Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Starmania, ou la passion de Johnny Rockfort selon les évangiles télévisés

-Alors, comment t’as trouvé le spectacle ?

-Starmania ? La version opéra faite spécialement pour le 30e anniversaire de la production ? Tout simplement géniale ! C’est le meilleur show ever.

-Tout à fait d’accord avec toi. Je connaissais déjà très bien Starmania version rock, mais là, en version opéra, j’en reste bouche bée. Ils ont réussi à faire ressortir le côté opéra du concept d’opéra-rock de Michel Berger et de Luc Plamondon sans pour autant être ridicule, tout au contraire !

-Et puis l’intrigue, je la trouve poignante et plus qu’actuelle. Avec tout ce qui est dit sur les problèmes de crise économique, de dirigeants-dictateurs et d’hommes d’affaires, on ne saurait être plus ancré dans notre société !

-C’est sûr, mais je trouve que tu dresses un tableau bien sombre de l’histoire. Tout n’est pas noir quand même. Il y a trois histoires d’amour parallèles qui se développent au cours des deux heures de spectacle. La serveuse automate Marie-Jeanne et Ziggy, le disquaire androgyne, qui vivent un amour impossible, quelle histoire sublime ! Il y a aussi l’idylle médiatique entre l’homme d’affaires-politicien Zéro Janvier et la star déchue Stella Spotlight, et finalement l’histoire d’amour passionnel entre Johnny Rockfort, le chef des zonards qui deviendra par la suite le leader du groupe terroriste des Étoiles noires, et Cristal, animatrice TV de l’émission Starmania.

-En parlant des Étoiles noires, tu pourrais m’expliquer le lien entre elles, Sadia, Johnny et Zéro Janvier ?

-Ok. En gros, Zéro Janvier est un richissime homme d’affaire qui se lance en politique pour devenir président de l’occident et ainsi imposer ses idées totalitaires aux villes du monde. L’histoire se déroule à Monopolis, une sorte de mégalopole deshumanisée où gravitent en électrons libres les personnes qui se sentent rejetées de ce système ou incomprises. Pour tenter de renverser ce système, Sadia, chef du mouvement terroriste des Étoiles noires, demande à Johnny Rockfort de prendre la tête de la rébellion et du mouvement de revendication. À eux deux, ils organisent l’interview télévisée entre Cristal, charmante présentatrice de Starmania et Johnny Rockfort pour donner la parole au Étoiles noires qui sèment la terreur dans la ville. Étonamment, Cristal et Johnny tombent amoureux, ce qui provoque la jalousie de Sadia qui retourne sa veste et s’allie à Zéro Janvier.

-Ah! C’est pour ça qu’elle les dénonce lorsqu’ils mettent la bombe au Naziland (le 737 de Monopolis) ?

-Oui c’est ça, ce qui conduit à l’assassinat de Cristal et l’avènement au pouvoir de Zéro Janvier. En bref, ils font comme les chefs d’état actuels, ils utilisent une manifestation légitime pour mettre en place un état répressif et policé.

-Au fait, c’est quoi les airs que tu as préférés ?

-Moi j’adore la chanson de la serveuse automate Je veux pas faire comme tout le monde, mais je dois bien payer mon loyer : ça me rappelle mes jobs d’été. Sinon : « le monde est stone », j’ai l’impression que ça vient nous chercher au fond de nous même et qu’on a envie de se prendre la tête à deux mains de désespoir. En même temps, puisque le spectacle se termine par ce lever de soleil, c’est optimiste.

-Et vu que tu connaissais déjà les anciennes versions rock, que penses-tu de l’interprétation faite par les chanteurs de l’Opéra de Montréal ?

-Sincèrement, je dirais que la transition est merveilleusement accomplie. Les décors et la superbe chorégraphie ajoutent tellement au spectacle ! C’est sûr que certains textes passent moins bien à cause de quelques rimes qui semblent faibles. Mais l’émotion nous tient quand même tout au long du spectacle. Par exemple le moment où Johnny Rockfort tient dans ses bras le corps inerte de Cristal : la voix du baryton Étienne Dupuis, qui passe du grave à l’ultra aigu m’a fait frissonner. Qui ne s’identifierait pas à cet SOS d’un terrien en détresse ?

-Oui tu as raison, aujourd’hui, alors que les banques entretiennent volontairement la crise, et que les gouvernements essaient de nous transformer en simple ressource humaine (au même titre que des ressources minières), comment ne pas vouloir se révolter contre ces gens qui nous méprisent et nous mentent et ainsi agir comme Johnny Rockfort ?

-Bon, sur ce, pour ce dernier article culture de l’année 2008-2009, laissons aux lecteurs du Polyscope le soin de juger par eux-mêmes de l’extraordinaire qualité de cette représentation.

Articles similaires

Les Grands Ballets Canadiens : La Dame de Pique

23 octobre 2008

Si seulement toute la grâce des ballets pouvait accompagner la vie de tous les jours! Mais avant tout il vous faut savoir l’histoire de La Dame de Pique, ballet merveilleusement adapté du roman de Pouchkine. Le spectacle débute dans un café, où des officiers accompagnés de leurs belles jouent aux cartes. La tension règne dans cette assemblée, qui ne remarque pas qu’elle est observée de loin par un jeune homme. Hermann, officier de l’armée...

C’est noté : on reviendra

19 février 2010

La dernière causerie du CCA débute par le discours de Sylvia Lavin, du département d’architecture et d’urbanisme de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Le prestige distant de l’institution intrigue, et on se pique de curiosité pour À noter. Réalisée en partenariat avec des agences d’architecture, des universités et le CCA, À noter est entièrement dédiée au lien qui unit architecture et écriture. J’espère que Mme Lavin ne m’en voudra pas de la paraphraser...

Tyr aux Foufounes Électriques

31 mai 2010

Entre l’invasion mélodique des Vikings de Tyr aux Foufounes Électriques et la performance époustouflante du leader de Sigur Rós (Jonsi) au Métropolis, le dimanche 2 mai dernier était définitivement scandinave à Montréal. Mais ce soir-là il fallait faire un choix déchirant, et mon cœur s’est porté vers le charme brutal des îles Féroé. Ce show vient compléter parfaitement le défilé du Pagan Metal (forme de folk metal basé sur la mythologie nordique) qui a...




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.