Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le Grand Cahier

Les jumeaux Klaus et Lukas, personnages clés du roman culte Le Grand Cahier d’Agota Kristof, débarquent cette semaine à la salle intime du théâtre Prospero pour nous raconter leur terrible histoire, dans un effort d’endurcissement de l’esprit. Laissés aux bons soins de leur horrible grand-mère afin de fuir la guerre qui fait rage dans la Grande Ville, les jumeaux doivent apprendre à se débrouiller par eux seuls dans un monde qui leur est fort hostile. Afin de ne plus souffrir des blessures physiques et morales qui leur sont constamment infligées, ils se mutilent physiquement et se soumettent à un exercice d’écriture neutre et objectif. « Il est interdit d’écrire : “la Petite Ville est belle”, car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu’un d’autre. » Les écrits, lorsque satisfaisants, sont transcrits dans Le Grand Cahier, que les jumeaux prennent soin de bien cacher. Et c’est ainsi qu’ils se forgent une personnalité déroutante et hors du commun.

La metteur en scène Catherine Vidal, quant à elle, s’est soumis à l’exercice de transposer sur scène ce fascinant et troublant roman qu’est Le Grand Cahier. Autant vous le dire tout de suite, cet exercice est des plus réussies. Pour ce faire, elle s’est entourée des comédiens Renaud Lacelle-Bourdon et Olivier Morin, qui interprètent les jumeaux. C’est à travers eux que l’histoire nous est livrée, et que les multiples personnages nous sont racontés, que ce soit la Mère, la Grand-Mère, la voisine Bec-de-Lièvre, le Curé, l’Officier, le Docteur, le Père ou la perverse Servante de la cure. La minuscule scène de la salle intime du Théâtre Prospero, où le spectateur a l’impression de faire partie du décor, est totalement habitée par les deux jeunes acteurs. Les décors sobres donnent quant à eux l’impression que tout a été bricolé par les jumeaux, nous plongeant tout droit dans leur univers singulier. Le vieux gramophone et les quelques éclairages complètent le lugubre univers imaginé par Agota Kristof. Le spectateur y est plongé dès son entrée dans la salle, où les acteurs occupent déjà l’espace théâtral.

À l’image du roman et des décors, les textes sont écrits et livrés par les jumeaux dans un vocabulaire minimaliste, avec des phrases courtes et beaucoup de dialogues. L’interaction des enfants avec les autres personnages (tous plus dérangés les uns que les autres) est déroutante.

La pièce d’une heure et quart (sans entracte) est divisée en plusieurs courts chapitres, qu’on imagine bien tirés du Grand Cahier dans lequel écrivent Klaus et Lukas. Étonnamment, même s’il s’agit d’un récit noir à forte teneur psychologique sur les dangers de la guerre et du totalitarisme, la pièce réussit à faire rire les spectateurs à plusieurs reprises, ne serait-ce que par la façon très caractéristique qu’ont les jumeaux de livrer leur récit, ou par l’humour noir dont est teinté l’ensemble de l’œuvre.

Le Grand Cahier d’Agota Kristof Mise en scène de Catherine Vidal. Avec Renaud Lacelle-Bourdon et Olivier Morin.

Mots-clés : Théâtre (92)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Dans la même catégorie

Entrevue avec Cœur de Pirate

14 août 2009

Dans toute l’histoire de la piraterie on retiendra le nom de 3 femmes célèbres : Anne Bonny, Mary Read et Béatrice Martin. Si les deux premières ont passé leur carrière déguisées en hommes à parcourir les sept mers, la troisième navigue depuis plusieurs mois entre le Québec et la France pour remplir les salles de concert et les pelouses des festivals. Le Polyscope a rencontré pour vous cette flibustière au grand coeur. Le 25 juin...

Y’A PIRE AILLEURS

21 octobre 2011

Après La vie comme elle va et À vous Najac, ici la Terre, voici le nouvel opus qui clôt la trilogie sur cette petite ville du sud ouest de la France. On retrouve ses mêmes habitants dans leur quotidien. Journée à la pêche laborieuse, ribambelle de scouts jaunes à la gare, dépeçage d’animaux en tout genre. On vit au rythme de la campagne, bien loin des turpitudes de la ville, mais l’on ne s’ennuie...

Durarara!! (Non, ça ne veut rien dire et oui, deux points d’exclamation)

27 janvier 2012

Cette semaine, nous partons pour un monde où se mélangent le réel et l’imaginaire, le réalisme et le fantastique : celui de Durarara!!. Aussi connue comme DRRR!! ou Dyurarara!!, cette série a d’abord été créée sous forme de light novel (roman illustré) par Ryohgo Narita et Suzuhito Yasuda. C’est en 2010 qu’elle sera adaptée en anime et diffusée au Japon. L’action se situe dans la ville d’Ikebukuro, qui existe bel et bien, dans les...