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Alexandre l’acrobate

Imaginez une piste noire, l’un de ces passages les plus durs, une piste quasi-verticale de 100m de long (Le « Flying Mile » par exemple pour les adeptes du Mont Tremblant). Imaginez un champ de bosses sur cette descente, rajoutez deux tremplins, un en haut l’autre en bas, et voilà vous avez la piste de ski acrobatique !

Ce sport est d’une technicité et d’une difficulté assez rare pour une discipline olympique. On se l’imagine à peine ! Il combine l’endurance d’un skieur de Super-G à la légèreté d’un patineur. Un sport si exigeant que presque tous les compétiteurs de cette épreuve ont eu des complications médicales au cours de leur carrière (ligaments croisés rompus, problèmes de bassin, etc.). L’un des exemples les plus terribles est celui de la française Sandra Laoura, médaillée de bronze à Turin en 2006. Elle chuta lourdement, il y a deux ans lors d’un entrainement au Canada. Bilan : elle se fractura deux vertèbres et perdit l’usage de ses jambes. Rien ne pardonne dans ce sport, tout se paye à la moindre faute.

Les règles sont simples : la note finale obtenue par chaque concurrent est composée à 50 % par la façon de skier dans le champ de bosses (décidée par cinq juges) et le temps mis pour descendre la piste, et l’autre moitié est déterminée par l’exécution des deux sauts (notés par deux juges).

Développé dans les années 60, ce sport veut prendre le contre-pied des descentes de vitesse où seul le temps compte. Il a été « encadré » à partir de la fin des années 70, avec la création d’une fédération internationale notamment pour le réglementer et éviter les figures trop dangereuses. Il est enfin reconnu sport olympique aux Jeux de Calgary en 1988. Largement dominé par les Français et les Québécois, la bataille fut rude entre les deux nations dès les premières années avec notamment le mano à mano entre deux légendes de ce sport : le Français Edgar Grospiron (médaillé d’or à Albertville en France en 1992) et le Québécois Jean-Luc Brassard (médaillé d’or à Lillehammer en 1994). Ce dernier fut même le porte-drapeau de la délégation canadienne lors des JO suivant à Nagano en 1998. Ce signe fort montra l’importance de ce sport dans notre province et pays.

Dix ans après, lundi dernier, c’était encore l’éternel duel québécois-français qui avait lieu : ils étaient coudes à coudes pour remporter cette épreuve dans le magnifique site de Cypress Mountain à quelques kilomètres de Vancouver. Le Montréalais Alexandre Bilodeau, 22 ans, étudiant en science de l’environnement au collège de Montmorency à Laval était opposé à l’Échirollois (ville située au pied des Alpes) Guilbaut Colas, 26 ans, qui était largement sorti vainqueur des qualifications (alors qu’Alexandre était deuxième).

Lors de la phase finale, le Québécois s’imposa grâce à un « Back Double Full » (double saut arrière, l’une des figures les plus dures à réaliser) et à un « Back Puck with position » (un saut arrière carpé), mais surtout grâce à sa façon de descendre la piste de bosses, le Français rata son loop et ne pris que la sixième place. Grosse déception dans le camp tricolore que Jean-Luc Brassard surnommait affectueusement « les maudits français », alors que dans l’autre camp, on célébrait la victoire d’« Alexandre le grand » (surnom donné par La Presse de Montréal et The Province de Vancouver) qui mettait fin à la malédiction de la feuille d’érable : tradition malheureuse qui voulait que les Canadiens ne remportent aucune médaille d’or lorsque les JO ont lieu chez eux (ce fut le cas à Montréal en 1976 et à Calgary en 1988).

Au bout d’une petite semaine, Français et Canadiens enchaînent les médailles avec déjà deux titres olympiques chacun, espérons que les pays se distinguent dans ces très beaux jeux magnifiquement bien organisés malgré la douceur de la température et le manque de neige !

Crédit photo : Bela Szandelszky, AP Photo

 

Mots-clés : Autres sports (6)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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