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L’avenir de la génomique

Le XXème siècle dévoila l’ADN dans toute sa splendeur avec la découverte de sa structure en double hélice par Watson et Crick en 1953. Les décennies passèrent et permirent de collecter de précieuses informations sur notre matériel génétique, ce code écrit en quatre simples lettres (A ; C ; G ; T) qui forme autant la feuille de l’arbre que la cellule humaine. En 2003, l’aurore du XXIème siècle marqua une étape importante, primordiale pour le futur : le séquençage du génome humain, permettant de mettre à nu chaque individu pour pouvoir y déceler son histoire génétique.

Avec de telles prouesses technologiques et scientifiques, pourquoi notre système de santé ne devient-il pas prodigieux, sans attente aux urgences ? Pourquoi le cancer semble-t’il s’attaquer et vaincre sans pour autant être soigné ? Comment arrêter les prochaines pandémies ?

De telles questions laissent perplexes. Néanmoins, le XXIème siècle sera le siècle de la biologie, et plus précisément, celui de la génomique. L’étude du code génétique de l’être humain permettra à la société de se sortir des impasses médicales, sociales et même économiques. Voici un bref résumé des interventions des différents conférenciers du Forum Économique International des Amériques qui partagèrent leur vision au cours de la conférence et table ronde intitulées : La génomique, une révolution en marche.

Dr. Bartha-Maria Knoppers : l’importance des biobanques en recherche. (professeure titulaire, Faculté de droit de l’Université de Montréal)

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C’est aujourd’hui que nous devons créer le monde du futur. La recherche scientifique est de nos jours devenue internationale, comme en témoignent les nombreuses collaborations entre chercheurs. Néanmoins, les efforts en vue d’une entraide plus accrue doivent être intensifiés.

La création de biobanques, bases de données génétiques, offre aux laboratoires de recherche l’opportunité de réduire considérablement la durée de leurs expériences. L’exemple québécois idéal est le projet CARTaGENE qui cherche à créer une ressource pour la recherche avancée en génétique. Finalement, la génomique fera passer la recherche actuellement guidée par les idées en une recherche guidée par un but humaniste, dans une vision de procurer à l’ensemble des peuples des réponses adéquates aux maladies.

Hans d’Orville : entraide internationale et bioéthique. (sous-directeur général de l’UNESCO)

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La génomique aura un impact majeur sur la société que nous connaissons selon Hans d’Orville. En effet, la génomique peut s’appliquer autant en médecine qu’en industrie, en passant par l’agriculture, les énergies et la criminalité. Il faut donc faire preuve de bioéthique et se doter d’outils permettant d’adapter les normes éthiques aux dimensions politiques.

En ce sens, la mission de l’UNESCO est de favoriser l’égalité d’accès au savoir. Ainsi, avec la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme (2005) s’inscrit dans cette recherche d’équité entre les peuples. Pour soutenir et diffuser le savoir scientifique, l’UNESCO favorise le travail en réseau entre les équipes de différents pays tout en encourageant le partage de la connaissance.

L’éthique n’est pas un obstacle à la science, mais elle favorise un réseau de transmission de l’information. De cette manière, un réseau de laboratoire travaillera de concert, ce qui repoussera les limites des frontières de la science. La création de comités nationaux aidera à trouver des réponses particulières en formulant des règles de bases simples et communes à chaque pays.

Pr. Luc Montagnier : la prévention est le futur. (Prix Nobel de médecine 2008, président de la Fondation mondiale prévention et recherche SIDA, professeur émérite à l’Université Louis Pasteur de Paris)

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Pr. Montagnier fait remarquer que les cellules vivantes ont su se contrôler, qu’elles ne pouvaient grossir sans limites. Par ce parallèle, il professe que la société doit apprendre à ralentir sa croissance, car on ne peut grandir indéfiniment dans un monde fini. La santé est un droit humain accessible à tous et sera grandement améliorée par la génomique. Selon lui, elle est divisée en deux parties : le matériel génétique, transmis à travers les générations ; et la mémoire culturelle, plus récente, qui passe par l’écriture, les livres, les échanges, et tout particulièrement les connaissances scientifiques des trois derniers siècles.

De par l’immense potentiel que renferme notre génome, nous nous devons d’être humbles, mais aussi d’apprendre à maîtriser et à utiliser cette ressource inestimable. La connaissance complète de l’identité génétique d’un individu pourrait occasionner quelques dérapages, comme d’augmenter les primes d’assurances aux individus prédisposés à certaines maladies génétiques, voire de refuser de les protéger. Cette situation ne devrait jamais exister. En effet, l’étude de la génomique ne doit pas déboucher vers la fatalité, mais plutôt vers un moyen de prévention.

C’est ainsi que plusieurs nouvelles voies sont ouvertes à la génomique. En comparant le matériel génétique d’un individu aux génomes de maladies connues, un diagnostic rapide serait envisagé. De plus, des percées au niveau de la détection électromagnétique de l’ADN des virus et des bactéries permettent à l’heure actuelle de pointer et d’identifier avec précision la prédisposition des individus aux maladies chroniques et aux maladies génétiques (Parkinson, Alzheimer et divers cancers).
Finalement, le Pr. Montagnier prédit que les années à venir sauront apporter une amélioration significative de la qualité de vie des patients, car la génomique saura prévenir et éviter les maladies avant tout symptôme, permettant ainsi de vivre plus longtemps et en meilleure santé.

Steven Burrill : the sea change. (président et chef de la direction, Burrill & Company)

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La crise économique actuelle chamboulera les assises économico-scientifiques que nous connaissons aujourd’hui. On note l’intervention massive du gouvernement américain dans les biotechnologies (l’Obamanomics) avec des investissements massifs en recherche. Cette crise ne sera pas un dur moment à passer avant de retourner à la normale. Non, il ne faut pas revenir aux anciennes habitudes, mais bien en profiter pour révolutionner le système de santé.

La créativité dans le monde financier est un pré requis indispensable pour imaginer de nouvelles voies de développement, et l’innovation passe par les biotechnologies. Ainsi, l’avenir du système de santé réside dans la possibilité de transformer un système médical basé sur le privilège en un système de santé dont chacun aurait le droit de bénéficier.

La technologie existe pour effectuer cette révolution. Dans 10 ans, le monde médical ne ressemblera pas à celui que l’on connait. Avec l’avènement des blackberries, cellulaires, facebook et Internet, la proactivité remplacera sous peu l’attente et la réactivité. Nous verrons prochainement la numérisation des soins aux patients avec des outils de prévention accessibles à tous pour faire le suivi en temps réel des conditions médicales (pression, taux de glucose, cholestérol). L’intégration des technologies au monde médical, souvent peu enclin à adopter les percées scientifiques, réussira à se rapprocher des patients pour veiller sur leur santé.

Dr. Jean-Claude Tardif : la pharmacogénomique. (directeur, Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal)

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Pour le Dr. Tardif, la génomique servira la pharmaceutique et évoluera en pharmacogénomique, c’est-à-dire l’utilisation du génome pour améliorer le développement de médicaments et donc l’efficacité du système de santé.

Un réel besoin existe. En effet, on remarque que les coûts de traitements des effets secondaires liés à des médicaments qui ne correspondent pas parfaitement aux patients sont plus élevés que les coûts des soins médicaux, augmentant ainsi les pertes du système de santé. La pharmogénomique propose une approche différente selon ces trois points : éviter les réactions aux médicaments ; maximiser l’efficacité des traitements ; sélectionner en avance les patients qui répondront favorablement au traitement.

Le schéma actuel des traitements consiste à administrer à un patient un remède puis de voir la réaction, et dans le cas où le traitement n’agit pas, en essayer un autre… soit un principe d’essais-erreurs. La pharmacogénomique propose une approche systématique en analysant l’ADN, l’ARN et les protéines du patient pour éviter toute perte de temps, d’argent, et surtout préserver le malade des effets indésirables causés par une prescription non adaptée. De plus, elle permettra de revoir les modèles des longs processus onéreux de conception de nouveaux médicaments, en ciblant les personnes avec lesquelles le médicament sera efficace.

Ainsi, la pharmacogénomique a la volonté de faire passer le système de santé d’un traitement réactif des patients à une méthode proactive de bien-être.

Perspective d’avenir

La génomique est l’opportunité de repenser et d’améliorer le système de santé actuel. Grâce à sa connaissance plus précise et personnalisée de chaque patient, les effets secondaires des médicaments pourront être évités, les soins seront donc plus ciblés.

D’un point de vue économique, l’investissement en génomique permettra de palier aux pertes actuelles en soins inutiles et mal adaptés. Les méthodes de soins seront plus proches des malades, plus simples d’utilisation et surtout plus rapides.

Finalement, l’avantage majeur de la génomique est la capacité de faire passer notre système de santé actuel réactif en un système proactif basé sur la prévention. La voie est maintenant ouverte aux avancées de la recherche et à la révolution génomique du XXIème siècle.

Questions & Réponses

Pour clôturer ces conférences et apporter de plus amples informations, une séance de questions/réponses et d’échange entre les participants et le public suivi les interventions.

Question : Pourquoi les gouvernements devraient investir dans la génomique ?

Burrill : Le gouvernement paye aux deux extrémités du problème. En effet, il assure le financement de la recherche et du développement scientifique du monde médical, tout en étant le débiteur du système de santé de nos sociétés. Investir dans la génomique permettrait de perdre moins d’argent en traitements non fonctionnels tout en ciblant plus précisément les patients.

Question : Est-ce que le Canada et le Québec peuvent continuer à mener la course à la génomique ?

Knoppers : Bien sûr, sur la scène internationale, le Canada jouera un rôle majeur dans les années à venir, car il sert de pont entre l’Europe et les États-Unis. Cette percée technologique permettra une science plus précise et moins coûteuse aux gouvernements.

Question : Vous avez dit que la santé était un droit humain. Néanmoins, la génomique ne risque-t-elle pas au contraire d’élargir l’écart social entre les diverses couches de la population et entre les peuples ?

Montagnier : La génomique est une entreprise à long terme. Les politiciens doivent comprendre cette notion. Le but final de cette aventure est de procurer des soins moins chers que ceux offerts par le système de santé actuel.

Burrill : Les maladies ne connaissant pas les frontières, c’est pourquoi une coopération doit exister pour que chaque pays puisse bénéficier des avantages de la génomique.

Knoppers : Les connaissances de la génomique pourront éviter de futures pandémies au niveau mondial.

Montagnier : Les maladies ne doivent pas être seulement observées par le point de vue génétique. En effet, la nutrition et l’environnement jouent un rôle important dans le développement des maladies. C’est pourquoi connaître les prédispositions à certaines maladies ferait en sorte d’adopter des habitudes de vie saines en vue d’éviter ces maladies.

Question : Comment former une nouvelle génération de chercheurs ? Que faire pour que les adolescents s’intéressent davantage aux sciences ?

Orville : On remarque que les inscriptions universitaires dans les programmes scientifiques sont en baisse. Pour inverser cette tendance, il faudrait montrer aux élèves comment la science change la vie quotidienne en l’améliorant et la protégeant. C’est la clef pour les rejoindre.

Montagnier : En effet, les élèves de la nouvelle génération démontrent peu d’intérêt pour les sciences. Il manque une connaissance de base, de solides concepts, ceci entraîne une difficulté d’interprétation du monde qui les entoure. À ce niveau, le rôle du médecin est d’autant plus important. Il doit non seulement s’adapter aux nouvelles technologies, mais aussi garder continuellement le dialogue entre la médecine et le patient, en envisageant notamment des suivis via Internet comme contact avec le patient.

Burrill : Nous pouvons qualifier la génération actuelle de jeunes adultes et d’adolescents de génération Ipod. Cette génération a accès à une quantité sans limites d’informations. La question que l’on doit se poser est la suivante : comment utiliser ces informations ? En favorisant le bien-être.

Question : Le changement se heurte fréquemment aux mentalités établies. Les patients sont méfiants, les gouvernements conservateurs par rapport au défraiement des financements. Comment faire pour apporter ce changement malgré quelques appréhensions ?

Burrill : C’est un long processus, mais le bouche à oreille fera en sorte que chacun sera convaincu des efforts à poursuivre dans la voie de la génomique, jusqu’à intégrer l’ensemble de la population dans ce projet.

Question : Comment les biobanques pourront améliorer l’usage personnel de la génomique ?

Knoppers : L’importance du financement réside la création d’infrastructures qui permettront d’étudier et de comparer les maladies. Ainsi, d’un traitement administré de manière générale à l’ensemble de la population, nous passerons à un traitement personnalisé, adapté à l’individu.

Question : Quel est le rôle des biobanques dans le système de santé ?

Orville : Le principal point des biobanques est le partage des connaissances. De cette manière, la génomique permettra aux pays en voie de développement de bénéficier des percées technologiques et des connaissances acquises grâce à la génomique.

Question : Vous parlez d’investissements à long terme, mais quel effet aurait un système financier malade, ne pouvant plus délier les cordons de la bourse pour la recherche en génomique ?

Burrill : Le monde financier va assister à la création de nouveaux types de compagnie, sous différents modèles. Lors d’une crise économique, lorsque la survie vous rapproche de l’échec, il faut devenir inventif. C’est par l’innovation que la génomique s’en sortira.

Question : Quelles sont les conséquences d’un manque d’investissement sur les jeunes chercheurs ?

Montagnier : Les investissements privés devront prendre la relève. La situation économique imposera un changement de modèle. Finalement, les chercheurs travailleront internationalement, bénéficiant ainsi des connaissances et technologies étrangères.

Burrill : Je vais vous donner un exemple. Il y a quelques dizaines d’années, personne dans la population ne savait ce que faisait l’ADN. Les recherches scientifiques espéraient trouver un lien entre les diverses maladies génétiques et la précieuse double hélice. Néanmoins, les investissements privés furent nombreux, non pas par l’appât du gain, mais car chacun avait plus ou moins proche de lui une personne atteinte de la maladie de Parkinson ou de l’Alzheimer. Ce qui va motiver les jeunes chercheurs et la population est l’espoir.

Question : Que faire par rapport aux pays pauvres ne pouvant investir massivement dans la recherche scientifique ?

Montagnier : La génomique est un projet mondial. Le but de ces recherches et de trouver un remède ou de prévenir de nombreuses maladies communes, touchant la majorité de la population mondiale.

Question : Comment rassurer le public quand on parle de bioéthique ?

Knoppers : La carte génomique doit être considérée comme de l’information banale, ordinaire. Oui elle doit être protégée, pour éviter tout abus, mais elle doit être désacralisée pour pouvoir lancer des recherches de grande envergure.

Question : Pour finir, en deux mots, selon vous, quelles sont les priorités d’investissements dans la génomique ?

Knoppers : Les infrastructures.

Montagnier : La prévention et le soin des maladies chroniques.

Orville : Une approche médicale plus diversifiée.

Burrill : Améliorer les soins aux patients.

Sources photographiques :
Dr. Knoppers : Research in Europe, Ethics commitees, facing the future together.

M. d’Orville : The club of Rome European support center.

Pr. Montagnier : Nature medecine.

M. Burrill : University of Winsconsin-Madison.

Dr. Tardif : Cyberpresse.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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