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Clémence au paradis infernal

Même si on ne veut pas l’admettre et qu’on essaye de pas y penser, l’hiver arrive à grand pas. Même si légère, la baisse de température de cette semaine en témoigne. Pour les nouveaux arrivants au Québec, il est temps de s’armer : préparer votre combinaison thermique, résistante au froid polaire (blanche de préférence pour esquiver plus facilement les ours blancs, lors de votre sortie ultime pour faire les courses chez Métro), trouvez-vous des doigts de rechange pour vous préparer à une éventuelle perte, lors d’un combat acharné entre vos membres à l’extrémité et les engelures, équipez-vous d’un traîneau et de chiens pour pouvoir vous déplacer en cas d’urgence et surtout pensez à des divertissements et des antidépresseurs pour vous accompagner tout au long de l’hiver que vous allez passer à l’intérieur.

Exagéré me diriez-vous ? En tout cas, c’est bien comme ça que j’imaginais ma nouvelle vie polaire en arrivant au Québec. Quelle ne fut ma surprise de savoir que la vie continuait normalement en hiver, que les cours étaient toujours là, ennuyeux certes, mais toujours là, que les plus courageux ne faisaient pas défaut à leur fonction de cheminée et sortaient fumer, que des personnes sans nez à cause du froid ne se rencontraient pas à tous les coins de rue et que mes chaussures Converse ne sont pas si désagréables que ça pour des courts trajets à l’extérieur. Toujours est-il que le froid peut s’avérer glacial par certaines périodes. Quelques solutions possibles pour le supporter consisteraient à utiliser les principes de la physique élémentaire : souffler dans les mains à travers un tissu (manche du pull par exemple) puisque la réduction de section de l’air augmente la chaleur de l’air soufflé. Ou encore se transformer en ninja en cagoule pour faire face au vent dignement. D’autres décideront de partir en Australie le temps de l’hiver et ainsi s’offrir une année 100 % estivale. Et puis quoi de mieux pour faire la fête que de prétexter les effets calorifiques de l’alcool ? Ainsi, la meilleure solution pour faire abstraction des températures glaciales est de savoir s’habiller et bien profiter. Cette année, les couleurs argentée et dorée sont au sommet de la mode. Pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable ? Je vous propose de fabriquer vos vêtements avec des couvertures de survie. Si ce matériau est capable de maintenir une personne au chaud après un accident, il devrait être capable de faire de même pour mes mains en tant que gants. Cette idéologie rejoint celle du boîtier noir en avion, dont le matériau devrait servir à fabriquer tout l’engin. Sinon, il y a toujours la force de l’imaginaire qu’on peut demander en temps d’urgence. C’est simple, vous imaginez que la classe c’est la plage, votre siège un transat, le tableau la mer, le prof un serveur, et la craie un piña colada. Et le paysage par la fenêtre un « snow globe » souvenir de votre périple en Sibérie.

C’est vrai qu’on n’aime pas le froid (pour certains, « ne pas aimer » reste un euphémisme) et qu’on s’en plaint tout le temps. Mais aimeriez-vous vivre dans une chaleur torride, où votre peau aura le même effet qu’un manteau de vison ? Non je ne parle des plages de Miami, lors des spring breaks, imaginez-vous plutôt entre les flammes infernales, dans le salon de Satan. Certains aspirent à se trouver en la présence d’Hitler, Capone, et le présentateur de la météo pour discuter des dernières tendances dans le domaine du meurtre, du crime et de l’annonce de températures frigides. D’autre pensent mériter le Paradis, car leur vie sur Terre a été sans la moindre anicroche pour les envoyer au Purgatoire et donc revendiquent ce privilège éternel. Et vous ? Où préfériez-vous séjourner pour la perpétuité ? Je vous pose une question qui devrait vous guider dans votre choix : préféreriez-vous le Paradis pour le climat ou l’Enfer pour la compagnie ? Hormis les grands criminels et mauvais chanteurs qui s’y trouvent, une grande partie de vos amis risquent s’y retrouver parce qu’ils (elles) ont accumulé de mauvais points lors de leur vie terrestre en faisant croire à votre petit frère que la couleur rouge s’appelle bleu et puis il s’est avéré être daltonien, en volant le devoir de votre camarade pendant qu’il imprimait en lui faisant croire que c’est l’imprimante qui ne fonctionne pas bien, et j’en passe. Alors que vous, angélique que vous êtes, êtes arrivés au Jugement dernier sans la moindre erreur de parcours, ne pensez-vous pas que vous retrouver tout seul au Paradis risquerait d’être ennuyeux ? À ce moment, en compagnie de tous vos acolytes, l’Enfer pourrait devenir paradisiaque. Ou au contraire, vous avez vécu toute votre vie dans le but ultime d’accéder au Paradis, où le climat serait des plus cléments ? Il faut avouer que vivre sous la neige dans des températures glaciales, et passer directement à des températures où même le dysprosium ne serait qu’un flot parmi les flammes, constituerait un choc thermique assez dur à gérer.

En somme, faire la navette entre les deux camps serait la solution parfaite, quoique très idyllique. Une situation plus réaliste serait que le jour de votre voyage dans l’au-delà arrivé, on vous accorde la possibilité de choisir votre destination finale : trois possibilités se présentent à vous. Vous pouvez hésiter entre les deux parce que vous avez finalement réussi à avoir des amis des deux côtés. La deuxième alternative serait de choisir l’enfer et à ce moment-là, on vous répondra que c’est plein et il n’y a plus de place. Et enfin, dernière issue, vous choisissez le paradis et on vous répond que vous auriez été le bienvenu mais qu’il fait tellement beau, qu’il y a une pénurie de nuages pour vous loger. Il ne vous reste plus qu’à vivre assez longtemps pour connaître la fin de cette histoire. Entre-temps, restez sage (dans la mesure du possible bien sûr) ou soyez méchants; à ce moment vous pourrez souhaiter le paradis aux personnes que vous n’aurez pas envie de croiser.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.