Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

L’enfer, c’est les autres

Fidèle à sa mission de présenter les classiques d’hier et d’aujourd’hui, le Théâtre du Nouveau Monde présente actuellement Huis Clos de Jean Paul Sartre, cinquante-six ans après sa création. Ce texte intemporel et universel reste l’œuvre la plus connue de Sartre, notamment parce qu’elle est étudiée dans les principaux cursus éducatifs francophones. Cette pièce, teintée d’un humour mordant, demeure un symbole de l’existentialisme, mouvement philosophique et littéraire qui postule que l’être humain se défini par ses actions. Elle reste cependant très accessible.

Argument : ils sont morts tous les trois, ils ont mérité l’enfer, ils le savent – mais ne sont pas prêts à l’avouer – et voilà qu’un garçon d’étage les fait entrer un à un dans un petit salon fermé décoré avec un mauvais goût d’une étonnante sûreté. En fait, ils sont agréablement surpris de ne pas se retrouver empalés au milieu des flammes : il y a Garcin, un journaliste révolutionnaire, Inès, une employée des postes aigrie et la jeune et riche Estelle, séductrice sérielle. C’est ça l’enfer ? Mais petit à petit, ils en viennent à comprendre avec horreur qu’à eux trois, ils constituent la parfaite machine à se faire souffrir les uns les autres. Pour l’éternité.

Cette œuvre reste d’une étonnante simplicité : pièce en un acte qui fait évoluer trois personnages dans une même pièce. La morale est très explicite, et est amenée petit à petit par les protagonistes. Ils ont besoins des autres, mais ils ne savent pas s’ils peuvent s’aider ou se détruire. Garcin sera le premier à s’en rendre compte : « Aucun de nous ne peut se sauver seul ; il faut que nous nous perdions ensemble ou que nous nous tirions d’affaires ensemble. ». Plus tard, c’est à Inès d’enchérir : « Le bourreau, c’est chacun de nous pour les deux autres. ». Car effectivement, chaque personnage va faire ce qu’il peut pour faire craquer les autres ; Estelle a besoin du regard des autres et cherche l’affection des hommes, Garcin, misogyne, a besoin du respect des autres et Inès veut faire souffrir les autres mais cherche une justification à ses actes. Ils vont, chacun leur tour, détruire et se faire détruire. Tous ces actes vont permettre d’arriver à la morale explicite de la pièce : « l’enfer, c’est les autres. ».

La mise en scène, signée Lorraine Pintal, sert très bien la narration et met en emphase ce texte de Sartre. D’allure très moderne, le décor n’est pas un salon bourgeois du Second Empire comme décrit par Sartre dans la didascalie initiale. Ce salon est suggéré par les trois fauteuils de cette époque, mais l’enfer se trouve être un lieu abstrait, flottant. Les acteurs évoluent au milieu de ces quatre murs, qui les retiennent sans les emprisonner. Les lumières, souvent tranchantes, soulignent bien les couleurs de la pièce, noir et blanche, également très moderne. La metteur en scène a aussi fait appel à une distribution éclatante : le garçon d’étage mystérieux et impitoyable Sébastien Dodge, la lumineuse et séductrice Julie Le Breton, le charmeur et désespéré Patrice Robitaille et la cynique et lucide Pascale Bussières. C’est le deuxième passage de Pascale Bussières sur les planches, après Les sorcières de Salem en 1998 (déjà sous la direction de Lorraine Pintal). Sa très belle performance encouragera surement cette actrice de cinéma à se consacrer d’avantage à l’art théâtral.

Huis Clos, au TNM jusqu’au 10 avril en supplémentaire. Plus d’information : tnm.qc.ca

Mots-clés : Théâtre (92)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.