par les fluctuations dans la couleur du bâtiment. Sa géométrie de pentagone échevelé même, séparant les espaces intérieurs des espaces extérieurs et les organisant les uns par rapport aux autres, est inspirée des forces gravitationnelles. Tout est fait pour accompagner les scientifiques lors de leur retour à la réalité.

En sortant de l’exposition aux trois architectes et deux commissaires, je me suis dit que c’était la plus plaisante que j’avais eu l’occasion de voir au CCA. Je vous invite vivement à juger par vous-mêmes.

Autres odyssées de l’espace : Greg Lynn, Michael Maltzan, Alessandro Poli. Jusqu’au 6 septembre 2010
www.cca.qc.ca/fr/expositions/417-autres-odyssees-de-lespace-greg-lynn-michael-maltzan

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