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Les impressions de 2 professeurs de Colombia

Maintenant que Barack Obama est élu à la présidence des État-Unis, il serait bien de savoir comment son gouvernement changera les choses. Le Polyscope s’est entretenu avec deux professeurs en sciences politiques de l’Université Columbia afin de faire le point sur deux sujets chauds, le système de santé et la politique étrangère.

Santé

Établissons d’abord quelques faits. Aux États-Unis, 47 millions d’individus sont sans couverture de maladie. De surcroît, les compagnies d’assurances couvrent leurs clients de moins en moins. Devant cette situation alarmante, les démocrates visent l’universalité des soins de santé.
Pr. Sharyn O’Halloran se spécialise en économie politique. Elle se dit également libérale. Toutefois, même si ses positions peuvent sembler conservatrices aux yeux des canadiens, elles ne sont vraiment pas dénuées d’intérêt, et surtout, elles tiennent comptent de certains aspects de la réalité américaine (dette et déficits énormes, population presque 10 fois plus nombreuse, etc.)

À première vue, le plan de santé d’Obama semble résoudre les plus grands défauts du système américain actuel. Cependant, croyez-vous que cela coûtera trop cher au contribuable ?

Et comment ! À 160 milliards $ par année pendant 10 ans, ce n’est pas de la petite monnaie. C’est trop pour une couverture qui est presque identique : il vaudrait mieux faire des efforts pour réduire les inégalités existantes. Par contre, je suis d’accord avec la proposition d’empêcher les compagnies d’assurance de refuser de couvrir un individu selon son âge et/ou son état de santé ou de charger plus cher, quitte à verser des subsides aux compagnies d’assurance.

Croyez-vous qu’un jour, un système de santé universel pourrait être implanté aux États-Unis ?

Malheureusement non. La population des États-Unis étant beaucoup plus grande que celle du Canada ou des pays d’Europe de l’ouest, cela entrainerait un cauchemar logistique. De plus, je crains qu’il y ait un rationnement des services offerts, et que la qualité des traitements se dégrade. En somme, j’estime que la moyenne des coûts augmenterait par rapport à la qualité offerte.

Vous dites que la qualité pourrait se détériorer dans un système de santé universel. Pourtant, selon une étude du New England Journal in Medicine, les Américains sont 30% plus susceptibles de mourir d’une maladie « médicalement évitable » que les canadiens. Comment expliquez-vous cette situation ?

Vous amenez un bon point. Aux États-Unis, la plus grande priorité est donnée aux traitements, mais il semble que l’usage de soins préventifs ne soit pas aussi expansif que dans les autres pays. C’est donc un point à améliorer.

Politique étrangère

Pr. Brigitte Nacos a consacré une bonne partie de ses recherches sur les médias de communication, sur le terrorisme et le contre-terrorisme.

Sur la balance politique, elle se dit de gauche quand aux causes sociales, mais plutôt de centre en fait de politique étrangère.
De nombreux républicains accusent Barack Obama d’être anti-Israël. Est-ce fondé ? Aussi, comment Obama contribuerait-il à résoudre le conflit israélo-palestinien ?

Il n’y a aucune indication concrète que Obama soit anti-Israël. Au contraire, un bon nombre de ses amis sont israéliens et ont voté pour lui. D’ailleurs, j’estime qu’Obama sera plus actif que Bush pour atteindre un accord de paix équitable dans ce conflit.

Comment Obama procéderait-il à retirer les soldats américains d’Irak ?

Il le ferait d’une manière structurée, afin d’éviter des conséquences trop graves. Il n’y a pas d’échéancier clair, mais Obama veut quand même effectuer un retrait le plus vite possible, ce qui contraste beaucoup avec McCain. Il est évident que le retrait d’Irak ne se fera pas immédiatement : ça serait irresponsable.

Croyez-vous que l’Iran soit en mesure de produire des armes nucléaires, et pensez-vous qu’Obama fait la bonne chose en tentant de dialoguer avec le président iranien ?

Je n’ai aucun doute quant à la volonté et la capacité de l’Iran de produire des armes de destruction massive, bien qu’ils ne soient pas aussi technologiquement avancés que la Corée du Nord. La question demeure quand. Effectivement, Obama fera de très grands efforts pour négocier avec l’Iran : on ne peut résoudre tous les conflits avec la force brute. Si jamais la diplomatie américaine ne fonctionne pas, les États-Unis auront plus de support de la part de l’Europe, et des sanctions économiques seraient appliquées. Ces sanctions seraient encore plus efficaces qu’auparavant, car le prix du pétrole a baissé considérablement ces temps-ci. Somme toute, Obama a fait le bon choix en optant pour le dialogue.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.