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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

20 ans

Petite pause dans les propos habituellement incohérents de l’article que j’écris chaque semaine et que je qualifie d’éditorial alors qu’il n’en est pas un.

Vous tenez présentement le dernier numéro régulier du Polyscope de la session avant le numéro spécial qui sera lancé d’ici quelques semaines. Pour cette raison, nous prenons de l’avance sur le calendrier pour écrire quelques mots sur les évènements du 6 décembre 1989, qui se sont déroulés il y a bientôt 20 ans.

C’est toujours une épreuve difficile que de trouver les mots justes pour aborder un tel évènement. Nous en avons fait l’expérience l’année dernière lors de la sortie du film Polytechnique, que nous n’avons pas pu passer sous silence et qui a fait couler passablement d’encre dans les médias. Trouver le ton juste pour permettre à chacun de s’exprimer tout en demeurant respectueux envers tous ceux touchés de près ou de loin par cet évènement est une tâche qui requiert le sacrifice de nombreuses heures de sommeil et qui soulève de nombreux doutes.

Ainsi, plutôt que présenter à nouveau une version paraphrasée des propos que nous avons tenus l’année dernière, nous publions à nouveau un article de Christian Scott qui était paru il y a 20 ans.

Force est d’admettre qu’il aurait très bien pu avoir été écrit hier tellement les faits abordés demeurent d’actualité, comme s’ils étaient figés dans le temps. Au point-même où l’on est en droit de se demander ce qu’il est advenu de la pétition contre la possession d’armes automatiques et semi-automatiques, dont l’origine remonte à cet évènement tragique.
Ce n’est qu’après des années passées à exercer des pressions sur le gouvernement fédéral que le registre des armes à feu du Canada a été créé en 1995. Ce registre n’interdit cependant pas la possession d’armes à feu automatiques ou semi-automatiques. Il ne constitue en fait qu’une liste d’armes présentes dans les domiciles qui les y auront inscrites, sur une base volontaire. Certes, ce registre a permis aux autorités d’effectuer des interventions dans un cadre plus sécuritaire, mais ne traite-t-on pas les conséquences du mal plutôt que sa cause ?

Le registre a fait l’objet de plusieurs controverses : scandale impliquant la gestion de ses finances ou sursis accordés par le gouvernement pour l’enregistrement des armes. En bout de ligne, n’est-ce pas l’équivalent de mettre un pansement sur une fracture ouverte ?

Dans les faits, nous sommes encore loin d’avoir un contrôle sur l’ensemble des armes présentes au pays ni de pouvoir en effectuer le suivi, et ce même après les incidents survenus au collège Dawson.

Nous contenterons-nous encore longtemps du statu quo maintenu depuis des années face à cette situation ? Moi. Vous. Allons témoigner.

Au-delà des mots

Christian Scott

« Les grands sentiments sont muets », dit-on… Pourtant, on a tellement parlé des événements de décembre à Polytechnique que je suis mal à l’aise de reprendre le sujet. Comme si on pouvait gâcher l’intériorité engendrée par cette expérience par trop de mots. Comme si les prises de con­science profondes, les élans passionnés du cœur sentaient leurs ailes brisées par les cadres de la raison qui veut tout expliquer, et par les limites du langage qui pense pouvoir tout exprimer…

Le drame de Poly, c’est un pas dans ma vie. C’est un coup frappé à la porte de mon cœur qui a si longtemps battu au rythme de cette École. Je n’étais pas là, en ce soir du 6 décembre. Mais nous n’avons pour limites que celles de notre pen­sée. Du fond de ma banlieue, j’ai vu défiler des années de souvenirs. Et comme tout le monde, j’ai écouté les mots, qui ne tarissaient pas. J’ai écouté, j’ai lu, j’ai vu, revu. Puis, je sais que je ne suis pas le seul à m’être senti agressé. Agressé dans mon silence. Détourné des lentes digestions qui distillaient au fond de moi des conceptions in­tellectuelles et les transformaient en un témoi­gnage vivant.

Car « on ne voit bien qu’avec le cœur ». Ceux qui me lisent depuis longtemps savent que je ne pouvais manquer de citer Saint-Exupéry dans une telle circonstance. Le massacre de Polytechnique a frappé au-delà des mots, au-delà de la raison. II a brutalement projeté dans notre quotidien la réa­lité d’une violence qui est presque devenue un stéréotype banalisé de notre société. Cette fois-ci, on a clairement fait la distinction entre la réalité et la fiction au travers du flot ininterrompu d’images qui nous inonde. On a même réussi à endiguer une semaine de débit de l’horreur : pas de films de violence projetés à certains postes. Mais le remords collectif n’a qu’un temps, semble-t-il. Le monde est malade de violence. « Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés », dirait un Lafontaine. Mais si ce qui s’est passé a permis à des gens de percevoir au fond de leur cœur la violence de tous les jours et de tous les endroits comme un ennemi à combattre avec les invincibles armes de l’amour, de la compréhen­sion et de l’ouverture, alors un pas collectif aura été réalisé vers un monde meilleur.

L’évolution progresse au fond de chaque homme, de chaque femme et de chaque enfant. D’action en réalisation (je ne dis pas en réflexion car le processus ne doit pas uniquement se pas­ser au niveau de la raison) et de réalisation en assimilation. Mais l’action positive doit obligatoire­ment alimenter la roue. Un exemple. Habité par une sensibilité nouvelle face à la réalité de la vio­lence, j’entrais récemment dans un magasin de jouets pour trouver un cadeau pour mon petit filleul. J’ai remarqué plus que jamais la présence de jouets de guerre : fusils en plastique, figurines de guerriers du Japon, du futur, etc… Mais c’est quoi au juste, un jouet ? Un objet pour s’amuser, qui apporte du plaisir. On éduque les enfants à avoir du plaisir avec les outils de la violence. Vous me direz : oui, mais… Je vous arrête tout de suite. Pratiquement, c’est vrai, oui ou non ? Les enfants ne font pas de nuances.

C’est dans cet esprit d’action positive que la communauté polytechnicienne s’est unie pour dif­fuser une pétition contre la possession privée d’armes automatiques et semi-automatiques. Une initiative dans la bonne direction, pour laquelle j’ai fait ma part de mon mieux. Mais il y a tant à faire, sur tant de fronts… Le 6 décembre a mis en lu­mière un aspect particulier de la violence : celle dirigée contre les femmes. Comme beaucoup d’autres manifestations, celle-ci est un signe des temps. L’humanité est en crise de croissance, déchirée entre un passé dans lequel plusieurs s’étaient taillé une place confortable, et un avenir qui engendre une crainte naturelle de l’inconnu, tout en laissant entrevoir des possibilités in­soupçonnées et souvent exaltantes.

Demain peut voir se lever le jour sur un monde amer et désillusionné d’un idéal qu’il n’aura même pas su définir, ou sur un monde qui aura su gran­dir à partir d’expériences parfois douloureuses, comme celle de Polytechnique. De cet avenir, nous sommes tous responsables. Moi. Vous. Al­lons témoigner.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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