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Kutna Hora

La ville de Kutna Hora se situe à une heure et demie de Prague, au nord-est de la capitale. Pour s’y rendre, bus, voiture, pouce, tout est envisageable, mais le meilleur moyen reste encore de prendre le train tchèque, et croyez-moi, c’est toute une aventure !

La gare centrale de Prague offre une immense bâtisse aux passages en labyrinthe d’un style art nouveau, illuminée de toutes parts par des vitraux et des fenêtres. Après ce passage, c’est l’embarquement pour le voyage. Les trains partent plusieurs fois par jour vers les destinations européennes (Venice, Budapest, Munich, Varsovie…). Par contre, soyez prêt à toute éventualité ! La gare de Kutna Hora est annoncée, mais ô surprise, le train ne s’arrête pas comme prévu, mais plutôt à cinq kilomètres de la ville. Marche forcée pour arriver à destination, le tout sous la pluie, sur une route à peine large pour deux voitures que longent quelques voyageurs éclaboussés et trempés. Heureusement, nos amis tchèques Marketà et Tomas sont là pour nous mener à bon port.

Nous sommes une dizaine de personnes aux nationalités différentes (Portugais, Coréen, Français, Tchèques, Écossais et Montréalais) à débarquer dans les rues de Kutna Hora. Les immeubles sont plus petits que ceux de Prague et ont une architecture plus sobre et aux couleurs oscillant entre les jaune-orangé et les brun-rouge. Les rues sont recouvertes de pavés glissants à cause de la pluie récemment tombée, et au loin, entre la forêt et les maisons médiévales, se profile la cathédrale de Ste-Barbara.

Le cathédrale est d’un style pur gothique, avec ses arcades et ses frontons tout en finesse. Imposante, la cathédrale a commencé à être construite en 1388. Elle sera finalement achevée en 1905. La raison d’un tel délai ? En 1388, la ville de Kutna Hora était en plein région minière : les habitants exploitaient les nombreux filons d’argent. Avec autant de richesses, les mineurs ont décidé d’ériger une cathédrale à la patronne des mineurs, Ste-Barbara. Initialement, la cathédrale devait être deux fois plus longue, mais rapidement (c’est-à-dire avant que le toit ne soit terminé), les mines s’épuisèrent et les fonds manquèrent. Il a fallu attendre un demi-millénaire pour (enfin) pouvoir recouvrir la cathédrale et offrir un tel bijou aux yeux des voyageurs.

Midi arrive, et les ventres se mettent à grogner. Direction une auberge alchimiste où les plats typiques tchèques sont offerts. Outre le goulasch, le bortsch, les genoux de porc cuits et autres plats de viande, une spécialité de la région est proposée : les plats alchimistes. Les alchimistes, assez populaires au Moyen-Âge, vinrent en grand nombre à la cour de République Tchèque, riche à l’époque grâce à ses mines, pour transformer le plomb en or ou en argent. Mis à part ces tentatives qui se relevèrent plutôt infructueuses, ils furent appréciés pour leur talents culinaires : ils mélangeaient noix, fruits, viande et sauce dans un repas qui se révéla délicat et délicieux. Bien sûr, un demi-litre de bière (pivo) accompagne le tout, avec des dumplings fourrés à la confiture de prunes.
Bien remplis, nous nous dirigeons vers les mines de la ville, où, avec casques de mineur et blouse blanche épaisse, nous parcourons les couloirs souterrains qui plongent sous la ville. Après cette courte aventure souterraine, rendez-vous à la Bone Church de Kutna Hora. D’après la petite histoire, un croisé du Moyen-Âge revint avec un peu de terre de la Terre Sainte, voulant ainsi reposer pour l’éternité en terre sainte, en République Tchèque. La ville de Kutna Hora fut le lieu choisit par le soldat. En apprennant ce qu’il avait fait, les autres habitants de la ville désiraient, eux aussi, se faire enterrer « en terre sainte ». Ce qui explique la montagne d’ossements qui fut retrouvée sur les lieux. Un homme décida d’utiliser cette ressource disponible pour en faire des pyramides dans les sous-sols, ainsi qu’un immense lustre, rendant du coup cette petite église populaire pour ses arrangements quelque peu morbides. Intéressant. Ambiance assez étrange. Expérience certes dépaysante, mais qui reste digne d’une visite.
Pour terminer cette journée, retour dans le train. Enfin, je devrais plutôt dire : vers le train. Encore une fois, il ne se pointera pas à la station annoncée avant plusieurs heures. Cherchons pour un bus. Prochain départ dans six heures. Heureusement, notre lovely Marketa nous convie à prendre une nouvelle route. Nous décidons donc de marcher sur les rails pour rejoindre la prochaine station, le tout accompagné de jus de pomme fermenté dans une bouteille de plastique, et qui fermente toujours. Estomacs sensibles s’abstenir.

La nuit est tombée sur notre voyage, les lumières de Prague apparaissent à l’horizon, tout le monde dort. Kutna Hora est derrière nous, avec ses trésors et sa beauté médiévale. La République Tchèque a encore de nombreuses aventures réservées aux voyageurs, peut être dans les semaines à venir.

Prochaine destination : l’Oktoberfest de Munich, avec opéra et ballet au Bayerstate Opera. À bientôt pour de nouvelles aventures européennes !

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