Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Ados déviants

Un soir cet été, j’étais sur une plage du Sénégal, à Cap Skirring plus exactement. Feu sur la plage, une Gazelle à la main (la bière du Sénégal), les étoiles, le son des vagues qui cassent sur la rive et nous jouions un peu avec nos nouveaux Djembé made in Bamako. Quelque chose a réussi à briser la magie de cette soirée… Nous étions avec les propriétaires d’un petit resto de la station balnéaire, « la petite Suisse ». L’un d’eux me racontait qu’il a 3 enfants, de 3 femmes différentes, et qu’il aime bien se taper des gazelles en tourisme (là, c’est des femmes; jargon Sénégalais !). « Si tu n’es pas fidèle, j’espère que tu te protèges ? ». En gros, son discours se résumait à : « Je m’en fous de mettre un autre enfant au monde, ce n’est pas mon problème : c’est celui de la gazelle. et le sida. c’est un mythe… ». J’en ai eu la mâchoire à la poche pendant une semaine. Ce n’est pas tous les Sénégalais qui réfléchissent de cette façon, évidemment, mais je me suis surtout dis qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir une éducation sur le sujet. J’ai tenté de faire le parallèle avec le Québec.

Je me rappelle que, très jeune à l’école, on avait beaucoup de sensibilisation sur le sida, les MTS, le suicide, la drogue et l’environnement. Pour l’environnement, dix ou douze ans plus tard, nous sommes plus éveillés sur les problématiques environnementales que d’autres générations. Pour le sida, je sais que la situation générale au Québec, c’est que le bassin de sidatiques demeure constant. Il ne faut pas croire que c’est nécessairement une bonne nouvelle, c’est plutôt qu’il y a autant de gens qui en meurent que de gens qui le contractent. C’est déjà mieux qu’une croissance. Le problème, c’est que tout ça est démodé. Il n’y a plus d’éducation sexuelle dans les écoles. Du moins, elle n’est plus à jour. Les réalités ont changé. Vous pensez que c’est mieux comme ça parce que les jeunes pensent moins vite au sexe et jouent aux Legos plus longtemps ? Détrompez-vous. Ils en parlent encore plus qu’avant et c’est parce qu’ils le pratiquent ! La libération de la femme dans les années 60-70, les hippies, le LSD et les communes ont fait beaucoup évoluer les mentalités sur la vision que la société a de la sexualité, surtout en en parlant ouvertement. Seulement, maintenant, c’est omniprésent. Il faut donc continuellement en parler pour qu’on ne dévie pas de notre évolution sociale. En parler, j’ai dis, et non en consommer à la tivi et sur la toile. La curiosité des jeunes se chargera tôt ou tard (mais souvent tôt) de satisfaire leur soif de découvertes. Conséquences : des filles de 12 ans qui se demandent si elles doivent faire les « 3 trous » la première fois, des filles qui font des fellations pour ne pas avoir à justifier qu’elles veulent garder leur virginité sans perdre le gars, des filles enceintes à 14 ans et qui se font avorter pour la troisième fois (si elles ne décident pas de le garder pour jouer à la poupée) et des concours de fellations dans les partys de sous-sol. Tout ça parce qu’on n’a pas guidé les jeunes dans leurs découvertes. Si tu vas dans un party de sous-sol, c’est qu’il y a probablement beaucoup de crottes de fromage et de crème soda. Ce n’est pas normal d’avoir substitué le cercle centré autour d’une bouteille tournante pour 2 lignes parallèles de succions. Vulgaire ? Un peu, mais c’est la réalité.

Attention, je ne dis pas que c’est une généralité, mais ce n’est pas un cas isolé. J’ai un ami qui a déjà travaillé dans une école secondaire de banlieue bien connue. Il me racontait qu’il y avait des jeunes filles qui donnaient rendez-vous aux garçons pendant les heures de cours dans les toilettes pour vendre des pipes. Je veux bien croire que les frais de scolarité à l’université font peur, mais de là à commencer à épargner dès le secondaire… Sans blague, c’est de la prostitution. Mais quand on n’en parle pas aux jeunes, qui font face à de plus en plus d’images de sexe à tous les jours, ils ne font pas la différence entre les vidéos clips de Lady Gaga ou de Britney Spears et la vraie vie. Ça banalise le sexe, et c’est tout sauf banal ! C’est un acte privilégié entre deux personnes. Après tout, c’est le sexe qui fait 70 % d’un couple !

En fait, la sensibilisation sexuelle de nos jours se fait surtout par rapport à l’homophobie. Chose qui est totalement appropriée, mais parfois un peu démesurée. Je suis peut-être dans l’erreur, car je ne suis pas directement en contact avec des jeunes du secondaire, mais j’ai parfois l’impression qu’il y a autant d’homosexualité et de bisexualité que d’hétérosexualité. C’est presqu’une mode. Les gars ont compris qu’ils auront plus de filles autour d’eux s’ils sont gais et les filles auront plus de gars si elles embrassent des filles. C’est n’est pas vraiment grave parce que, tôt ou tard, ils réaliseront leur vraie orientation et ce sera une expérience de vie de plus à leur curriculum. Je me dis simplement que d’en sur-parler, on les mélange plus qu’autres choses. Après tout, l’adolescence est une période où nous nous cherchons et nous apprenons à nous connaître.

Avouons-le, le sexe c’est bon ! Je comprends donc que les jeunes aient envie d’y goûter rapidement. Ce que je trouve triste, c’est qu’il n’y a aucun désir. Pour ma part, entre le moment où j’ai commencé à m’y intéresser et le moment où ça s’est concrétisé, avec quelqu’un, il y a un certain moment de désir. Ce n’était pas avec des godemichés, 4 filles, une chèvre et des caméras. Il n’y avait pas de déviance. Un bon vieux missionnaire. Comme dans n’importe quoi, l’équilibre, le retour du balancier est souhaitable parce que l’excès finit toujours par être douloureux, et à ce rythme, mes enfants auront de la sensibilisation sur la bestialité. Ça c’est s’il peut y avoir encore de l’éducation et de la sensibilisation !




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.