Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Ils sont fous ces gaulois !

Dès nos premières années à l’école on nous enseigne les règles de grammaire, de conjugaison, d’orthographe mais surtout de vocabulaire. On nous a appris qu’il existe un livre qui s’appelle « dictionnaire » où on peut trouver la définition de tous les mots, de toutes les expressions. Ma première rencontre avec un dictionnaire fut très profitable : me servant de tabouret j’arrivais à atteindre même les objets les plus hauts. Ensuite, avec les années j’ai appris à m’en servir, par exemple, pour recopier mes devoirs de conjugaison et enfin pour saisir les définitions de mots qui m’échappaient. Je pensais qu’on avait réussi à bâtir une relation solide Dico et moi. Quelle ne fût pas ma surprise en apprenant que les mots que je connaissais, ou plutôt que je pensais connaître, ne voulaient pas du tout dire la même chose dépendamment de l’emplacement géographique.

Prenez le mot « gosse » par exemple. Chers Français, si un québécois vous dit : « Veux-tu voir une photo de mes gosses ? » ne répondez pas par oui en pensant qu’il va vous montrer des portraits de ses adorables enfants ; méfiez-vous plutôt, car ce n’est pas une photo d’enfant que vous allez voir mais bien des organes producteurs d’enfants. Par contre, si vous allez de l’autre côté de l’océan Pacifique, en Nouvelle-Calédonie, si quelqu’un vous dit qu’il est allé prendre un pichet avec ses couilles, ce n’est pas un pervers mais juste une personne sociable qui est sortie avec des amis.

Un francophone vous dit qu’il a rendu visite à une amie ; en apparence rien ne sonne faux dans la phrase, vous vous dites qu’ils ont dû se rencontrer autour d’un café pour discuter de tout et de rien et prendre des nouvelles l’un de l’autre. Et bien dans certaines régions d’Afrique, rendre visite à quelqu’un corrobore une visite beaucoup plus intime, ne se limitant pas à uniquement une tasse de café (j’ai déjà entendu cette expression, accompagnée en plus, d’une description du paysage forestier).

Une visite à une personne peut entraîner, pour une femme (ou même un homme de nos jours) un état critique pendant neuf mois. Pour décrire une grossesse, de manière distinguée aux Antilles, on dit qu’une femme est en situation. En France métropole c’est plutôt l’expression « en cloque » qui est utilisée. Pour moi, une cloque c’est une ampoule cutanée remplie de liquide, dûe à des frottements ; apparemment en France l’analogie est très claire. En contrepartie, la Suisse a décidé d’adopter une expression beaucoup plus graphique : être en ballon. Donc quand on vous annonce qu’une suissesse est en ballon, elle n’est pas à Saint-Jean-sur-Richelieu au festival de la montgolfière.
C’est bientôt Halloween et donc une overdose de friandises de toutes les couleurs et formes. Entre autres des suçons. Suçons ? Pour tous les francophones non-québécois, c’est quand même inacceptable pour un enfant de savoir ce qu’est un suçon et encore moins d’en avoir. Ne vous affolez pas, un suçon est une sucette, mais ici au Québec une sucette est un suçon. Vous suivez ?

Dans certains coins du vaste espace francophone mondial, on dit : « je vais à la toilette ». Ce qui est logique ; tu soulages la nature d’un fardeau et tu sors. D’autres par contre, vont aux toilettes. Où réside l’origine de la pluralité de ce mot ? À quel moment la personne qui a décrété le « s » à la fin du mot, s’est rendue compte de la nécessité de passer à plusieurs toilettes en même temps pour faire ses besoins ? En Belgique plus précisément, quand un homme va aux toilettes ou à la toilette (c’est selon), il donne l’impression d’aller participer à une compétition sportive de haut niveau ; il dit : « je vais au pissodrome » (à lire avec un air solennel). Dans la même lignée des choses, un homme qui veut uriner a forcément bu de la bière préalablement. Partout dans le monde, un homme qui danse est un danseur, un homme qui chante un chanteur, mais en Suisse, un homme qui boit de la bière est un « pintocheur ». Pas bête l’amateur de pintes. Mais pour adapter l’expression au milieu, au Québec, il devrait être appelé un « picheteur ».
Let’s come back to our sheep. En ce qui concerne les expressions de la langue française, le dictionnaire n’est pas assez explicite dans ses définitions, surtout sur l’origine des expressions. Tout le monde donne sa langue au chat ; mais pourquoi la langue ? Pourquoi au chat ? Autant de questions restées sans réponses. On organise souvent dans le monde des colloques pour réunir tous les francophones afin de préserver la langue française. Entre l’africain « dallasseur », le français « frimeur » , le québécois « magané », le suisse « pintocheur » et le belge « castard » ça promet d’être une conversation des plus passionnantes.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.