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Oxmo Puccino au Métropolis

Reconnu depuis longtemps dans le milieu du hip-hop francophone, le rappeur franco-malien Oxmo Puccino est venu à la rencontre du public montréalais le 06 août passé dans le cadre des Francofolies 2009. Aux portes du Métropolis, première surprise : le public n’est pas uniquement composé de « Yo! » français à l’accent prononcé des banlieues parisiennes. En fait, il y en a un peu pour tous les goûts, soirée agréable en perspective.

21h : nous y sommes! Première partie : 30 minutes de Jeune Chilly Chill et ses Chilly Chillettes très moyennement appréciées par la grande majorité du public : difficilement crédible un rappeur blanc qui ne s’appelle pas Eminem. 30 autres minutes de mise en place : la tension monte, on s’impatiente …

22h : Enfin apparaît sur scène, celui qui se présente comme Le Cactus de Sibérie, Black Desperado ou encore, Black Popaye, « Rappeur culte/À la rime occulte/Qui insulte pas ta sœur ». Armé de presque 15 ans de carrière, cinq albums à son actif, un géant (au propre comme au figuré) du rap français fait face au public du Métropolis, qui lui est déjà totalement acquis. Chandail rouge, pantalon beige, souliers blancs : loin des clichés hip-hop, le style est simple, épuré. Accompagné de deux guitares, un clavier et de percussions, il commence avec un extrait de son dernier album « L’Arme de Paix » : « Tirer des traits/Vivre les sacrifices de si près/Je sais à quoi tu songes en secret/À notre âge déjà les traits tirés/À force de tirer des traits » (Tirer des traits, 2009). Les mots sont profonds, les rimes touchent : le parolier ne faillit pas à sa réputation. Le show est lancé, les mains se lèvent, les refrains sont repris en chœur. Oxmo est chaud, il commence par visiter des pièces de ses deux derniers opus (Lipopette Bar et l’Arme de Paix), ponctue de quelques incursions dans le passé avec des chansons telles que J’ai mal au mic’ ou Mama Lova. La salle est conquise.

Une heure de concert : c’est la pause; pas pour le public, trop occupé à acclamer son champion. Ce dernier revient, ressuscite de vieux morceaux (principalement ceux tirés de l’album Le cactus de Sibérie), et, quoiqu’on s’essouffle un peu, on essaie de suivre. On sent un public connaisseur, qui connaît les chansons par cœur, et ne se gêne pas pour les reprendre en chœur. Et lorsque monsieur Puccino nous annonce le dernier morceau, la réaction est unanime : « Oh non … Pas déjà? » Alors tant qu’à faire, il choisit de nous quitter sur une note joyeuse, entraînante, dansante : la chanson On danse pas. Mais que veux-tu, Oxmo? On n’y arrive pas, et quitte à se faire mordre, on danse…

Bientôt minuit : Standing ovation, la énième de la soirée… c’est trop bon, on ne veut pas rentrer. Oxmo comprend, et même s’il avait déjà dit au revoir, il revient, et nous offre deux pièces qui se trouvent aux extrêmes de son œuvre : L’enfant seul, tiré de Opéra Puccino, son premier album, et Nirvana, un extrait de l’avant-dernier. Sur cette dernière pièce, son groupe se lâche, encore un peu et on croirait voir un band de rock en show. Sons, lumières, public surexcité, les ingrédients du bonheur sont là. Et Oxmo s’en va, non sans un éloge marqué au public montréalais : « […] ce soir, vous m’avez tout pris, tout donné, mais j’en ai encore beaucoup à vous donner. À très …très bientôt ». On espère Oxmo, on espère…

00h15 : sur la rue Sainte-Catherine, on se dirige tranquillement vers le métro, la tête remplie de rythme, de rimes et surtout des hourras d’un public magnifique : « Ox-mo, Ox-mo, Ox-mo ». Verdict : sur son bateau, le Black Popaye a conquis le Métropolis. À découvrir (ou redécouvrir) si vous aimez le rap français, ou tout simplement pour les paroles riches, parfois graves, souvent drôles mais toujours remplies de sens.

Crédit photo : Francopholies




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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