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Chronique en trois temps

On est à La Chapelle, cette petite chapelle, où la scène est plus grosse que la salle. En fait, il n’y a pas de scène, mais une aire, un volume, à ras le sol dans un gros bloc noir où l’on rentre sur le côté. Il y a des bouts de plastique, du carton et quelques personnes maquillées qui s’affairent à placer ce qui semble être un désordre, ou les restant d’une pratique, et puis, on comprend que la pièce est déjà commencée, peut-être. Il n’y a pas cette distance propre au théâtre. Ni le rideau, ni la scène. On est là, tout près d’eux, qui nous regardent dans les yeux. Du théâtre qui fait oublier qu’on est au théâtre. Du théâtre Imax 3D.

Et j’ai adoré !

Alors ça commence sans qu’on s’en rende compte j’ai dit, bien parce que le narrateur nous le fait comprendre. Un narrateur, aux tiques et angoissent surprenantes qui déstabilise… parfait pour ce qui s’en vient.
Dans une mise en scène à la Michel Gondry, un bal de métaphores visuelles dans un décor fait d’accessoires industriels, de bâches, de papier kraft, de rétroprojecteurs, d’annotations faites à la peinture en canette, où tout se transforme et s’insert dans la suite des scènes. C’est superbe, gracieux et rien n’est forcé. Vraiment génial. Il y a aussi une touche de Cristo quand l’on voit les acteurs s’entrelacer tout en se faisant emballer dans un immense Saran Wrap, tel un immense bondage pervers.
Ce qui ressort de Chroniques, c’est la solitude, dans la distance avec l’autre et celle avec soi-même. Tout au long de la pièce, le ton est bien balancé, entre l’obscurité du propos et l’humour d’une vie qui est drôlement faite.

Triptyque en trois tests d’Emmanuel Schwartz, dont j’ai bien hâte de voir la suite de sa carrière. De tout ce que je ne connais pas du théâtre, je sens un Schwartz explorateur, geyser d’idées, visuellement ébloui, génial par moment, et qui ne manque qu’un peu de focus pour rallier ces trois Chroniques, trois signatures, factures, directions qu’a prises la pièce, que j’aurais mieux aimé voir comme un tout.

Je regrette un peu l’utilisation de chanson qui ne sont pas des créations originales. J’avais l’impression d’écouter un iPod trouvé dans le Mile-End. Cette pièce aurait été très bien servie par une trame sur mesure.
Moderne et divertissante, c’est à voir avec curiosité, jusqu’au 10 octobre au Théâtre La Chapelle.

www.lachapelle.org

Mots-clés : Théâtre (92)

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