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Pi… ?!

Mardi 15 septembre, à 19h, avait lieu la première (si l’on peut dire) de la reprise de la pièce Pi… ?!. Ayant connu un vif succès durant l’été, la troupe Les Éternels Pigistes a décidé de remettre le couvert (et ce n’est rien de le dire) en donnant deux mois de représentations supplémentaires avant d’entamer une tournée à travers tout le Québec. Les critiques que j’ai pu lire au sujet de cette pièce sont très élogieuses, on peut trouver des propos chocs dans la presse comme « un retour fracassant » dans VOIR, ou encore « un divertissement pur et intelligent » dans Le Journal de Montréal. Visiblement, je n’ai pas été le seul à lire les médias car il y a la queue pour acheter son ticket et rapidement la salle sera comble. J’ai dans l’idée que les gens attendent beaucoup de cette représentation, et ça tombe bien, car moi aussi.

Premières impressions : la salle n’est pas très grande et le public est très proche de la scène proprement dite, cela donne tout de suite un aspect plus « familial », on se sentirait presque complice des comédiens, presque partie prenante de la mise en scène. Le décor est divisé en deux parties : à gauche la cuisine, à droite la salle à manger. La première sera souvent destinée au personnage qui, durant un temps, se doit d’être à l’écart du groupe, la transformant alors soit en défouloir, soit en confessionnal. La seconde, vous l’aurez compris, sert d’espace d’écoute pour le groupe en question. Meubles modernes et sobres, seules quelques bouteilles (d’alcool) dans la cuisine donnent un peu de couleur et de vie au tout.

La scène se passe durant un souper (oui, avec des couverts, c’est bien, y en a qui suivent) entre deux couples. Le premier détail qui rend cette réunion assez unique est le fait que l’hôte, Patrick Auclair (Christian Bégin), est resté mort 17 minutes dans un accident huit mois plus tôt et que c’est la première fois qu’il accepte de revoir des gens depuis son retour à la vie, a la demande de son épouse, Gabrielle (Marie Charlebois). Ses invités ne sont autres que Pierre-Louis Lavigueur (Pier Paquette), professeur du cégep, et Sue Parker (Isabelle Vincent), sa compagne horticultrice originaire des États-Unis. La règle du jeu pour ce repas ? Ne jamais aborder le sujet de la résurrection de Patrick.
Le second détail sera l’arrivée inattendue de Marc (Patrice Coquereau), frère de Gabrielle totalement psychopathe et dont la plus grande passion n’est autre que la Mort, avec un grand M. À travers lui, c’est toute la pièce qui prend un nouveau tournant. Alors que le départ se voulait assez humoristique, où chacun tente de se retenir d’aborder Le sujet sans pouvoir éviter des allusions régulières, forçant alors le personnage à se rattraper pour le plus grand plaisir du public, la seconde partie, bien que comportant quelques perles de bonne humeur, aborde le sujet phare de la pièce de manière bien plus directe avec Marc qui dit tout haut, et en toute franchise, ce que les autres pensaient jusque-là tout bas.

La Mort, ainsi que l’Amour comme opposé, sont donc les thèmes majeurs de cette pièce, abordés parfois avec un trait d’humour brillant et inattendu, à l’image de Pier Paquette et de ses longues tirades qu’il arrive à imprégner de toute sa force, leur donnant une puissance qui ne laisse jamais l’audience indifférente, parfois avec une émotion poignante comme nous le prouvent les deux magnifiques monologues de la pièce, le premier de Marie Charlerois et le second d’Isabelle Vincent, criant de vérité et où l’on est forcé de reconnaître un peu de soi.

Au final, je suis ressorti avec une bonne impression de la globalité de la pièce, mais surtout la conviction d’avoir passé un très bon moment. Abordant des sujets parfois épineux, Christian Bégin, auteur des textes, a su les rendre plus légers pour permettre au public d’en garder une image presque positive, tout en les saupoudrant régulièrement d’une réalité qu’on ne peut pas nier, ce qui lui permet d’éviter de tomber dans le cliché d’un long sketch pseudo-humoristique qu’on a déjà que trop vu. Ce qui m’aura le plus bluffé durant la représentation, ce sera la capacité de la troupe à avoir le contrôle total de son public ; s’ils veulent le faire rire, ils y parviennent en trois mots, et d’un claquement de doigt, ils retournent la situation et plongent l’assistance dans une émotion poignante où l’on ose à peine respirer. La conclusion sera une standing-ovation durant le dernier salut, preuve étant donc faite que le public a grandement apprécié sa soirée. À quand votre tour ?

Pi… ?!

du 15 septembre au 24 octobre 2009, à La Licorne (4559, rue Papineau, Montréal), une production des Éternels Pigistes, en codiffusion avec le Théâtre de la Manufacture.

(Texte : Christian Bégin, Mise en scène : Marie Charlebois)

Mots-clés : Théâtre (92)



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