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Pierre Dorion

On pourrait croire le Musée des Beaux-Arts pingre de ne consacrer qu’une salle à sa dernière installation. Une exposition libre ? La belle affaire ! À y regarder pourtant, Pierre Dorion (Ottawa, 1959) n’en est pas à son premier jet ; il a déjà été présenté au Canada, aux États-Unis et en Europe. L’exposition en cours à Montréal se distingue des précédentes par le lien qu’elle établit entre les toiles de Dorion et les photos qui les ont inspirées. Ce lien s’exlique par l’intention de l’auteur : « Si j’avais à résumer, je dirais que je peins d’après photographie, mais je photographie en peintre. Mon but est de faire de la peinture parce que je suis peintre et que ma vision, bien que filtrée ou relayée par la photographie, est toujours motivée par le désir de voir ces lieux traduits en peinture. »

La grande salle carrée est ainsi allouée à moitié à des photos petit format, à moitié à une quinzaine de toiles réalisées entre 2009 et 2010. Les photographies seules méritent le détour : dénuées de présence humaine ou du moindre élément organique, soigneusement cadrées en fonction des caractéristiques architecturales, elles deviennent promptement des vignettes abstraites, larges aplats de couleurs rythmés par des arrangements géométriques. Abstraite donc, est l’œuvre de cet artiste qui nous montre que la réalité égare vite ses repères.

Mais c’est quand on découvre les peintures qu’on comprend la démarche de Dorion : ses toiles minimalistes et rigoureuses sont la continuité directe de ses photographies. Le commentaire de l’auteur : « je dirais que je peins d’après photographie, mais je photographie en peintre » prend alors tout son sens. Chaque cliché est un croquis qui « [lui] permet de travailler davantage les données fondamentales de la peinture, telles que la composition, mais surtout la couleur et la lumière. » En se promenant entre les peintures « abstraites mais qui abordent le réel », on s’amuse à deviner quelle photo a inspiré quelle toile, et on en prolonge en imagination les traits pour dessiner quelque édifice fantasque.

Une exposition bien sympathique donc, dont on aurait tort de se priver. Elle peut également être l’occasion de (re)découvrir la collection permanante du musée, qui se trouve dans les salles voisines. La collection est également complétée par une sélection d’œuvres du Musée sur le thème Échauffement planétaire : images d’un monde sous tension.

Pierre Dorion
, peinture et photographie, du 4 mars au 30 mai 2010 au Musée des Beaux-Arts de Montréal. L’entrée à l’exposition est libre en tout temps.




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