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Le Bourgeois gentilhomme au TNM

Vendredi dernier, le 15 janvier, avait lieu, au Théâtre du Nouveau Monde, la première représentation de la bien connue pièce de Molière, Le Bourgeois gentilhomme. Avec Benoît Brière
à la mise en scène et Guy Jodoin
en premier rôle, on était en droit de s’attendre à une comédie joliment montée et à des décors et des costumes à la hauteur des personnages, soit très colorés. Tel que prévu, on assiste à une sublime comédie-ballet lumineuse et joyeuse.

La pièce en tant que telle raconte comment Monsieur Jourdain, de la classe bourgeoise, tente de se faire passer pour un gentilhomme en adoptant les manières et les coutumes des « gens de qualité ».
Il engage donc des professeurs de musique, de danse, d’escrime et de philosophie (Luc-Martial Dagenais,
Gary Boudreault, Stéphane Breton
et Alain Zouvi), chacun censé faire maîtriser au marchand un art essentiel, disent-ils, à sa survie dans les hautes sphères de la noblesse. Tous ces gens ne tarissent pas d’éloges sur les talents de notre Monsieur Jourdain, mais au fond, leur allégeance se situe plutôt du côté de la bourse bien remplie du marchand.
C’est également le cas du tailleur qui produit un habit fabuleusement horrible au bourgeois si entêté dans son projet. Tous ont compris que les courbettes et les fl atteries étaient le chemin vers l’argent de Jourdain.
Mais pour lui, rien n’est trop cher, tant que ça lui permette d’obtenir un laissez-passer direct pour le coeur de la belle marquise Dorimène (Sylvie Léonard), qu’il convoite, quoiqu’il soit déjà marié à une Madame Jourdain exaspérée par ses extravagances (Monique Spaziani). Et pour y arriver, Jourdain aussi a besoin d’un ami, de quelqu’un qui « parle au roi comme je vous parle », et c’est en Dorante (Denis Mercier) qu’il trouve cette personne « de qualité ». Il devient cependant rapidement évident que les intentions de Dorante sont aussi désintéressées que celles des autres personnages de la pièce. Et pendant ce temps, la fille de Jourdain tente de le convaincre de la laisser choisir son mari, et le Grand Turc débarque en ville…

Mais, malgré tous ses défauts, on s’attache rapidement à ce Monsieur Jourdain, si ridicule et si entêté soit-il.
Guy Jodoin livre une performance à la hauteur de son talent et nous fait rire aux larmes avec ses manières de
« gentilhomme ».

On y danse, on y joue du clavecin et du violon, on y manie l’épée et le verbe, la farce et la tromperie. Un tourbillon de couleurs, d’émotions et d’interprétations magnifiques se produit sur la scène du TNM et nous emporte avec lui dans l’univers de la comédie de Molière.

Le Théâtre du Nouveau Monde
est un habitué des pièces de Molière.
En effet, la compagnie est lancée le 9 octobre 1951 avec L’Avare au Gesù,
dans une mise en scène de Jean Gascon. Par la suite, chaque saison aura son Molière, et même parfois deux. En dix ans, ce dernier devient l’auteur fétiche de la compagnie qui connaît de très beaux succès. Les fondateurs y auraient vu l’auteur par excellence, celui qui sait faire rire et réfl échir à la fois, qui tourne vers le public un miroir juste assez déformant pour rester… juste, qui a l’intelligence de la critique et la langue pour la soutenir.

La pièce qui nous intéresse ici,
Le Bourgeois gentilhomme, est d’un genre créé par Molière lui-même : la comédie-ballet. C’est à Vaux-le-
Vicomte
, en 1661, que Molière,
invité par Fouquet, crée une pièce pour la première fois en dehors de son théâtre, spécialement pour la cour : Les Fâcheux. S’il était habituel d’intercaler des scènes de comédie entre les ballets (les danseurs doivent se changer), Molière innove en donnant cette fois un même sujet aux scènes jouées et aux « entrées
» dansées. Molière aurait voulu ainsi
« ne pas rompre le fil ». Le Roi Louis XIV apprécie. Un nouveau genre est né. Le Roi, apparemment jaloux du château somptueux de son surintendant et du faste de la fête à laquelle il a été invité convoque immédiatement les architectes de Vaux-le-Vicomte
pour faire de Versailles le plus beau des châteaux. La toute première pièce jouée à Versailles a lieu du 1er au 14 mai 1664, marquant le début d’une véritable politique du divertissement à la gloire du Roi Soleil.
Les Plaisirs de l’Île enchantée, fêtes galantes et magnifiques, auxquels
Molière participe, auront des échos dans toutes les cours d’Europe. Louis XIV, dont toute la vie est théâtralisée (du lever au coucher en public), sera friand de défilés costumés (l’Orient est souvent inspirant), ballets (où il danse), tournois et carrousels, concerts, feux d’artifice ainsi que de théâtre avec machineries complexes (et décors élaborés mais éphémères faisant oublier le « chantier » que sont les abords du château pendant plusieurs années). Le roi est grand producteur de spectacles, dont il est l’initiateur et la vedette ! Molière,
plus que tout autre, le fera danser et rire.

Dans ses comédies-ballets, avec la complicité du compositeur du roi,
Lulli, Molière intègre donc action dramatique et chorégraphie, avec apparition justifiée de la musique (sérénade dans Le Sicilien, leçon de danse dans Le Bourgeois gentilhomme,
fête dans George Dandin)
participant ainsi à la naissance de l’opéra en France.

Dans un même ordre d’idées, les fans de cinéma auront peutêtre vu le film Molière de Laurent Tirard, sortit en 2007, mettant en vedette Romain Duris. C’est avec plaisir qu’on y retrouve plusieurs des éléments principaux de l’histoire du Bourgeois gentilhomme, mélangés avec ceux d’autres classiques de
Molière. À voir également, avant ou après la pièce, question de faire durer le plaisir.

En conclusion, vingt comédiens-musiciens-
danseurs sur la même scène, jouant cette partition moliéresque à la manière de virtuoses : un jeu de haute voltige qui exige précision, cadence et prouesses créatives. À voir absolument.

Le Bourgeois gentilhomme, du 12 janvier au 6 février 2010 au Théâtre du Nouveau Monde. Retrouvez toutes les informations sur ce spectacle ainsi que la programmation à venir sur leur site web :

www.tnm.qc.ca.

Mots-clés : Théâtre (92)



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