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Plus c’est long, plus ça fait mal !

Dimanche 7 septembre : C’est en allant promener Aymeri-de-Montesquiou, mon rat né à Mournède dans le Gers, adopté lors d’une séance des A.A., que je réalise : une seule semaine pour me préparer à 42,2 km d’émotion. Sept jours pour apprendre à ne pas perdre ses poumons… Facile !

Dimanche 13 septembre : 5 joggings matinaux, 2 pots de Nutella, et 36 parties de solitaire plus tard, je suis en état psychique, moral, et immoral pour affronter « la bête ».

7h32 : Réveil ankylosé par quelques courbatures résiduelles, par une nuit de moite torpeur cauchemardesque où j’émasculais des pingouins albinos à la cuillère, étranglé dans mes draps élastiquement assassins (« effet T-shirt qu’ils disaient… »).

9h : Trois quarts d’heure dans le métro autour de quelques travailleurs roupillants, pour enfin ressortir à l’air libre de l’île Sainte-Hélène. Ciel gris. Parfait. Pas la mousson de l’an passé, ni la chaleur étouffante de ces derniers jours. Apparemment, les organisateurs de la course ne sont pas Suisses* : tant mieux. Je ne vais tout de même pas courir pour arriver à temps au départ : 42,2 km, c’est déjà bien assez long !

9h16 : Les coups de fusil sont tirés et les premiers s’élancent : de longues silhouettes fines – autant de graisse qu’une tulipe, les muscles saillant, prêts à dégainer : le gratin de la course à pied.

9h17 : Ça y est, je bondis par-dessus de la ligne de départ, au milieu du pont Jacques-Cartier et d’une foule de fiers coureurs en liesse. Une course d’égo avant tout. Beaucoup de puissance mentale est nécessaire pour mériter sa part dans la distribution finale de gloire et d’auréoles mesquines. Que penser de celui-là, qui nous dévoile ses mollets tatoués de ses cinq temps de moins de 3h aux 42 km des années passées ? 15 000 participants : ce n’est pas encore « un grand », mais Montréal peut s’enorgueillir de voir ce nouveau record. Peut-être 20 000 pour les vingt ans, l’année prochaine ?

9h30 : Entouré de l’apparat et des fioritures des manèges de la Ronde, je m’étonne de la lenteur de mes concurrents. Un coup d’œil à ma montre, acquise pour l’occasion… Évidemment, si je prends un départ à la « Hussein Bolt », je risque d’y laisser un poumon.

9h40 : Impossible de trouver un tempo eurythmique. « L’enfer c’est les autres »… Je ne suis pas loin de le penser : mes voisins me gênent, me bousculent et m’imposent au passage leur musique en bois. Que tu t’assourdisses en écoutant une voix fricassée, crépitant comme un moteur d’avion en mal d’amour, passe encore, mais ne contamine pas de ton beat infâme mon rythme respiratoire – déjà si précaire ! Heureusement, en arrivant sur le circuit Gilles Villeneuve, je repère une vieille femme à la cadence régulière et à l’allure avenante. J’adhère à ses baskets tel le poisson pilote à son requin marteau.

9h50 : Ô miracle, Roger (mon point de côté), pourtant fidèle compagnon de mes footings, s’évanouit. Et pour cause : nous venons de triompher de deux kilomètres avec la régularité de la fréquence d’émission du césium 133. La distance entre les coureurs s’est radicalement accrue : nous nous retrouvons presque seuls, en couple, ajustant nos virages et magnifiant nos lignes droites.

10h05 : 10 kilomètres, 3e ravitaillement. Oasis sponsorise ce marathon éponyme, et leur boisson chimique, aussi fluo soit-elle, se montre peu adaptée aux circonstances. Et par-dessus le marché, ils ont eu l’excellente idée (sans doute issue d’un étudiant en génie industriel) de nous servir dans des gobelets-plastique. C’est le pompon : les secousses de notre course nous arrosent le visage, et le peu que l’on réussit à ingurgiter de cette cochonnerie, glucosée et acide, nous assoiffe. Espérons que « Dasani » parraîne la prochaine édition.

10h55 : 1h40 aux 20 km. Pas si pire. J’ai encore du souffle et des jambes, mais des picotements légers dans les cuisses viennent perturber de temps à autre cette route de goudron monotone. Des vélos nous dépassent régulièrement, dont les porte-bagages sont surmontés de stéréos grésillantes ou de bébés amorphes. Les foules en délire, connues lors de mes quelques courses européennes, sont ici inexistantes. Sur les trottoirs, quelques badauds perdus, plusieurs femmes enceintes, des poussettes. Sur l’une d’elle, une affiche : « Je t’aime papa, mon héros ! ». Pauvre marmot, affrontant la vie, pas même encore doué de parole, confronté à la conduite d’un père parfait, symbole du Bien et de la Justice sur Terre. Agenouille-toi mon enfant, Ô toi, éternel second, castré par ce modèle de droiture et de force inégalable : ton père.

11h25 : kilomètre 25. Je fouille des yeux le lointain de plus en plus régulièrement pour apercevoir les panneaux annonçant la distance avalée – ou plus précisément, celle qu’il reste à parcourir. Des douleurs aiguës dans les jambes. Le « mur des 25 »… j’étais prévenu, et je le découvre à mes dépens : une autre course commence.

11h42 : seulement 3 kilomètres de plus ! Je me traîne, alourdi par les deux parpaings vivant (« ensembles comme comme un roc », selon Nadya) qui m’ont un jour servis de jambes. À quand l’eau et les machins sucrés du ravitaillement ?

12h19 : 35 km. Je trottine désormais comme un petit vieux – un handisport grabataire, aurait dit le président noir d’un pays voisin. Chaque secousse de mes muscles contractés (à chaque pas, en fait) me fait souffrir telle une crampe sournoise. Finalement, la difficulté que j’essaie de surmonter ne réside, ni dans une cardio ou un souffle insuffisant, mais bien dans ma musculature des cuisses plus faible que celle d’un gastéropode sous perfusion.

12h 24 : 37 km. Argh ! Non, ce n’est pas l’arrivée au stade Olympique, il reste encore le tour du jardin botanique… et en montée (tabarnâk) ! Les spectateurs sont un peu plus nombreux. Pour nous encourager… Ou pour lâchement espérer assister à la lente agonie – internationalement médiatisée – d’un coureur exténué. Non, ce n’est pas moi qui te ferai passer au JT, vieille sorcière ! Je finirai malgré le supplice, et n’essaie pas de me briser les tympans avec ton sifflet esquinté et ton tambour en carton !

12h53 : 40 km. Plus que 2. Non 2,2, la différence est capitale. Un terminus minable, inter-minables, interminable.

13h05 : Enfin ! L’arrivée du côté des braves ! Immédiatement, je suis gratifié d’une superbe médaille : le pont Jacques-Cartier. Tout un symbole : un pont, sur une médaille de course à pied – sport individualiste par excellence, on aura tout vu. Une bouteille d’Oasis aurait fait l’affaire.

Une demi-heure d’étirements, 2 litres d’eau, et j’essaie de rentrer chez moi. Agrippant les rampes, peinant pour monter des escaliers, les membres raides. Sans mes baskets, on m’aurait surement cru en rééducation après un combat contre Donatello (le violet).
Ah ! Il est beau le « héros » !

* Il est de notoriété publique que les Suisses sont petits, ils sont également ponctuels.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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