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Les pirates: à l’avant-garde de la révolution musicale

Tout d’abord, j’aimerais préciser que les pirates auxquels mon titre fait référence ne sont aucunement liés aux fl ibustiers somaliens qui terrorisent la corne de l’Afrique à grands coups de hors-bords et de RPG (« Rocket-Propelled Grenades », pour les plus formels). Ces gentils boucaniers au teint basané, je leur réserve une section dans une autre chronique éventuelle.
Aujourd’hui, peu exotique et affreusement biaisé, c’est du piratage musical dont je traite.

Vous avez potentiellement lu, ces dernières semaines, au moins un article abordant l’état de l’industrie musicale en ce début 2010. Certains chroniqueurs artistiques, défenseurs de la machine de production musicale et autres dinosaures de l’industrie déplorent, que dis-je, larmoient en regardant le déclin du système de distribution actuel : en 5 ans, les ventes globales de musique ont diminué de 30 %. Ouch, et ce même en comptant les petites victoires comme le succès des services tel iTunes. Et moi, malgré tout le caractère dramatique que la machine médiatique tente de nous enfoncer ardemment dans la gorge, je ne peux faire autrement que de me réjouir de cette déconfiture.

« Le piratage n’est-il pas supposé tuer la musique et l’artiste ? » me direz-vous. C’est du moins la propagande véhiculée agressivement par l’industrie musicale. Ironiquement, cette
« mort » est davantage imputable aux contrats signés par les artistes. Dans la quasi-totalité des cas, un artiste ne reçoit qu’une fraction du prix de vente, l’immense majorité des frais allant directement à la maison de disques, aux producteurs, bref aux vestiges d’un système dépassé. Certes, à l’époque où un simple déhanchement d’Elvis Presley était suffisant pour inséminer à distance votre fille cadette, l’absence de diversité musicale permettait de se procurer une sélection exhaustive de vinyles facilement. Toutefois, la musique est probablement le medium créatif qui connaît la plus grande explosion actuellement. De plus, nous assistons à une diversité musicale qui s’accroît continuellement. Et si la majorité des artistes modernes sont vides et sans intérêt, une quantité non-négligeable de musiciens créent des pièces recherchées, riches et intéressantes. Peut-être est-ce un hasard du sort ou un triste constat des goûts dits « mainstream »,
mais, étonnamment, ces musiciens qui regorgent de talent sont très souvent inconnus du public général, introuvables en magasin et quasi-inaccessibles si ce n’était du piratage.

Ce débat déchire la communauté musicale également. Beaucoup d’artistes voient en ce nouveau médium de distribution l’apothéose de la communication musicale, la musique accessible pour tous. En général, ceux-ci sont les artistes qui se préoccupent davantage de la création et de l’expression artistique plutôt que de l’argent pur et simple. Le plaisir de la création musicale, c’est de pouvoir communiquer ses pièces et non pas de se remplir les poches avec.
Ceux qui affirment le contraire n’ont aucunement le droit de s’afficher comme créateurs. De plus, avec les avancées technologiques, il est possible de se créer un studio d’enregistrement personnel pour une somme assez modique.
Les « labels » sont devenus obsolètes, et je trouve que leur bruyante agonie traîne en longueur.

Bref, la morale de l’histoire est la suivante : le piratage est probablement la meilleure chose qui soit arrivée à la musique depuis l’apparition du Heavy Metal. Le Polyscope vous invite donc à découvrir de nouveaux artistes continuellement, parce que la communauté musicale, en tant que grosse entité tentaculaire, se nourrit directement de ce partage. Un peu à l’image des extraterrestres et des écolières japonaises, je suppose.

Suggestion métal de la semaine

  • Album : Technocarnivore

Mothermouth

  • Artiste : Obliveon
  • Genre : Technical Death/Thrash avec

des petits accents industriels

  • Année : 1999
  • Label : Pro Disk

Le groupe Obliveon est une excellente illustration de ma prise de position sus-mentionnée. Ce groupe québécois majoritairement inconnu par ma génération a survécu sur l’enchevêtrement de tubes qu’est l’Internet. Si ce n’était du téléchargement illégal, il est fort possible que l’héritage de ce groupe eut disparu. Revenons-en à l’album.
La richesse d’Obliveon, particulièrement apparente sur cet album, est la composition excessivement
« vargeuse » sans être abrasive.
Une sorte de Meshuggah, sans le côté « mind-fuck perpétuel ». Leurs riffs harmonisent l’agressivité du technical death metal avec un aspect mélodieux qui leur est particulier. On notera également que le groupe ne se refuse pas à chanter en français à l’occasion. Pour ceux qui redoutent les chansons mièvres francophones,
Désert Incorporel saura vous séduire violemment les tympans jusqu’à un orgasme auditif cataclysmique.

Mots-clés : Chronique barbare (22)

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