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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Retombée en enfance

Une personne ne se rend compte que ses parents avaient raison qu’au moment où son enfant lui fait remarquer qu’elle a tort. En repassant en tête mon enfance et mon adolescence, je dois avouer qu’à la place de ma mère, j’aurais fait comme la lapine : j’aurais mangé mes petits parce qu’ils ne sont pas viables. Devant le fait accompli (heureusement d’ailleurs), les parents n’ont pas le choix et se forcent à bonifier au maximum leur progéniture. Du point de vue des enfants, les parents peuvent sembler être les pires créatures sur terre dont le but ultime est de les embarrasser et de gâcher leur vie ; à ce moment les enfants se jurent de faire tout pour rendre la vie difficile aux parents. Pour d’autres, les parents sont la meilleure chose qui soit. Mais au final, dans tous les cas, les parents finissent par avoir un impact positif sur les enfants, plus que ces derniers ne veulent l’admettre. Ils réussissent à inculquer les bonnes valeurs à leurs enfants, à leur insu et avec beaucoup d’imagination, sans leur dire clairement quelle est la leçon apprise. Ce n’est que plus tard, par analogie, que les enfants s’en rendent compte.

Pensez à votre assiette d’épinards. Qui parmi vous n’a pas un jour ou l’autre eu une assiette d’épinards dans sa vie ? Cette assiette qui semble avoir des pouvoirs magiques qui lui permettent de s’auto-remplir et de garder le même niveau, peu importe le nombre de bouchées qu’on déglutit le nez bouché. Mes parents ont toujours su trouver les arguments pour me forcer à manger encore deux bouchées : « Si tu finis ton assiette, tu seras tellement forte que tu vas pouvoir porter la chaise ». À l’époque, je pensais qu’une chaise était immuable et que seuls les pouvoirs magiques d’un adulte pouvaient déplacer un tel objet (une excalibur des temps modernes). Mais ce que je n’avais pas saisi, c’était la véritable raison pour laquelle on cherchait absolument à me faire manger cette assiette d’épinards. Combien de temps ça vous prenait pour finir ce plat (ou au moins avoir mangé une quantité suffisante pour pouvoir appeler ça un repas) ? Deux heures ? Deux heures et demie ? Et bien au cas où vous ne l’aurez pas remarqué c’est exactement la durée d’un examen à Poly. Quoi de plus similaire ? Vous passez la même durée de temps, assis devant quelque chose qui vous dégoûte et que vous avez anticipé avec mépris. Pour le repas, vous essayez de trouver des excuses valables en prétextant que votre chien avait faim, assiette par terre à l’appui. Alors que pour l’examen vous essayer de trouver le médecin sur Côte-des-Neiges qui va prouver que vous étiez malade, rapport médical à l’appui.

À part ça, vos parents vous ont appris des notions de science, de logique, de philosophie, de métaphysique dès votre plus jeune âge sans que vous vous en rendiez compte. En effet, la notion de génétique est introduite assez tôt dans la vie de chacun. C’est drôle comment on peut s’extasier sur combien un enfant ressemble à son père ou à sa mère. À défaut d’expliquer le phénomène de la mitose suivie d’une méiose aux enfants, on ne fait que leur répéter qu’ils sont l’image crachée de leur parent, introduction vulgarisée à la science de la vie.
Les parents se trouvent dans l’obligation d’introduire leurs enfants à la notion de logique. C’est quand même une notion très abstraite et difficile à décrire avec des mots corrects. C’est pourquoi à la question ultime des enfants: « mais pourquoi ? » les parents ont toujours eu pour réplique l’incontournable « parce que c’est comme ça ». Ainsi on a fait comprendre à sa progéniture que la logique c’était quelque chose de très complexe, dont on ne comprend pas toujours d’où ça vient ni les liens que ça engendre (je vous laisse deviner que cette situation ne s’est malheureusement pas arrêtée à l’enfance et qu’elle continue aujourd’hui dans nos salles de cours avec des versions évoluées des enfants passés, ébahis devant une formule, avec le prof : « juste retenez ça comme ça »).

L’homme a toujours rêvé de pouvoir voyager dans le temps : vivre dans les châteaux du 18e siècle, découvrir des secrets de guerre effacés par le temps ou encore explorer les aléas inconnus que réserve l’avenir. Mais ce besoin de pouvoir changer d’ère en un claquement de doigt trouve son origine où ? Ne dit-on pas que l’enfant est le père de l’homme ? Tout simplement, cette envie de battre la montre est une réaction à l’inévitable expression : « Tu comprendras quand tu seras grand », que ce soit pour éviter une justification sur la séparation des parents, le pourquoi de l’argent ou surtout pour esquiver les questions d’ordres sexuel. Mais à l’heure actuelle la situation est quelque peu renversée; quand mes parents me demandent pourquoi je m’habille de telle façon ou pourquoi j’écoute une musique pareille, je peux répondre : « Tu comprendras quand tu seras plus jeune ».

En somme, les parents s’acharnent toute leur vie à éduquer leurs enfants qui ne vont rater aucune chance de les critiquer et les blâmer pour tout le mal qui peut exister dans leur vie. La situation est léguée de père en fils, de mère en fille : les enfants accusent leurs parents de les avoir trop protégés du froid étant gamins et par conséquence, souffrent maintenant d’une immunité faible et donc enrhumés huit mois par an. Pourvu que ce soit la faute des parents. Je suppose que vous l’auriez remarqué aussi, nos parents étaient toujours meilleurs que nous « quand ils avaient notre âge ». De toute façon, pour se rapprocher des enfants il faut devenir un soi-même, et quand mon père trouve des excuses à son patron pour son retard alors qu’il était en tain de finir une partie de Rock Band sur la Wii avec moi, je sais qu’il m’a bien éduquée.




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