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Comment brutaliser une Maison de la Culture

Les mots « show de heavy métal gratuit », lorsque présentés dans cet ordre, sont capables de m’emplir d’une incomparable vague de scepticisme. En général, on s’attend à ce genre de prestation de la part d’un groupe débutant, tentant de se faire un nom. Vous imaginerez ma surprise, sexy lecteurs, lorsque j’appris que le groupe québécois Les Ékorchés allait justement présenter un tel évènement. J’ai déjà, dans une précédente itération de mes chroniques sur-testostéronées, glissé quelques mots sur ce groupe : formé de 4 géants de la scène québécoise, il a la particularité de voir les traditionnelles basses et guitares électriques remplacées par un violoncelle et une guitare acoustique. Le son résultant : organique, râpeux et ô combien lourd.

Bref, Les Ékorchés présentaient un spectacle gratuit à la Maison de la Culture Frontenac, le 26 février dernier. Tout de suite, il est intéressant de noter que la salle en question est configurée pour présenter des pièces de théâtre. Les bancs fixes et le plancher en pente ne facilitent certes pas la formation de thrashs, mais quelques braves ont quand même testé leur capacité à sauter par-dessus des rangées de bancs. De telles séquences étaient, vous vous en doutez bien, d’une grâce indescriptible. Ce spectacle était également le dernier de Michel « Away » Langevin avec la formation. Langevin, qui a notamment été le percussionniste de Voivod, s’est mérité une ovation digne de sa légende.

Le groupe a joué pendant près d’une heure, se permettant un peu d’interaction avec la foule entre deux morceaux. On notera notamment la variété des commentaires sociaux du chanteur Marc Vaillancourt, sautant du concept de paternité au manque d’alcool dans l’établissement (manque que ce fin renard a su éviter). Vaillancourt invita d’ailleurs sa sœur à interpréter une pièce touchante avec lui. Qu’on ne vienne pas me dire par la suite que le métal manque de valeurs familiales.

Même si je suis friand du groupe, je ne cacherai pas que j’affectionne spécifiquement une de leurs chansons, la très philosophique « Y va y avoir d’la viande cé murs ». Il faut croire que cet avis est partagé par la majorité des fans du groupe, car, au lieu de scander le nom du groupe pour un rappel, la foule demandait un « D’la viande! D’la viande! ». Effectivement, les Ékorchés s’étaient bien gardés de jouer ce morceau pendant leur set, le gardant pour le rappel. Vils coquins, j’ai presque eu peur qu’ils omettent ce chef-d’œuvre lyrique.

Au final, dans la foulée de leur performance plus que satisfaisante (on peut difficilement demander mieux pour un spectacle gratuit), on peut tout de même se questionner sur l’avenir du groupe. Sans « Away », le groupe perd une part importante de sa sonorité particulière, et je me demande sérieusement si un batteur aura les immenses cojones d’assurer la succession de Langevin.

Mots-clés : Musique (217)



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