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J’ai mal à ma planète!

Par Hugues Imbeault-Tétreault

J’ai le bonheur cette semaine de vous présenter un livre qui me tient à coeur : Mal de Terre d’Hubert Reeves. Astrophysicien reconnu né à Montréal, l’auteur passe une importante partie de son temps à la vulgarisation scientifique et à la défense de l’environnement. Mal de Terre est un des derniers d’une série d’une vingtaine de livres de ce genre. Il dresse un bilan très inquiétant de la situation actuelle de notre planète, en prenant la forme d’une interview. Reeves y aborde 6 thèmes : la pollution atmosphérique, l’énergie, l’agriculture, les déchets dangereux, la protection des animaux et la situation humanitaire; bien que l’accent soit mis sur les trois premiers.

Je crois que la première chose qui frappera le lecteur est la vision étendue de Reeves. Dans le chapitre de l’énergie, il évoque les scénarios énergétiques possibles après l’aire des combustibles fossiles. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui réfléchit à des sources d’énergie qui dureront jusqu’à l’extinction du soleil dans cinq milliards d’années! En fait, pour Reeves, le court terme signifie les prochaines décennies ou siècles, le moyen terme, les prochains milliers d’années, et le long terme, dans plus d’un million d’années. Le mot « durable » prend alors tout son sens.

Toujours au sujet de l’énergie, l’auteur fait le constat que la relance du nucléaire n’est qu’un baume temporaire, puisque les réserves d’uranium-235 dureront pour encore un siècle, soit moins longtemps que le charbon. D’autres technologies en développement dureraient beaucoup plus longtemps, un millier d’années, mais encore là, souhaitons-nous hypothéquer notre descendance avec les déchets radioactifs? Bref, la conclusion est : pourquoi ne pas faire le « switch »
pour les énergies renouvelables maintenant, puisqu’il faudra le faire un jour de toute façon.

La partie sur la pollution atmosphérique est principalement consacrée aux changements climatiques. Cependant, il est intéressant d’y lire une mise à jour sur les problèmes qu’on croyait réglés comme les pluies acides et l’amincissement de la couche d’ozone. Bien que la situation se soit beaucoup améliorée dans ces deux cas, certaines inquiétudes persistent.

Plusieurs inquiétudes sont également présentes dans le secteur agricole mondial. Bien que la population planétaire ait explosé durant le dernier siècle, l’agriculture a su augmenter sa productivité à un rythme encore plus rapide. Cependant, des signes d’essoufflement se font sentir. L’agriculture étant le secteur qui consomme le plus d’eau sur la planète :
les lacs et les nappes phréatiques s’assèchent, les sécheresses sont donc de plus en plus sévères. Il en est de même pour l’érosion des sols. Les océans se vident de leurs poissons et les forêts disparaissent. La destruction des habitats est si importante que Reeves annonce le début d’une nouvelle extinction du règne animal, la sixième de l’histoire de la Terre.

Ce que Reeves réussit le mieux à faire en dressant un bilan global de la situation est de nous ouvrir les yeux sur ce qui se passe sur notre planète. Ce n’est pas dans notre vie de tous les jours qu’on peut prendre connaissance des enjeux écologiques. C’est un peu comme si on vivait dans de la ouate. On dépose les déchets sur le bord de la rue et le lendemain, ils ont disparu comme par magie. On consomme comme des malades sans être conscient de toutes les infrastructures nécessaires pour produire toutes ces « gogosses ». On peut manger ce que l’on veut à n’importe quel jour de l’année. C’est difficile de se rendre compte que ça va mal quand tout semble bien aller autour de soi. Je crois que Mal de Terre provoque une prise de conscience, pas seulement au niveau des changements climatiques ou de l’énergie, mais une prise de conscience globale. Par ailleurs, une des illustrations du livre montre une carte du monde nocturne vu de l’espace où on y montre les lumières des villes ainsi que les zones où ont lieu les feux de forêts et l’exploitation pétrolière par la combustion du méthane.

Sans être un livre déprimant, Mal de Terre réussit à susciter un vif intérêt et laisse à la fin une lueur d’espoir avec un chapitre centré sur l’action. Je crois sincèrement que tout le monde devrait le lire. À votre tour d’en juger.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.