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Manon Lévesque – Plus fort que nous

Vu la flopée de «chanteurs à voix» dont les médias populaires nous abreuvent, on peut légitimement être méfiant face à la relève musicale. Il faut dire que, quand l’industrie du disque devient une machine à produire des interprètes, l’intérêt s’émousse aussi vite que refroidissent les projecteurs.

Il existe pourtant toujours des artisans de la chanson qui méritent l’attention du public. Manon Lévesque est de ceux-ci.

Fille du Bas-Saint-Laurent et détentrice de deux baccalauréats (en piano et en chant jazz), elle est lauréate du Festival de Petite-Vallée en 1996. Elle se retrouve deux ans plus tard au Festival de Granby, où elle décroche trois prix et un stage en France, auprès d’un certain Francis Cabrel.

En 2002 sort Vertiges. Salué par son réseau d’admirateurs et par ses pairs (Louis-Jean Cormier, Louise Forestier, Sylvain Lelièvre, Daniel Boucher), ce premier album restera un succès d’estime, faute d’un appui médiatique fort. Il faut dire que l’intimité poétique des textes et le timbre profond de la dame l’excluent pour de bon de la catégorie easy listening.

Vertiges la promènera un peu partout au Québec, et elle occupera la scène pour une série de premières parties, dont celles de Richard Desjardins, Véronique Samson, Daniel Bélanger, Georges Moustaki, Anne Sylvestre, Jean-Pierre Ferland et Claude Gauthier. Mais c’est dans la transmission de son expertise musicale que la belle rousse investira le plus pendant ces années discrètes : de cours de chant pour la relève musicale en coaching pour des interprètes confirmés, Manon Lévesque se bâtira une solide réputation de relayeuse de flamme.

Par un mystérieux coup du sort, l’urgence de créer reviendra, aiguisée par la rencontre avec Nathalie Pascal, sa nouvelle complice de plume, et avec le multi-instrumentiste Hugo Perreault. C’est presque en duo avec ce dernier que sera réalisé l’album tout frais paru : Plus fort que nous.

Treize chansons intenses, accomplies, pleines de folk, de ballades du bout du monde et de pianos dramatiques. Du côté des textes, susurrés ou chantés à pleine voix, on retrouve ce langage intérieur qui oscille entre la vie et la mort, passant par des chemins de passion, de colère, de résignation ou de rédemption. Autobiographique ou non, l’ensemble brille par ses portraits de femmes. Grande décrit la maturité au féminin, Rebelle en célèbre la liberté, Là où je vais fait parler une morte sur un tempo curieusement entraînant, Fleur d’Indigo raconte une Indienne déracinée, Rivière Saint-Colomban est un hommage à une femme libre et condamnée, La fille du nord parle d’une navigatrice moderne. Jusqu’à la chanson-cadeau téléchargeable, qui célèbre un parcours de femme brisée. Ni rengaines ni ritournelles, mais des chansons travaillées, dont plusieurs finissent par rester accrochées à nos tympans. On rit à peine plus qu’à l’écoute du dernier Daniel Bélanger, et ce spleen est peut-être la vraie limite de l’exercice.

Sur scène, les pièces prennent une nouvelle envergure. Passant du piano à la guitare acoustique, Manon Lévesque met en pratique ce qu’elle enseigne avec conviction : la présence. En symbiose avec ses deux instrumentistes ‒ Éric Bernard (basse, guitare) et Éric Breton (percussions) ‒, elle livre au public, les yeux dans les yeux, une performance serrée où rien n’est laissé au hasard. Mieux : elle déjoue ceux qui la prennent pour une égérie romantique en intercalant des monologues comiques entre les chansons, incarnant une demi-douzaine de personnages loufoques pour le plaisir de nos zygomatiques!

Plus fort que ça, pas facile à trouver.

Album Plus fort que nous (Productions Les Vagues) chez les disquaires ou en ligne. En concert au Petit Medley (Montréal) et dans plusieurs villes du Québec jusqu’au 28 novembre 2009. Détails sur www.manonlevesque.com.

Mots-clés : Musique (217)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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