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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le deuil de la bien-pensance

Méfiez-vous du jeune con qui se targue aujourd’hui à trouver quelque qualité au président sortant George W. Bush.
Celui-là est un hypocrite patent.
Celui-là n’hésitera pas à vendre votre mobilier, vider votre garde-manger, dormir dans votre lit, rouler des patins à votre chat, médire de vous en compagnie de votre amant tout en vous jurant, sans trembler des genoux, une amitié fidèle, pure, cristalline, mirifique!
Faites-moi confiance, j’en connais de ces méchants. J’y ai laissé mes plus beaux draps brodés. J’en connais même à foison. Il y en a d’ailleurs qui sévissent sur cette page, heureux de pleurnicher dans cette feuille de chou défraîchie que Double You est parti alors que, la veille, ils le taxaient de plus gros connard de la galaxie.

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Double You, le plus gros connard de la galaxie. Même les mioches lui pissent à la raie

Pourquoi ce brusque sursaut?
Que se passe-t-il dans la tête du jeune con qui se met tout d’un coup à aimer Bush? Ils étaient pourtant légion à lui cracher à la gueule, en choeur, unanimes, se pensant dans leur bon droit de le traiter de pire ordure humanitaire de ce siècle débutant! Eh bien j’ai enquêté. Et pour ce faire, j’ai commencé par me rendre au domicile du pseudo-chroniqueur qui pollue cette page avec moi. Il était à peine quinze heures et il était fourbu par une sorte d’angoisse interne. Je l’ai trouvé hirsute, une lourde haleine de bière émanait de lui comme un relent de défécation. Il trainait les pieds quand nous marchions de la porte d’entrée de son immeuble jusqu’à
son appartement, il avait vieilli de deux ans. Et à son âge, pauvre morveux écrivailleux, deux ans sont des siècles.
Il machouillait un mégot éteint qui refusait de s’allumer.

Mon hôte m’indiqua de la main le sofa comme on montre une niche à un chien vieilissant. Il me fit alors cette confidence terrible: « Il part… » Qui?
ai-je répliqué. « Mais Bush! Ça fait huit ans qu’il nous permettait de nous définir et de nous sentir bien et le voilà qu’il nous abandonne. » Pauvre orphelin de Double You. Je voulus réveiller en lui l’adorateur de Malcolm X et de Martin Luther King.« Tu devrais te réjouir de l’arrivée d’Obama », m’aventurai-je.
« Obama… » se contenta-t-il de souffler. « Obama… Mais il est trop bon ce négro mal blanchi. Il parle trop bien. Il a fait Harvard. Il est le rêve accompli de MLK. Qu’est-ce que j’en ai à foutre d’Obama? Je l’emmerde Obama. »

Oui, il emmerde Obama. Il est surtout emmerdé par Obama. Et vous aussi, mais sans vous en rendre compte. Lui est simplement plus éveillé que vous. Plus à même de comprendre les enjeux du quotidien. Moins mièvre.
Moins tendance à se complaire dans le discours officiel que nous ressasse la presse bien-pensante. Véritable vivisecteur de notre temps. Son pouls bat au rythme de l’époque et de la rue. Trop peu consensuel pour être démocrate et suffisamment anar pour être tête de liste. Mais cette fois, mon ami était vraiment mal. Il crachait sur sa moquette en laine de lama comme on crache sur le plancher d’un saloon.
Il ponctuait ses phrases de quintes de toux tuberculeuses.

« J’ai débarqué avec un pied de biche chez ma voisine hier », me dit-il sur le ton de la provocation. Ça ne me surprit pas tellement. Je vous ai dit tout le bien que je pensais des contraltos orgiaques et transmuraux qui émanent de la chambre à coucher de celle-ci.
Je lui demandai donc si il la niquait, mais le fis avec cette voix doucereuse de docteur Freud quand il parle à son patient, et je le fis tant et si bien alors que, paradoxalement, je me trouvais sur le sofa.

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Super Obama. Il nous emmerde vraiment, c’lui-là

« Non, continuait-il, je ne suis pas rentré pour la limer, j’y suis allé pour la détester. Je me sens totalement dépourvu. Il était si facile de détester Bush. Nous détestions tous Bush. Et toi aussi, tu le détestais. On pouvait avoir violé un bébé, on était toujours mieux que Bush. Qu’allons-nous devenir maintenant que nous allons nous révéler au monde dans la lumière crue du jour, nous-mêmes, moches et hideux. Quand les figures de détestation disparaissent, il ne reste qu’à haïr ses voisins. »

Devais-je lui donner raison?
Dois-je moi aussi me découvrir une soudaine passion pour Double You?
Faut-il abattre Obama pour mieux haïr son meurtrier? La réponse, la semaine prochaine.

Mots-clés : Bête et méchant (5)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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