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Entrevue avec Laurence Haïm, correspondante à NYC

Laurence Haïm est correspondante pour Canal Plus (une chaîne de télévision française) à New York. Seul journaliste étrangère à avoir eu la chance d’interviewer Obama durant sa campagne, cette journaliste d’expérience, nous dévoile les coulisses de la campagne.

Les médias ont-ils eu un rôle important dans l’élection de Barack Obama ?

Oui, les médias ont joué un rôle extrêmement important dans cette élection, ils ont d’abord suivi les courbes d’audience et se sont aperçus que les Américains étaient fascinés par cette élection. Ensuite, ils ont tous été dans l’ensemble selon moi séduit par la façon de communiquer de Barack Obama et ils ont à mon avis pour la plupart d’entre eux fait une couverture très différente de ce qu’ils avaient fait lors des élections présidentielles précédentes.

Et cela a-t-il avantagé Barack Obama ?

Je ne sais pas si cela a pu l’avantager, j’ai eu l’impression qu’ils ont été plus durs avec les républicains qu’avec les démocrates, en tout cas avec Barack Obama, parce qu’avec Hillary Clinton, ils ont été très durs à cause des relations compliquées entre la presse et les Clinton.
Hillary Clinton ne donnait pas accès du tout aux médias. Et les primaires démocrates qui ont duré jusqu’en juin n’ont pas avantagé la couverture médiatique républicaine, c’est-à-dire qu’au début février on savait que ça allait être John McCain le nominé, or la course des démocrates a duré plus longtemps que celle des républicains. Les médias américains ont couvert les primaires démocrates avec des moyens sans précédant et j’ai toujours eu l’impression que du côté républicain, il y avait moins de temps d’antenne.

Selon vous, Obama a-t-il gagné grâce à sa communication (nouvelle), ou à cause de la crise (avec l’administration Bush), ou à cause de Sarah Palin ?

Je pense que ce sont les deux premiers points, et Sarah Palin n’a pas été si désastreuse que cela pour John McCain, la première semaine après la nomination de Palin, McCain était coude à coude avec Obama et c’est au moment où il a fait son discours sur la crise économique en disant que « les fondamentaux de l’économie américaine étaient bonnes » que ça à commencer à chuter, après il y a eu les interviews de Sarah Palin. Mais elle a d’une certaine manière énergisé le parti républicain avec des foules extrêmement nombreuses qui allaient la voir et avec des records d’audiences. Je pense que Barack Obama a été beaucoup avantagé grâce à sa communication, par le changement qu’il incarnait et par également la crise économique.

Est-ce que vous pensez qu’Obama va décevoir avec toute l’attente que sucite son élection ?

Il y a un côté messianique dans le message d’Obama, c’est un effet mondial, les gens sont très inquiets de ce qu‘il se passe de manière globale dans le monde, les Américains en particulier parce qu’ils sont confrontés à deux guerres, avec une économie terriblement en crise et que maintenant on attend tout de quelqu’un qui suscite l’espoir. C’est un défi énorme, il va falloir voir ce que va faire l’administration Obama dans les cent premiers jours. Par contre, je pense qu’il faut faire attention au culte de la personnalité. La vraie question que tout le monde doit se poser est : peut-on critiquer Barack Obama ?
Étant journaliste politique, on doit absolument critiquer les politiques qui nous gouvernent. Ce n’est pas facile car ils ont des systèmes de communication extrêmement efficaces. Il ne faut pas être dupe, le monde du pouvoir est un monde compliqué où nous sommes garants de la démocratie. Les journalistes qui ont accès aux hommes politiques sont à même de poser des questions qui dérangent, et j’espère que l’administration Obama nous permettra de faire cela.

Jusqu’au dernier moment les démocrates ne croyaient pas à la victoire d’Obama, ils craignaient comme en 2000 ou en 2004, qu’il y ait une entourloupe, est-ce que vous avez ressenti cela ?

Non, ce n’est pas vrai, c’est de la bullshit, ils y croyaient tous mais ils étaient superstitieux, tout était déjà joué sur la crise économique et dans le mouvement du changement amené par Obama.

Pensez vous qu’Hillary Clinton avait déjà négocié son poste de ministre des affaires étrangères quand elle s’est retiré des primaires ?

Tout a été négocié quand ils se sont rencontrés chez Dianne Feinstein, la sénatrice de Californie, au lendemain de la victoire d’Obama dans les primaires]. C’est là où plein de choses ont été dealées. Et attention, regardez les nominations qui ont été faites ce sont des gens de l’administration Clinton [Bill] qui reviennent à la Maison Blanche.

Et vous pensez que c’est une mauvaise chose ?

Je pense qu’il en a besoin, il a besoin de gens du système à l’intérieur de la machine et je pense qu’il y a eu une unité qui c’est faite au sein du camp démocrate pour aider Obama. Hillary et Bill Clinton ont joué le jeu de la défaite. Ils ont bien été jusqu’au bout officiellement, maintenant le poste de « Secretary of State » [ministre des affaires étrangères] est un poste important, et 17 millions de gens ont quand même voté pour elle. Par conséquent, je trouve tout à fait normal qu’Hillary Clinton soit récompensée pour les efforts qu’elle a fais. Elle a fait campagne pour lui, Bill aussi, ils ont mis à la disposition d’Obama des gens qui connaissent le système pour permettre une bonne transition à Washington. C’est tout le problème d’Obama à quel point il va utiliser le système et à quel point il va le rejeter.

Vous avez suivi Barack Obama depuis le début, pourquoi ?

Écoutez, c’est ma quatrième campagne présidentielle, quand j’ai commencé à voir Obama pour la première fois dans l’Ohio en août 2007, j’ai été très impressionnée. En tant que journaliste, on est intéressé d’être là au début de toute histoire, j’aurais pu vraiment me tromper. Tout le monde en août 2007 me disait qu’Hillary Clinton deviendrait présidente. J’ai cru en Obama au départ, je crois que j’étais l’une des rares journalistes étrangères à croire en Obama et au fait qu’il puisse devenir président. […]Mais je ne détiens pas la vérité suprême: en 2004, j’avais pris le pari de Bush, j’étais pour le coup la seule dans son avion à le suivre, là j’ai pris Obama, maintenant si vous voulez savoir qui j’ai envie de suivre en ce moment je peux vous le dire…

Et vous voulez suivre qui en ce moment ?

Sarah Palin, elle va être un personnage extrêmement important dans les années à venir dans la politique américaine.

Retrouvez le site de Laurence Haïm, correspondante permanente à la maison blanche sur son




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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