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Entrevue avec Diane Riopel, professeure et titulaire de la chaire Marianne-Mareschal

Les femmes et le génie

Professeure à l’École Polytechnique de Montréal au département de mathématiques et de génie industriel et titulaire de la chaire Marianne-Mareschal, Mme Riopel effectue des recherches dans le domaine de la manutention, de l’entreposage, de la logistique, de l’implantation et de la logistique inverse. En plus d’être membre du Centre de recherche sur les transports (CRT) et du Groupe d’études et de recherche en analyse des décisions (GERAD), Mme Riopel est impliquée dans deux grandes causes : la promotion de la langue française au sein des communautés techniques et scientifiques et la participation des femmes dans le domaine du génie. Honorée par l’Office québécois de la langue française, elle reçoit le prix Camille-Laurin pour son engagement et la promotion de la langue française dans son milieu de travail. En mai 2009, Ingénieurs Canada lui attribue le Prix pour le soutien accordé aux femmes.

Si vous deviez résumer votre parcours, comment le décririez-vous ?

Je dirais qu’il n’y a pas de plan de carrière. À un instant donné, il a fallu faire des choix. C’est sûrement l’une des caractéristiques de beaucoup de femmes dans notre profession : nous vivons notre carrière au jour le jour. Ne pas avoir de plan de carrière ne veut pas dire ne pas se donner les moyens. Il faut aller à l’école et avoir des diplômes pour pouvoir avancer dans sa profession. Le fait de s’instruire ouvre des possibilités lorsqu’on n’a pas de plan prédéfini.

Pourquoi avez-vous choisi le domaine du génie ?

Étant la première universitaire de ma famille, je n’avais pas de modèle. Dans les années 1970, j’ai visité le centre de calculs de l’Université de Montréal. À cette époque les ordinateurs étaient tous câblés. Ma question était très simple : « Comment ça marche ? ». Je me suis renseignée auprès de mes proches et j’ai appris que c’était du travail d’ingénieur. C’est donc vers l’âge de 16 ans que j’ai eu un déclic. Par ailleurs suite à des problèmes familiaux j’ai connu la précarité. En évoluant je me suis promis de ne plus vivre dans la pauvreté. Avec le métier d’ingénieur on ne peut pas être pauvre. C’est un avantage non-négligeable.

Comment réussissez-vous à gérer votre temps entre la chaire Marianne-Mareschal, l’Office québécois de la langue française et votre métier ?

C’est un choix que j’ai fait. On m’a proposé d’être associée de recherche dans un laboratoire. Après la recherche, j’ai enseigné. J’y ai pris goût et j’ai décidé de devenir professeure d’université. J’ai choisi de faire mes études doctorales en français. Comme je n’étais pas très bonne en anglais, je me suis dis que si je voulais améliorer mon anglais, il fallait que je commence par améliorer mon français. On ne peut pas dépasser avec une langue seconde le niveau de notre langue maternelle. C’est notre langue maternelle qui tire les autres langues. J’ai donc eu par la suite l’opportunité de travailler avec l’Office québécois de la langue française. De notre collaboration est issu un ouvrage : Le dictionnaire illustré des activités de l’entreprise en vente à la Coopoly.

Est-ce que les connaissances que vous avez acquises pendant votre cycle universitaire vous servent dans le milieu professionnel ?

Tout le temps. Quand on marque sur le cheminement des préalables à des cours, ce n’est pas pour rien. Par exemple un étudiant qui n’a pas suivi le cheminement peut se retrouver dans une situation où il doit gérer des conflits d’horaires, faire un cours sans préalable, etc. À la fin du cours il pense qu’il a bien réussi et qu’il s’en est bien sorti. Mais il y a un grand nombre de liens qu’il n’a pas pu faire parce qu’il n’avait pas suivi le cours préalable. On se sert de toutes nos connaissances uniquement si on est capable de faire des liens. C’est pourquoi il faut revoir les choses assez souvent. Il faut aussi faire confiance aux professeurs et aux ingénieurs qui font les programmes scolaires. Il n’y a pas d’autres moyens pour apprendre un cours, il faut que ce soit fait de manière insulaire. Mais ce n’est pas le professeur qui va faire les liens nécessaires entre les différents cours, c’est à l’étudiant de les faire. C’est encore mieux si on fait l’effort de l’expliquer à quelqu’un d’autre. Je prends plaisir à retourner à mes ouvrages de base dès que je peux. Plus on est capable d’assimiler les règles de sciences fondamentales et plus on est à même de les manipuler avec raison et non avec intuition. Le fait d’avoir accès à trop d’informations peut constituer un danger de notre société actuelle car au final on ne sait rien. D’autant plus que beaucoup ne font plus l’effort d’apprendre parce qu’ils pensent qu’ils pourront toujours aller consulter la documentation sur Internet. C’est un leurre car dans la vraie vie, on n’a pas le temps de consulter.

Quelle est pour vous la particularité du métier d’ingénieur ?

L’ingénierie est partout. De la brosse à dents que vous utilisez le matin jusqu’à l’interrupteur pour éteindre la lumière le soir. Donc vous côtoyez dans votre quotidien des résultats de développements scientifiques importants qui ont complètement modifiés notre vie. L’objectif de l’ingénierie c’est de fournir des aides à l’humanité pour faciliter la vie. Ce qui permet d’avoir le temps d’être plus heureux et de consacrer du temps à soi-même et à ses proches. Quand on enlève tous les éléments d’aide à la société, on est vite ramené à des besoins primaires : l’eau, l’alimentation, la protection. Ce qui est aussi intéressant dans la carrière de génie c’est qu’on peut avoir des expériences extrêmement variées. On a la chance de ne pas avoir à faire la même chose tout le temps. Nous pouvons évoluer dans notre carrière. Au début, en tant que junior, on réalise une petite partie des projets, puis on est en mesure de mener un grand projet et de diriger des équipes de plus en plus importantes.

Qu’en est-il des femmes dans le domaine du génie ? 

C’est important de réaliser qu’il y a eu une régression au Canada du pourcentage de femmes dans le domaine du génie. De 22 %, ils sont passés à 16 %. Tandis qu’au Québec, on note une petite évolution. Dans un tel contexte on peut penser que la chaire Marianne-Mareschal et tous les autres partenaires ont fait une petite différence. La chaire Marianne-Mareschal est l’un des maillons de cette grande chaîne qui comprend aussi l’OIQ (l’Ordre des ingénieurs du Québec) et l’ADP (l’Association des diplômés de Polytechnique). Par ailleurs nous créons des programmes comme « Futures ingénieures » qui attire les jeunes filles du Québec. Nous sommes présents dans 6 régions et nous sensibilisons plus de 22 000 personnes. En plus de la chaire Marianne-Mareschal au Québec, il y a aussi la chaire CRSNG/Alcan à l’Université Laval. Avec deux chaires pour la promotion du génie, un taux positif et un grand réseau, la province de Québec se porte plutôt bien par rapport au reste du pays.

Quels sont les moyens que la société québécoise peut mettre en œuvre pour encourager les filles dans les carrières du génie ?

C’est le type de métier où il y a encore des « premières » à faire. C’est-à-dire qu’on est encore la « première femme » à certains postes. Lors d’une conférence à la RIM (section régionale des ingénieurs de Montréal) une femme présente m’a dit qu’il arrive des situations où elles sont les premières à occuper certains postes. Elle soulignait également que, certes, il y a plusieurs femmes dans son entreprise, mais que dans les réunions, elle se retrouvait être la seule femme. La société québécoise n’est pas encore organisée pour aider les femmes dans leur vie professionnelle et familiale. Le point positif est qu’on voit de plus en plus des foyers, c’est-à-dire que les hommes s’impliquent de plus en plus dans l’éducation des enfants.

Pour plus d’information :

www.chairemm.polymtl.ca

Marianne Mareschal avait tracé son chemin sans plan de carrière préétabli. Partant de la Belgique, elle a parcouru plusieurs villes d’Amérique du Nord. De 1987 à 1995, elle passe de chercheure à professeure à l’École Polytechnique de Montréal. Elle ne s’était imposé aucune limite et préférait vivre dans un monde sans frontières. Ses collègues s’en souviennent comme d’une scientifique de premier plan mais aussi comme d’une femme qui cherchait à concilier les différentes facettes de sa personnalité : la culture européenne, ses responsabilités de mère de famille et ses préoccupations de recherche et d’enseignement. La générosité fait partie, entre autres, du legs qu’a laissé Marianne puisque, jusqu’aux derniers jours, elle a planifié, avec ses collègues, la continuité de l’encadrement de ses étudiants. Créee en 1998, la chaire Marianne-Mareschal a pour but de faire la promotion du génie auprès des femmes. Elle compte quatre professeures titulaires : Suzanne Lacroix, Nathalie de Marcellis-Warin, Annie Ross et Diane Riopel.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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