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Génie et Culture : incompatibles?

CULTURE. Un mot qui peut susciter à Polytechnique différentes réactions rien que par la lecture de ses caractères : la curiosité de celui qui meurt d’envie d’apprendre autre choses que les modélisations de la semaine, ou le dédain de l’autre qui, en lisant ce journal, est persuadé qu’il a du se tromper de direction après avoir monté les rampes du métro. Ces deux réactions paraissent totalement contraires l’une de l’autre, mais un point commun existe : traiter de culture dans une boite d’ingénierie n’est pas monnaie courante. Après des heures d’accumulation de matière, tout autre type d’apprentissage devient un sujet à considérer avec beaucoup de délicatesse, ou tout simplement à proscrire. Est-il vraiment louable de traiter de ce sujet à Polytechnique ? Après toutes ces longues heures de travail ardu, n’est il pas temps que le professeur se taise ?

Les fameux longs discours parlant de l’alimentation de l’âme et de l’ouverture de l’esprit par le voyage culturel reviennent toujours en réponse à ce type d’interrogation. Ils ont d’ailleurs la grande habitude d’en endormir plusieurs… Certains n’hésitent pas à rétorquer en affirmant que leur âme est alimentée et leur esprit assez bien nourri par d’autres techniques assez personnelles et particulières de voyage vers les nuages… Finalement, d’autres pensent que ni discours évasif, ni feuille enroulée ne sont nécessaires pour atteindre ce haut point de l’expédition culturelle. Rien que l’observation leur suffit : l’observation profonde de la communauté étudiante de Polytechnique.
Une contemplation de l’espace d’études de Polytechnique ouvre les yeux sur un détail important. Mis à part la diversité et l’éclat de la couleur de ses murs, la présence de groupes de nationalités différentes est appréciable. DIFFERENCE. Encore un mot qui fait frémir les ingénieurs, non seulement par sa très forte ressemblance au mot DIFFERENTIEL, mais également par son opposition au terme GLOBALISATION. De nos jours, il semble urgent de tout unifier et toute différence doit être accommodée de sorte à devenir presque imperceptible. Elle en arrive presqu’à devenir gênante. Pourtant, s’imaginer en train de manger un seul type de mets, bouger sur seul un style de musique, vivre un seul climat tout le courant de l’année s’approche presque du cauchemar. Les nombreux désirs de voyager vers les tropiques de l’hiver, de bouger sur un rythme latin, de déguster des plats typiques dont en sont témoins les nombreux 5, 7de Polytechnique (cubain, mexicain, japonais, russe etc.) prouvent que la peur de la diversité est plus un prétexte qu’une réalité. A l’Ecole Polytechnique, 81 nationalités différentes se croisent dans les nombreux couloirs. Ne serait-il pas convenable d’en tirer profit ?

Mais le sujet de la diversité nécessite une approche délicate. Réaliser ou nommer les différences de plusieurs groupes peut contribuer à agrandir le fossé entre ces derniers : chacun s’allie alors autour de ses ressemblances pour éviter celles des autres. Rendre les différences unificatrices devient alors un défi difficile à relever : chez des étudiants pour qui le langage MATLAB constitue déjà un casse-tête, résoudre des problèmes par ceux partageant le même langage est certainement plus facile et plus efficace… Un comité de l’École Polytechnique, pourtant, ose.
Quelques mois seulement après sa fondation, l’objectif ultime de celui-ci fut atteint : présenter dans un seul espace, plusieurs nationalités différentes aux polytechniciens, et ceci dans une atmosphère bien loin de celle des relations prof à élève des salles de classes. L’ambiance de fête dans laquelle s’échangeaient les informations entre étudiants-exposants et sur la même ligne au deuxième étage du pavillon principal ainsi que la salle remplie de l’Amphithéâtre-Bell où la diversité s’exprimait par la musique, les chants et la danse, prouvent que Polytechnique était assoiffée de culture. Le 30 et 31 mars 2006 a eu lieu à l’Ecole Polytechnique un événement auparavant jamais réalisé. Jeune de quelques mois, après s’être battu pour la reconnaissance et la justification de ses objectifs, ce comité de l’Ecole Polytechnique fut récompensé : « La première édition des Journées Interculturelles » s’affirma avoir été une grande réussite et fut en nomination, pour le titre de « meilleure activité de l’année ».

La culture ne s’arrête pas aux discours ou aux observations à distance. Elle doit être touchée, écoutée, goûtée, embrassée par tous les sens. Un étudiant en génie, dont presque chaque cours est flanqué d’un lab de deux heures, sait qu’expérimenter rapproche le théorique de la réalité et augmente du même coup l’intérêt pour la matière (C++ étant l’exception qui confirme la règle !!!). PolyCultures le comprend et a réitéré ce concept par ses autres activités telles les LIGNES ET ACCORDS où plus d’une vingtaine de peintres, de musiciens, de chanteurs et d’écrivains de l’École Polytechnique ont été présentés a la communauté, le carnaval du monde MASKARADE et l’ambiance chaude du sud CALIENTE, organisées en collaboration avec le Pub, où musique et mets ont pu être découverts dans un décor exotique.
« Faire de Polytechnique un espace où tous les couloirs mènent à un seul carrefour rassembleur » eut à dire un membre de PolyCultures pour décrire son objectif. Cette affirmation peut avoir l’air de slogan de campagne d’un candidat de présidentielle, mais elle ouvre pourtant l’esprit à nombreuses possibilités, plus précisément à 81. Cette année, PolyCultures invite les étudiants de Polytechnique à joindre ses rangs pour réaliser ce projet, principalement par « la troisième édition des Journées Interculturelles » cet automne et par ArenA, solide compétition de divers styles de dance en hiver 2009. Il est possible de montrer, ensemble, encore une fois, que la diversité peut être unificatrice et que Génie et Culture : C’EST COMPATIBLE!!!

Mots-clés : polysphère (21)

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