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Entrevue avec Jean Grégoire, Président de la FEUQ

Le dégel des frais de scolarité

Mise en situation : le pacte pour le financement concurrentiel des universités – 23 février 2010

Le dégel des frais de scolarité redevient tranquillement un sujet chaud. De plus en plus d’interventions publiques de politiciens, d’économistes, d’acteurs provenant d’associations étudiantes et de professeurs se font entendre à ce sujet en proposant des modèles de hausse des droits de scolarité. Il est question, entre autres, d’augmenter ces frais en fonction du revenu anticipé des étudiants et du coût de leur formation. Dernièrement, seize citoyens engagés, dont Lucien Bouchard, ex-premier ministre du Québec, ont signé un pacte pour le financement concurrentiel des universités. Ce pacte propose une solution au sous-financement des universités québécoises par le déplafonnement des droits de scolarité en fonction du coût de formation, le renforcement du soutien à l’accessibilité aux études et l’engagement du gouvernement à investir en éducation. Le Polyscope a donc interviewé Jean Grégoire, président de la FEUQ, pour avoir son opinion sur le pacte et le dégel en général. Sachez que les frais de scolarité sont fixés par le gouvernement du Québec et sont les mêmes peu importe l’établissement ou le domaine d’étude, contrairement aux frais institionnels obligatoires. De plus, l’entente sur le dégel actuellement en place qui a eu lieu en 2005 prend fin durant l’année 2011-2012. Personne ne sait ce qui va se produire par la suite…

Jean Grégoire, c’est qui ? Eh bien c’est :

  • Président de la FEUQ depuis le 1er mai 2009
  • Porte-parole du plus important groupe jeunesse au Québec

-Inscrit au baccalauréat en études cinématographiques à l’UdeM depuis 2005…

  • 2008-2009 : Coordonnateur aux affaires internes et aux communications à la FEUQ
  • 2007-2008 : Coordonnateur à la vie de campus à la FAÉCUM
  • 2006-2007 : Intervenant et coordonnateur en maison de jeunes, Les Chemins du soleil

Quelle est la position de la FEUQ sur le pacte pour le financement concurrentiel ?

Avant de piger un sous de plus dans la poche des étudiants, nous sommes d’avis qu’il faudrait s’assurer que la gestion de nos établissements soit bien faite. On oublie complètement qu’actuellement 70 à 80 % du financement de nos universités provient des fonds publics. Or, il n’existe aucun mécanisme de vérification de la gestion de cet argent. Le pacte passe donc par-dessus un élément important. De plus, l’idée d’une différenciation des frais par coût de la formation comme propose le pacte ou par revenu anticipé comme d’autres modèles avancent est néfaste. On brise la mobilité sociale en limitant l’accès aux programmes plus coûteux qui, en général, permettent d’accéder à un meilleur salaire plus tard. D’ailleurs, l’impôt est la meilleure façon de financer les services publics de façon progressive et équitable. Si la populaion est mieux formée dans son ensemble, davantage de professionnels se rapporteront à l’État. Éventuellement, l’éducation rapporte des revenus et énormément de bienfaits sur le développment de la société.

Des anciens exécutants de la FEUQ ainsi que d’autres ex-dirigeants d’associations étudiantes ont signé le pacte. Est-ce que ces signatures ont un poids ?

Leur signature aurait pu avoir un impact, mais celui-ci s’est limité en apparence au jour de la sortie. Pour la plupart, ces gens ne sont plus dans le mouvement étudiant depuis une dizaine d’années. Heureusement, notre réaction rapide nous a permis de couvrir la grosse majorité des médias québécois afin de divulguer notre opinion sur le sujet. Je suis tout de même fâché, puisque ces personnes se sont servi de leur ancienne implication pour justifier le fait que des étudiants étaient en accord avec ça. D’ailleurs, une quarantaine d’anciens de la FEUQ et la FECQ notamment se sont réunis et ont répliqué par une lettre ouverte dans le devoir le samedi suivant pour expliquer que le pacte était en marge du mouvement étudiant.

Comment percevez-vous le problème du sous-financement des universités au Québec ? Est-ce que le dégel des droits de scolarité est nécessaire comme solution ?

C’est sûr et certain que le sous-financement est un réel problème, mais les chiffres ont été calculés de façon absurde. En comparant le Québec à la moyenne de financement des universités au Canada, ceux qui parlent de sous-financement stipulent qu’il y a un écart de 350 à 400 M$ et qu’il faut aller piger dans la poche des étudiants. Ce que nous voulons savoir, en réalité, c’est combien coûterait le système d’éducation que nous voulons. C’est sûr qu’il y a moyen d’améliorer le système d’éducation, mais il faut d’abord se fixer des objectifs à atteindre. Par la suite, nous pourrons déduire un vrai chiffre de sous-financement et pouvoir décider qui prend le fardeau. Il y a différentes manières de financer notre système d’éducation, que ce soit par le gouvernement, les étudiants ou les établissement universitaires par leurs fonds de donation. Enfin, la solution passe par une meilleure gestion des établissements, une stratégie de développement du réseau universitaire, un réel appui sur l’impôt (seule mesure réellement équitable pour financer nos services publics) et une valorisation de l’éducation.

Quel est l’impact du dégel sur l’accesibilité aux études ?

Très techniquement parlant, en isolant seulement le facteur de hausse des frais de scolarité dans une prévision économique, le dégel actuel qui a eu lieu en 2005 aurait entraîné de 6 000 à 13 000 étudiants de moins à s’inscrire à l’université. Cependant, cette année, la crise financière va entraîner une hausse d’inscriptions à l’université puisque des gens perdent leur emploi et cherchent une nouvelle formation. À cela s’ajoute une série de craintes pour les étudiants qui doivent avoir recours à un prêt et donc s’endetter. Le fardeau financier entraîne la crainte de ne pas pouvoir rembourser sa dette, de ne pas rentabiliser sa formation, de ne pas avoir un emploi dans son domaine, d’être obligé de revenir aux études par la suite… La majorité des étudiants, soit ceux qui viennent de la classe moyenne, n’ont souvent pas accès à l’aide financière aux études et n’ont pas nécessairement le soutien de leurs parents. Ils vont donc contracter un prêt. Ceux dans les familles à faible revenu vont en contracter un aussi, mais auprès du gouvernement. Bref, plus les frais sont haut, plus il y a d’étudiants qui tombent dans cette catégorie.

Accessibilité, équité, excellence et efficacité. Ce sont les quatre valeurs prônées par le pacte. Est-ce qu’il devrait en avoir d’autres ?

Je dirais plutôt qu’ils en nomment deux qui n’ont rien à avoir avec leur plan. Ce qui est proposé par le pacte ne touche ni l’accessibilité, ni l’équité. Leur système d’aide financière est un sytème au besoin et à l’excellence. Il faut donc être un bon étudiant qui a besoin d’argent. Leur vision d’excellence et d’efficacité ne fait qu’augmenter l’écart entre les plus riches et les plus pauvres, tout en renvoyant le fardeau sur les épaules de la classe moyenne. Pour finir, c’est important les chiffres, mais il faut arrêter de tout chiffrer systématiquement. Le système d’éducation est une mise dans le futur du Québec et dans les jeunes. Quand va-t-on se rendre compte qu’on oublie actuellement d’« investir » dans l’humain ? On oublie tout ce pan ainsi qu’une valeur fondamentale sur laquelle on a bâti le Québec, valeur selon laquelle nous sommes une société où l’on ne peut se passer de la contribution de son prochain. Si on se met à faire des différenciations à outrance, j’ai bien peur de constater ce que nous réserve l’avenir de notre société…

Pour plus d’information :
www.pactefinancementdesuniversites.info
www.feuq.qc.ca/dossier/frais-de-scolarité

 

La mission de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)

Créée en 1989 pour défendre les droits et intérêts des étudiants à la suite du dégel des frais de scolarité en 1989, la FEUQ regroupe 15 associations étudiantes membres, dont l’Association des étudiants de Polytechnique (AEP). Au fait, elle représente 120 000 étudiants auprès des gouvernements, des intervenants du milieu de l’éducation et des intervenants de la société civile.

La FEUQ prône une éducation humaniste, accessible et de qualité et travaille de concert avec ses associations membres pour exercer une pression pertinente auprès des acteurs appropriés. Dû à l’étendue de sa mission, la FEUQ traite de nombreux dossiers. Sa campagne annuelle actuelle concerne le Programme canadien des bourses d’étude (PCBE) où elle réclame 35 millions d’argent fédéral que Québec retient des étudiants du système des prêts et bourses (Le Polyscope, vol.43 no.19 p.4). Pour plus d’infos : www.feuq.qc.ca.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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