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Le Grand Cahier

Les jumeaux Klaus et Lukas, personnages clés du roman culte Le Grand Cahier d’Agota Kristof, débarquent cette semaine à la salle intime du théâtre Prospero pour nous raconter leur terrible histoire, dans un effort d’endurcissement de l’esprit. Laissés aux bons soins de leur horrible grand-mère afin de fuir la guerre qui fait rage dans la Grande Ville, les jumeaux doivent apprendre à se débrouiller par eux seuls dans un monde qui leur est fort hostile. Afin de ne plus souffrir des blessures physiques et morales qui leur sont constamment infligées, ils se mutilent physiquement et se soumettent à un exercice d’écriture neutre et objectif. « Il est interdit d’écrire : “la Petite Ville est belle”, car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu’un d’autre. » Les écrits, lorsque satisfaisants, sont transcrits dans Le Grand Cahier, que les jumeaux prennent soin de bien cacher. Et c’est ainsi qu’ils se forgent une personnalité déroutante et hors du commun.

La metteur en scène Catherine Vidal, quant à elle, s’est soumis à l’exercice de transposer sur scène ce fascinant et troublant roman qu’est Le Grand Cahier. Autant vous le dire tout de suite, cet exercice est des plus réussies. Pour ce faire, elle s’est entourée des comédiens Renaud Lacelle-Bourdon et Olivier Morin, qui interprètent les jumeaux. C’est à travers eux que l’histoire nous est livrée, et que les multiples personnages nous sont racontés, que ce soit la Mère, la Grand-Mère, la voisine Bec-de-Lièvre, le Curé, l’Officier, le Docteur, le Père ou la perverse Servante de la cure. La minuscule scène de la salle intime du Théâtre Prospero, où le spectateur a l’impression de faire partie du décor, est totalement habitée par les deux jeunes acteurs. Les décors sobres donnent quant à eux l’impression que tout a été bricolé par les jumeaux, nous plongeant tout droit dans leur univers singulier. Le vieux gramophone et les quelques éclairages complètent le lugubre univers imaginé par Agota Kristof. Le spectateur y est plongé dès son entrée dans la salle, où les acteurs occupent déjà l’espace théâtral.

À l’image du roman et des décors, les textes sont écrits et livrés par les jumeaux dans un vocabulaire minimaliste, avec des phrases courtes et beaucoup de dialogues. L’interaction des enfants avec les autres personnages (tous plus dérangés les uns que les autres) est déroutante.

La pièce d’une heure et quart (sans entracte) est divisée en plusieurs courts chapitres, qu’on imagine bien tirés du Grand Cahier dans lequel écrivent Klaus et Lukas. Étonnamment, même s’il s’agit d’un récit noir à forte teneur psychologique sur les dangers de la guerre et du totalitarisme, la pièce réussit à faire rire les spectateurs à plusieurs reprises, ne serait-ce que par la façon très caractéristique qu’ont les jumeaux de livrer leur récit, ou par l’humour noir dont est teinté l’ensemble de l’œuvre.

Le Grand Cahier d’Agota Kristof Mise en scène de Catherine Vidal. Avec Renaud Lacelle-Bourdon et Olivier Morin.

Mots-clés : Théâtre (92)

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