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Comptabilité suicidaire + lavage de vitre newtonien

Dans Plate-forme, une œuvre écrite et mise en scène par Marc Marans, le suicide dit fataliste percute non pas le sol mais le gros bon sens. Serge, interprété par Vincent Leclerc, est comptable et se retrouve sur le toit de son building, prêt à sauter. Sa déprime est causée par le feeling qu’on a tous un jour où l’autre : ma job est plate, mon boss est un con, je m’ennuie, la vie c’est d’la marde. So what ?! de lui répondre Steve, le laveur de vitre incarné par Stéphane Franche.

De là démarre l’aventure de Steve et Serge sur la fameuse plate-forme à l’extérieur d’un building, plusieurs étages au-dessus du sol. Le cri à l’aide du comptable est entendu par notre laveur de vitre mais celui-ci n’entre pas dans la dynamique que le pousseux de crayon tente de créer. « Libre and let libre » (sic)! Steve comprend vite que le suicide est une manifestation du désespoir dont Serge veut se libérer plutôt qu’une réelle intention de mourir. Les essais de manipulation ne fonctionnent pas mais démontrent la tendance de Serge à la fuite (sa vie, ses problèmes et maintenant son suicide).

L’esprit analytique et sensible du comptable confronté à l’attitude terre-à-terre et au jour le jour du manœuvre donnent lieu à des envolées qui malheureusement ne débouchent pas et nous laissent sur notre faim. La frustration que l’on ressent alors m’a rappelé celle à laquelle on se cogne lorsque l’on converse avec certaines personnes qui se disent de l’école du gros bon sens mais semblent plutôt se cloîtrer dans une obscurité mentale pour des raisons que je ne peux qu’extrapoler comme étant de la paresse, la peur de l’inconnu, d’aller voir plus loin, de rencontrer un défi et de faire face à ses propres limites devant des questions sans réponse. Cela génère un dialogue qui surprend à chaque réplique et dont on ne peut prévoir les rebondissements.

Étonnamment, le laveur de vitre est au fait de la première loi du mouvement de Newton : « Tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état. » Est-ce donc pour éviter les questions existentielles que Steve s’est attelé à l’étude de la mécanique newtonienne ? Les concepts de masse, poids et résistance de l’air sont abordés et ont fait appel à ma fibre scientifique… Je vous invite à prendre un pari sur lequel des deux personnages souffre d’un trouble mental !

Les références au temps qui passe et la vie qui tourne en rond dans sa cage sont nombreuses, tant dans le texte que dans les environnements sonore et visuel. La scénographie de Julie Deslauriers combinée aux éclairages d’Eddie Rogers construit intelligemment l’échafaudage de l’ambiance sans nous distraire du propos.

Plate-forme, produit par OCTO productions (octoproductions.com), est présenté à la salle Calixa-Lavallée (au cœur du Parc Lafontaine), 3819 av. Calixa-Lavallée, du 17 octobre au 8 novembre 2008 à 20h. Réservations 514-509-9954. Texte et mise en scène :
Marc Marans. Interprètes : Stéphane Franche et Vincent Leclerc.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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