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Entrevue avec Maryse Deschênes, Directrice du Service de Placement de l’École Polytechnique


Quel est le mandat du service de placement?

Permettre aux étudiants d’acquérir de l’expérience dans leur domaine d’étude De favoriser l’intégration des finissants en collaboration avec les associations étudiantes De développer et de maintenir les relations avec les entreprises et les finissants Plus spécifiquement au niveau des stages, l’école a une obligation morale de placer ces étudiants lorsqu’elle rend obligatoire les stages. Notre rôle est donc de générer le plus d’offre de stage possible… en tenant compte du marché de l’emploi, parce qu’il est clair pour le SP qu’il est impossible de générer de l’emploi dans des domaines qui sont à plats..

Pourquoi les stages sont devenus obligatoires à Poly?

En fait l’école a toujours eu des COCEP qui sont des comités consultatifs dont le rôle était de conseiller l’école sur les besoins industriels, de valider la pertinence des cours en fonctions des besoins industriels et finalement de donner son input sur la formation que l’école donnait. Chaque département ainsi que l’administration a son propre COCEP formé de gens de l’industrie.
À travers ses comités, on parlait des aspects plus faibles de la formation donnée à Poly et un de ces aspects était le «pratique». Ce message a longtemps été véhiculé par ces comités, et il y avait des industries qui réclamaient à corps et à cris des stages.
Comme l’école était assez importante en terme de volume d’étudiants, l’inquiétude a toujours été: « serions-nous capable de répondre à cette obligation de stage pour tous nos étudiants? ». Parce que c’est quand même une obligation importante et ce serait très grave de promettre et de ne pas livrer la marchandise sachant qu’il y a avait déjà d’autres établissements comme Sherbrooke ou l’ETS bien implantés dans les stages.
Avant l’avènement des stages, on avait des emplois d’été axés sur la carrière où nos étudiants travaillaient dans leurs domaines d’études. Comme nous générions à l’époque 500 emplois d’été axés sur la carrière, nous nous sommes dit on y va avec les stages. Nous avons commencé avec Mines et géologique en 1989, qui est rapidement devenu un programme coopératif. Des stages facultatifs ont été instaurés dans les autres programmes dès 1992. Finalement en 2005, l’École décidait d’embarquer complètement en instaurant le stage obligatoire.

Pensez vous que les finissants provenant de programmes coopératifs ne seront pas avantagés à l’embauche parce qu’ils auront plus d’expériences professionnelles que nous?

Non, je ne pense pas. Même si ce n’est pas un programme alternance – travail, rien n’empêche les étudiants de Poly de faire plus d’un stage. Donc c’est l’étudiant qui décide combien de stages seront nécessaires pour intégrer le marché du travail. D’ailleurs on s’est rendu compte que dès que l’étudiant a une expérience qu’elle soit de 4 mois ou de 8 mois, il intègre très rapidement le marché du travail.
En fait les employeurs regardent surtout la qualité du stage et les responsabilités que l’étudiant a eues. D’ailleurs dans les programmes coopératifs, les stages sont souvent gradués : les premiers servent souvent de sensibilisation au métier d’ingénieur, ce sont donc surtout des emplois d’été. Donc je pense que pas du tout que d’effectuer un seul stage pénalise les étudiants dans l’obtention d’un emploi.

Comment se comparent les taux de recrutement des finissants avant et après l’instauration du stage obligatoire?

Ces taux restent relativement élevés, dans l’ordre de 90%. Ce que [l’instauration du stage obligatoire] change ce n’est pas le taux de recrutement mais le temps d’intégration au marché de l’emploi. Pour un étudiant ayant fait un stage le temps d’intégration est quasi immédiat à la sortie, tandis que pour un étudiant n’ayant pas fait de stage le temps d’intégration peut varier entre 3 mois et 1 année. Mais finalement après une année les taux sont toujours dans les 95-98%.

Pourquoi cette règle des 80 crédits? Pourquoi nous exclure si on n’a pas effectué de stage passé 80 crédits?

Vous n‘êtes pas exclu, vous rentrez dans une situation qui est inconfortable. Mon inquiétude était que si il n’y avait pas une contrainte, nous aurions pu nous retrouver à une session de la fin du baccalauréat avec peut être 40% des étudiants qui n’ont pas fait de stage! Est-ce que l’école souhaite arriver à une situation de fin de parcours avec des étudiants qui ne peuvent pas graduer parce qu’ils n’ont pas fait leur stage obligatoire? Donc cette contrainte de 80 crédits est une balise, mais c’est une balise qui peut être reportée dans un délai raisonnable.
C’est juste une prise de conscience, pour faire comprendre à l’étudiant que « il te reste 3 sessions à compléter et il faut que tu fasses un stage ». Il faut se dire qu’il y a des étudiants qui ne font aucun effort, parce qu’ils ont décidé de faire leur stage je ne sais trop quand. Donc nous quand on les rencontre, on leur fait prendre conscience qu’ils n’ont pas fait de stage et que plus ils attendent plus ce sera difficile, et que on les autorise pour cette fois ci, mais la prochaine fois il faudra qu’il se trouve un stage. Aussi il y a des étudiants qui ont des dossiers scolaires très faibles alors ces étudiants là, il faut les conscientiser pour leur dire qu’il faudrait peut être qu’ils prennent une session d’été pour avoir un stage en automne ou les chances sont plus grandes …
D’ailleurs cette règle existe partout, à l’ETS l’étudiant qui n’a pas fait son premier stage, il est « out »! Sinon c’est l’anarchie.

Depuis la refonte des programmes du bac et l’instauration du stage obligatoire, y a-t-il eu un impact au niveau du recrutement des étudiants?

Peut-on en mesurer l’impact? Je dirai que nous nous rendons compte, grâce aux commentaires des employeurs, que les étudiants sont de plus en plus ouverts. Nous observons aussi que les règlements face aux stages obligatoires conscientisent les étudiants et ils font plus d’efforts pour se trouver des stages.
Par rapport aux employeurs, ils constatent que la formation donnée est très solide car les étudiants sont rigoureux et savent travailler. L’aspect négatif est surtout au niveau des habiletés HPR, où malgré une amélioration il y a encore du chemin à faire. Les entreprises considèrent que le savoir est aussi important que le savoir vivre.

Pour postuler à un poste sur le site du service de placement, il faut passer par une série d’étapes redondantes en plus de fournir des documents dans des formats peu actuels. Le site web n’est il pas un peu archaique?

Oui, j’en ai d’ailleurs parlé avec M. Deschenes et Mme D’Avignon (respectivement président et VP Éducation sortants). Malheureusement et nous en sommes conscients depuis des années; et depuis des années je demande à notre consultant de permettre aux étudiants de déposer leur document en pdf et il ne peut pas le faire. L’entreprise qui a développé notre logiciel n’est peut être pas aussi performante qu’elle devrait l’être et elle ne peut pas livrer la marchandise.
Depuis qu’elle a changé son mandat et s’est dirigé vers d’autres activités que le développement d’application web et de base de données, de sorte que le produit n’a pas été amélioré depuis de nombreuses années. J’en suis tout à fait consciente et nous vivons avec, mais malheureusement l’entreprise ne peut pas répondre à notre besoin depuis 4-5 ans que l’on demande, et malheureusement je n’ai pas les fonds pour investir dans un nouveau système. Pour l’instant je sais que ce n‘est pas l’idéal mais c’est ça.

Avez-vous des feedback des employeurs lorsqu’ils reçoivent ces documents dans ces formats?

Non, de façon général je suis d’accord que c’est peu être moins beau que dans une autre université, mais il y a d’autres universités où les étudiants ne font pas de lettre de motivation. Mais je dirai qu’une chose est plus importante que le format de la lettre, c’est le contenu et la rédaction de la lettre. J’ai des commentaires d’employeurs pas sur la présentation, mais des lettres remplies de fautes.
Les frais de stages sont comptabilisés comme des frais de cours. Ainsi un été de stage coute 318$ aux stagiaires. Ces frais sont ils des frais administratifs?

Oui. En fait tenir un bureau comme le notre coute très cher, et ce service n’est aucunement subventionné par le Ministère de l’Éducation. Il ne fait pas partie du service aux étudiants donc ne reçoit pas les subventions qui y sont dédiés parce qu’il y a plusieurs années c’était le centre d’emploi du Canada sur campus qui subventionnait ce service. Alors quand ces centres se sont retirés, il y a eu des demandes pour que le Ministère reprenne le flambeau. Le Ministère a rejeté ces demandes mais l’École a fait le choix de maintenir et de faire grossir ce service.
Donc ces frais servent à financer une infime partie de ce service. Ça ne rencontre jamais les frais pour financer un tel service.


Quels sont les défis principaux auxquels le service de placement et les étudiants de Poly devront faire face dans les prochaines années?

Le défi pour nous est de continuer à augmenter notre performance. D’ailleurs nous progressons de 20% par année, et donc notre défi sera de faire cela pour que tout l’étudiant de Poly fasse un stage.
Et pour les étudiants, ce sera de s’ouvrir un peu. Moi je sens que les étudiants vont devoir être plus souple et être moins exigeant par rapport à certains aspects comme par exemple ne pas se donner une fenêtre de recherche d’emploi trop mince.

AVANT-PROPOS

Le point sur les stages
Quelle est la problématique? Comment en est on arrivé là? Qui sont les intervenants? Des réponses et bien plus encore…

ENTREVUES

L’École s’explique
Entretien avec Mme Maryse Deschênes, directrice du Service des stages et placement.

Le point de vue de l’AEP
Entretien avec Julien Grenier, vice-président à l’éducation de l’AEP

TÉMOIGNAGES

En première année et déjà en stage
Mathieu Gilbert, 1ere année de génie industriel et en stage chez Barrière QMB.

Le génie en milieu hospitalier
Joannie Desroches, 2e année de génie physique et en stage au CHUM.

Mots-clés : Dossier Stage (15)



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