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Les opinions des uns et des uns

Hier encore, je me tenais à peu près ce discours: “Fumer, c’est vraiment se tuer à petit feu.” Je me faisais donc cette réflexion pleine d’esprit quand je me mis à m’époumonner violemment et à cracher des glaires jaunâtres maculées de traces d’emphysème et la joie tout à coup remplit mon coeur débordant. Mais ce bonheur était voilé par un nuage noir. L’espoir est lourd à porter. Combien de temps dois-je encore patienter avant le trépas salvateur? Fumer, c’est vraiment se tuer à petit feu, mais alors à tout petit feu, et c’est vraiment long de mourir.

J’ai songé à des moyens plus radicaux d’en finir avec la vie. Ce ne sont pas les options qui manquent. Il y a, bien entendu, la très romantique ouverture des veines dans un bain chaud – à la mode romaine. Il y a également l’option de se pendre à une poutre (un pilier fait également l’affaire) du Pont Jacque Cartier, avec cette petite touche artistique personnelle : un écriteau autour du coup avec l’inscription “Papa t’aime”, histoire de faire des remous post-mortem. Mais mon imagination a beau énumérer les délicates possibilités qui dérouleraient pour moi le tapis rouge de la mort, il y a toujours une idée qui me chagrine et me taraude douloureusement dans ces scénarios somme toute plaisants, celle de ne pouvoir mourir en levant un fier et glorieux doigt d’honneur aux apôtres de la pensée unique qui fulminent (quand ils ne râlent pas) contre les fumeurs et les amoureux de la nicotine (Gainsbourg, si tu m’écoutes), ceux-là même qui eussent été les premiers à se délecter des volutes bleues si la mode et l’air du temps les y poussaient.

Cela me rappelle une personne que j’ai rencontrée récemment. Je ne sais pas pourquoi, mais tout se qui sortait de sa bouche était une redite de choses que j’avais entendues à la radio ou vues à la télé. Dans le meilleur des cas, c’étaient là des choses que j’avais lues dans les journaux. Cette personne, aussi incroyable que cela puisse paraître à tout bipède pensant et rotant, n’avait pas once de pensée personnelle. Et je dois avouer qu’il m’était difficile de l’écouter. Un lourd bourdonnement douloureux remplissait mon esprit à chaque fois que cette chimère, mi-homme mi-chien de foire, prononçait un mot. Je n’ai pas même essayé de lui parler, cela va sans dire, ma langue s’y refusait spontanément dans un élan naturel que la physiologie aurait bien du mal à expliquer et que mon instinct de survie a développé. C’est très dur, à la fois techniquement et émotionnellement, de discuter avec un être ahanant des bêtises que lui ont inculquées les médias de masse. La pensée unique est aussi dangereuse que pernicieuse. Comme l’amant pique-assiette qui vous aime pour mieux manger dans votre plat (j’en ai connu quelques-uns dans ma phase homosexuelle d’y il y a trois ans) la pensée unique utilise le discours de la grande majorité pour mieux asseoir les bases de sa phraséologie (oui, oui, je connais des mots compliqués aussi). Pour finir et paraphraser le Couac: “Quand la connerie te guette, tire le premier.”

Mots-clés : Absurde (10)



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