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De l’importance historique de la boisson

Statistiquement parlant, si vous lisez cet article, il y a de fortes chances pour que vous soyez un Polytechnicien (ou, dans une moindre mesure, sa variante féminine). Le cas échéant, il y a fort à parier qu’on vous ait déjà accusé de désordre public en état d’ébriété. Ça, ou bien je généralise mon cas à l’entièreté de la communauté étudiante. Dans un cas comme dans l’autre, ça en prend relativement peu pour ternir l’image de l’alcool. Il est d’ailleurs surprenant et méconnu que notre aptitude à nous revirer la tête en dedans à coups de groupements éthyliques nous est naturelle, et s’avère un véritable mur de fondation de l’immeuble humain (métaphore d’ingénieur, quand tu nous tiens). Donc, à vous tous, chers amis au coude léger, je vous dédie cette chronique, regorgeant de justifications à caractère historique, à utiliser dans toutes les circonstances où être ivre pourrait vous attirer des ennuis. Parce que non, ne vous en déplaise, chanter Fuck You I’m Drunk des Dropkick Murphys n’est pas considéré comme une base argumentative valable.

Commençons par nos ancêtres, et il n’est pas question ici de l’oncle sexagénaire amateur de Laurentide. Remontons bien plus loin encore. Nous savons tous et chacun que c’est la sédentarisation qui est à l’origine de notre concept de civilisation. Lorsqu’on évoque le concept, vous imaginez, sans doute, les premières agglomérations humaines, mues par la nécessité collective de se nourrir. La réalité s’avère moins propre et bucolique. En effet, si l’humain était capable de se nourrir sans l’aide de la sédentarisation, il était cependant incapable d’obtenir de l’alcool de façon fiable. Si on regarde l’ancien peuple sumérien, à titre d’exemple, près de la moitié de la production céréalière était convertie en alcool. On parle, après tout, du peuple qui utilisait parfois comme unité monétaire l’amphore de vin et dont la maxime philosophique la plus connue est « Boire, c’est être humain », donc une telle production d’alcool n’est pas si surprenante.

Ainsi, il est évident que ce n’est pas la faim, ou une quelconque conscience sociale supérieure qui a poussé l’humain à s’établir, mais bien la soif (prononcée swèf en québécois profond). Notre ivresse collective et historique est, en quelque sorte le mortier de notre civilisation. L’image me fait larmoyer. Donc, la prochaine fois que votre charmante valkyrie au foyer vous agresse parce que vous rentrez à la tanière à 4 pattes aux petites heures du matin, répondez-lui que vous faites votre part pour la survie de la civilisation humaine, ou encore que vous rendez hommage de façon personnelle à une civilisation disparue. Les résultats peuvent varier.

Remontons encore plus loin l’arbre généalogique de l’Homo Sapiens Sapiens. Le règne animal regorge d’exemples de la consommation d’alcool comme mécanisme évolutif. Récemment, des chercheurs ont par exemple découvert, certains petits primates malaysiens dont l’apport alimentaire est presque exclusivement constitué du nectar alcoolisé de certaines plantes spécifiques. Le mammifère en question passe environ 2 heures par jour à s’abreuver ainsi, ingérant une quantité d’alcool qui ferait frémir des animaux plusieurs fois sa taille. Ce faisant, il contribue aussi au cycle reproducteur de la plante. Bref, en étant perpétuellement sur ce qu’on appelle dans ce coin de pays « la brosse », notre petit primate malaysien contribue à l’épanouissement de son écosystème.
Cette attirance pour l’alcool est de façon générale observée chez les primates, bien que dans une mesure beaucoup moins toxique. Bref, notre relation d’amour-haine collective pour l’alcool, c’est aux ancêtres de l’humanité que nous la devons. Avec tout l’argent que les gouvernements pompent dans l’héritage culturel et le patrimoine, il me semble légitime d’accorder une importance à ce trait universel. La leçon à retenir aujourd’hui, les enfants, est bien simple : l’alcool, tout le monde y gagne. Sauf ceux qui se tuent dans les accidents de voiture.

Suggestion métal de la semaine

Album : Anthology II
Artiste : Akphaezya
Genre : Jazz metal compulsif Année : 2008 Label : Ascendance

En entendant ce groupe underground français, il est fort probable que votre cerveau fonde un peu. Il s’agit d’un album très éclaté, sautillant entre un son quasi-lounge et une philosophie de death metal progressif. Il nécessite, defacto, une oreille musicale développée et très ouverte. La composition y est riche et par moment surprenante. Malhreuseusement, il est indisponible au Canada et doit être commandé sur le site de la maison de disque. Un investissement de qualité supérieure.

Mots-clés : Chronique barbare (22)

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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