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Check moi ce dash

Par Gaëlle Valles

Il existe dans mon pays une expression (sauf votre respect) « w’a kaka », sans aucune expression homologue en français, signifiant que l’on obtiendrait l’opposé du résultat que l’on espérait dur comme fer.

Notre chère Poly, comme plus d’un le sait, est en majorité fréquentée par des gars. Depuis mon pays, cela ne fit que m’éblouir, ceci pour deux raisons : cela me servirait de changement de mon ancienne école exclusivement féminine. Et de plus, étant en minorité, nous serions respectées, chouchoutées et tout le kit qui vient avec, comme pour une espèce en voie de disparition. Selon mes anciennes camarades, se serait une bonne occasion de se dénicher facilement un chum. Je m’étais même imaginée une fois, un groupe de jeunes hommes, à la queue leu leu, dans l’espoir d’obtenir un rencart. Ah l’innocence !

À la rentrée scolaire, toute timide, je me suis mise à la recherche de nouveaux amis. Mes choix se portèrent sur mes amis actuels et je tiens à dire que je ne suis pas déçue, au contraire. J’ai remarqué, depuis la première session, que les garçons s’adressent à nous comme à leur chums. Ils évoquent le plus souvent des affaires explicitement masculines : parfums, jeux vidéo sexiste, musculation. Ou encore, après avoir salué toute la bande en props, ils font de même avec moi, la seule fille de l’équipe. Encore là, il n’y a rien à se plaindre, sans doute veulent-ils me traiter en égales. Je ne m’attendais pas à mieux. Rien de grave. Mais la suite m’a plutôt choqué ! Une fois, je me suis fait appeler amicalement « mon frère », réalisant son lapsus, il s’empressa de rectifier en « MA frère ». Comme si c’était mieux ! Tout commença à s’aggraver quand « mes frères » me demandèrent de les présenter à des copines. Naïvement, même après tous ces traitements déplacés, j’avais encore de l’espoir de me faire traiter correctement, éventuellement…

Ce qui m’a tué, ce fut le jour ou l’un de coéquipier, durant une période de travail, par une minute de distraction, me demanda de vite me retourner pour mater avec lui les fesses d’une fille qui venait de traverser le café vert.

« Check moi ce dash » me dit-il les yeux rivé sur son objet d’admiration.

« Tu me prends pour qui ? » retorquai-je, me surprenant malgré moi à me retourner à mon tour.
Oh my God ! J’étais sidérée. Ignorant ma réplique, le con se perdit dans l’admiration de ce dash moins beau que le mien, arrêté à quelques mètres de nous. Quel respect !

J’ai passé le reste de la journée à lui chercher un prétexte, une excuse, essayant de le blâmer lui ou moi à me chercher quelque chose à changer en moi, en vain : le nombre de minutes nécessaires à me préparer avant d’aller en cours se multiplièrent à tenter de déceler si je n’étais pas plus affreuse que je ne le croyais. Pourquoi prêter attention aux autres et pas à moi ? Je ne suis pas si affreuse que ca et je suis juste sur leur nez. Quand, comme par une révélation, j’aboutis à la conclusion suivante : nous serions beaucoup plus attirantes si nous ne traînions pas si souvent avec eux. Et mes anciennes copines s’étaient totalement plantées, car au lieu de la queue leu leu, ils se retourneront vers d’autres et ignoreront celles qui sont à longueur de journée sous leur nez. Car à force d’être avec eux, nous paraissons être à leurs yeux des hommes, nous aussi. En général l’Homme se lasse de ce qu’il a en trop. Il s’en habitue et ne le remarque même plus. Alors il scrute l’horizon pour quelque chose de différent ou simplement, pour quelque chose de nouveau ou même recyclé pourvu qu’il ne l’ait pas à longueur de journée sans aucune modification. J’aurais préféré ne pas appuyer ce phénomène par mes propres expériences mais le mal est déjà fait.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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