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Cocktail de la semaine

Versez 3 heures à Times Square, incorporez 2 heures chez les démocrates et saupoudrez de 15 minutes avec les républicains.

Après des mois d’attente et de fébrilité, le dénouement final des présidentielles américaines est finalement arrivé. Dans la ville de New York, de nombreux évènements étaient préparés : il aurait donc été ridicule de rester écrasé devant la télévision de l’auberge. Je me suis donc présenté à Times Square, où CNN avait littéralement transféré l’endroit : en effet, des techniciens avait monté une grande estrade et installé un écran gigantesque. Dès 19h, CNN rapporte que Barack Obama remporte le Vermont (3 Grands Électeurs) tandis que McCain obtient le Kentucky (8 GE). Cette déclaration m’a réellement supris, car dans le fond, ce n’était qu’une prédiction. Toutefois, un New-yorkais présent à Times Square m’a gentiment expliqué les bases du fonctionnement des prédictions électorales : les médias se basent sur les tendances électorales des dernières élections et des derniers sondages réalisés. Mais ils se fient surtout sur ce qu’on appelle les «exit polling», c’est-à-dire que les journalistes interrogent les électeurs aussitôt qu’ils sortent des urnes. Ces méthodes peuvent paraître simplistes, mais elles sont d’une redoutable fiabilité. A 20h, les urnes ferment dans 15 états, coup d’éclat : CNN donne 77 grands électeurs contre 34 pour McCain. La foule est très enthousiasmée : à la base, les New-Yorkais sont favorables aux démocrates, mais en plus, ils étaient rejoints par des étudiants et des touristes partisans d’Obama. Un de ces derniers, un fonctionnaire breton en vacances ici, m’a confié qu’il était ravi de voir Obama en avance dans les sondages, car il croit que sa victoire sera un exemple à suivre pour la population française qui selon lui, hésite encore à élire un individu d’origine étrangère à un poste prestigieux. À 21h, les scrutins ferment dans 15 autres états et une fois encore, CNN donne une avance écrasante aux démocrates. 4 minutes plus tard, les prédictions de CNN indiquent que les démocrates ont obtenu la majorité du Sénat. La situation semble très précaire pour les républicains de McCain. Puis vers 21h43, l’analyste politique John King lance une bombe médiatique sur les républicains : même s’il accorde tous les états restants à McCain, sauf les quatre de la côte pacifique (WA, OR, HW, CA), justifiant cette décision par un terre-à-terre « not gonna happen »,

McCain reste bloqué à 266 GE, soit 4 en-dessous de la majorité requise pour devenir président. Malgré toute l’excitation générée par cette nouvelle, une étudiante en science de l’environnement de Kingston, ON me confie qu’elle est très surprise de voir une implication si grande de la part de la population, et me fait remarquer qu’on est très loin de ce que l’on a pu observer aux dernières élections fédérales… Vers 22h, dans les 4 états qui ferment leurs bureaux de vote seul un est remporté par Obama, ce qui vaut une intempérie de huées de la part des New-yorkais présents. Cependant, les démocrates conservent une réelle avance (207 à 95). Je serais bien resté plus longtemps sur Times Square mais l’on m’attendait à l’hotel sheraton pout le party des démocrates de New York. C’est donc à cet endroit à 23h pile que j’ai assisté à la proclamation de Barack Obama en tant que 44ème président des Etats-Unis d’Amérique. Les démocrates ont visiblement raflés tous les sièges de la côte ouest. Un peu après que l’euphorie collective des partisans démocrates se soit un peu calmée, le gouverneur de l’état de New York, David Paterson entama un discours fort émouvant. Parmi les moments forts du discours, le passage suivant fut vraiment inspirant: « C’est un grand jour, que vous soyez asiatique, noir, hispanique ou blanc. Que vous soyez handicapé, que vous soyez âgé, que vous soyez gai ou lesbiennes, que vous viviez à la campagne ou dans les villes. Car aujourd’hui, nous avons appris que si l’on travaille fort et que si l’on essaye continuellement, on peut gagner aux Etats-Unis ». Le gouverneur prouva aussi qu’il était doté d’un bon sens de l’humour, alors que le state senator (sénateur de l’assemblé de l’état de NY) de l’état de New York Bill Perkins s’adressait à l’assemblé, des images de la Gouverneur Sarah Palin apparurent sur les écrans de CNN à l’arrière de la salle. Paterson rassurera son orateur confus : «No, no, no, it’s not you Senator. It’s someone who’s pale in comparison!» Rencontré une fois le discours terminé, M. Thomas P. Di Napoli, vérificateur général dans l’état de New York, jubilait à l’idée que les démocrates aient repris le contrôle de la Maison Blanche et du Sénat de New York, et que des nouvelles mesures sociales et économiques pouvaient être prises sans l’appui des républicains. Interrogé par rapport à la disposition d’Obama de bloquer les failles corporatives, Di Napoli a répondu que cette résolution pourrait être adoptée sans trop de difficultés. Il ajoute cependant que bloquer certaines failles ne fasse pas trop de tort au compagnie. Aussi, ils feront en sorte que certaines d’entre elles n’aient pas accès à certaines failles laissés ouvertes expressément pour ce temps de crise.

Et les républicains dans tout ça ?

À la sortie de la réunion des Jeunes Républicains de New York, certains membres ont mal pris la défaite. Un d’entre eux, visiblement ivre, injuriait avec une véhémence mal contenues tous les passants qui avaient le malheur de porter un macaron à l’effigie d’Obama. Un autre paranoïait à l’idée d’un désastre financier causé par les démocrates. Toutefois, il y avait quand même certaines personnes beaucoup plus rationnelles dont David Webb, cofondateur de l’organisation des noirs républicains. Questionné s’il trouvait le choix de Sarah Palin comme colistière était judicieux, M.Webb a dit qu’elle a apporté beaucoup d’énergie à la campagne et que sa personnalité ne laissait personne indifférent, quitte à l’aimer ou à la détester. Toutefois, il a plus tard admis qu’elle avait commis quelques erreurs durant la campagne.
La nuit fut longue, mais palpitante. Ce soir, les américains ont démontré au monde entier que plus que jamais, ils désirent voir du changement dans leur pays. Sur ce, le mot de la fin revient sans doute à une jeune supportrice d’Obama : « Je n’arrive toujours pas à y croire. Je trouve cela incroyable que j’ai pu assister à un évènement qui marquera à jamais ma vie, celle de ma famille, mon pays et peut-être même d’autres pays. Je pense également que ça pourrais redonner confiance aux citoyens dans le système électoral américain.»

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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