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Entrevue avec Pauline Marois, Chef de l’opposition et chef du Parti Québécois

La chef du parti de l’opposition s’exprime en exclusivité dans le Polyscope sur les thèmes majeurs du Québec : l’économie, l’actualité, et bien sûr l’éducation. En pleine crise économique, quelles sont les réponses qu’apporte l’opposition face au gouvernement Charest ?

Bio:
Née à Québec en 1949, Pauline Marois est millante de la première heure au PQ. Attachée de presse de Jacques Parizeau, elle devient ensuite par la suite chef de cabinet de la ministre à la Condition féminine, Lise Payette. Elle devient député en 1981, puis ministre. Elle prend la tête du PQ en 2007, après avoir annoncé son retrait de la vie politique en 2006.

Pauline Marois est chef du Parti Québécois, mais incarne aussi depuis les élections provinciales de décembre la nouvelle vague du souverainisme au Québec. En pleine réouverture de la session parlementaire à Québec, elle a pris un peu de temps pour répondre aux interrogations des étudiants.Pauline Marois est chef du Parti Québécois, mais incarne aussi depuis les élections provinciales de décembre la nouvelle vague du souverainisme au Québec. En pleine réouverture de la session parlementaire à Québec, elle a pris un peu de temps pour répondre aux interrogations des étudiants.

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Selon le rapport d’un collectif citoyen dévoilé ce mardi, 31 % des Québécois de 20 ans n’ont pas de diplôme d’études secondaires. Madame Courchesne, ministre de l’Éducation, soutient ce rapport et a déclaré qu’elle allait faire des efforts dans ce sens là. Allez-vous soutenir le gouvernement sur ce dossier ?

C’est évident ! On questionne le gouvernement depuis un moment sur le fait qu’il ne se soit pas donné de cible sur le décrochage scolaire. Et oui, nous allons le surveiller. D’ailleurs, dans le cadre de la réforme sur l’éducation que j’avais engagée, même si je n’ai pas pu la suivre par la suite, l’un des objectifs était de modifier le type de formation que l’on offrait aux jeunes au niveau du secondaire, changer la pédagogie. Tout cela visait à réduire le décrochage scolaire. Il y a eu par la suite toutes sortes de réajustements et les ministres du gouvernement libéral n’ont pas toujours suivi cela avec beaucoup de détermination.

Mais par contre, dans le rapport qui a été déposé hier et que j’ai eu la chance de lire d’un couvert à l’autre, je trouve qu’il y a beaucoup de suggestions fort intéressantes et pertinentes. J’en ai justement parlé avec Pierre Curzi [député péquiste, Vice-président de la Commission de l’éducation, Porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation primaire et secondaire]. Nous avons l’intention de faire un débat autour de ces orientations là et de questionner la ministre sur le fait : qu’elle se fixe des objectifs, retenir le rapport ? Qu’en retiendra-t-elle ? Que va-t-elle concrétiser ?

Nous voulons aller très loin sur ce sujet, car nous pensons que l’intérêt du document qui a été déposé hier [mardi] est qu’il fait un très bon tour de piste de ce qui se fait de mieux au Québec. Regardez les expériences à l’étranger ! Personnellement, je suis sûr que ce n’est pas une seule mesure qui va venir à bout de cette réalité qui est inacceptable.

Justement, le fait que ce soit un collectif qui ait fait ce dossier et non des politiciens, ne montre-t-il pas que les politiciens sont un peu décrochés de la réalité ?

Moi, je ne pense pas que les politiciens soient décrochés, parfois ils sont trop occupés et il y a des choses qu’ils ne voient pas. Quand on regarde les mesures que l’on a mises en place quand on était au gouvernement, par exemple pour donner plus de pouvoir à l’école, au conseil d’établissement, ça allait exactement dans le sens du rapport.

Quand on a mis en place les services de garde, c’était aussi pour identifier les possibles décrocheurs et justement pour lutter contre le décrochage scolaire et non en faire des centres de prévention. Donc, ce qui est dans le rapport sont déjà des mesures soit soutenues pour le gouvernement, soit déjà identifiées. L’intérêt du rapport est de les avoir mises toutes ensemble ! Et oui, c’est une bonne contribution de citoyens, mais cela n’enlève pas que le gouvernement aurait pu aussi se préoccuper des aspects de ce rapport.

Dans ce cadre là, pensez-vous que les universités au Québec sont sous-financées par rapport aux autres provinces ?

Oh oui, mais vous savez, on a fait la démarche, j’étais au ministère de l’Éducation quand nous avons demandé une évaluation, à l’époque il y avait 325 M$ de manque à gagner si les universités québécoises voulaient être au même niveau que les universités canadiennes.
À l’heure actuelle, on doit s’être rendu à 400 M$.

Justement, quelles actions allez-vous mener dans les mois à venir pour contrer cela ?

Nous allons tout d’abord attendre de voir le budget pour questionner la ministre de l’Éducation, parce qu’à l’évidence, c’est une lourde responsabilité qu’elle a, et pour l’instant, ils ont fait de tous petits rattrapages, ils n’ont pas rattrapé la situation. On peine d’ailleurs à simplement couvrir le coût du système dans nos budgets, alors nous allons questionner la ministre et le gouvernement, parce qu’on pense qu’il est totalement inacceptable que l’on ne soutienne pas mieux notre enseignement supérieur. Vous savez les sociétés gagnantes dans le monde sont celles qui investissent dans l’éducation, qui investissent dans la formation et qui investissent dans la formation de leur main-d’œuvre.

L’UQÀM, est en grève aujourd’hui [mercredi], et l’on sait que la question de la dette n’est toujours pas réglée, allez-vous revenir sur ce sujet ?

Oui, une fois que le budget et les crédits (le programme de dépenses) sont passés, il y a des commissions parlementaires qui durent pendant 200 heures, chaque ministère est scruté à la loupe par les députés de l’opposition et le gouvernement est censé nous donner des réponses. Et sur le domaine de l’éducation, il est évident que nous allons tout d’abord poser la question du financement des universités, le décrochage scolaire et bien sûr l’UQÀM ; et de ce véritable fiasco auquel nous a mené le gouvernement. Nous pensons que le gouvernement a une responsabilité à ce niveau-là. Pendant la campagne, ils ont pris toutes sortes d’engagements, mais ce que l’on constate, c’est qu’ils ont menti aux gens. Ils n’ont pas dit la vérité sur le déficit, sur la péréquation, sur la Caisse de dépôt. Ils ont pris un engagement pendant la campagne sur l’UQÀM, alors on va leur rappeler leur engagement.

Sur le budget, pour obtenir un équilibre dans quel domaine feriez–vous des coupures ?

Nous, ce que l’on dit dans le fond, c’est que dans cette période-ci, il n’est peut-être pas nécessaire de faire des coupures sur certains budgets, mais plutôt de rehausser les investissements pour passer au travers de la crise et accepter qu’il y ait un déficit, mais maintenant à quelle hauteur ? Cela dépend de comment le gouvernement a géré la situation budgétaire. Ce que l’on sait, c’est qu’il a mal préparé le Québec à faire face à la crise, alors peut-être son déficit sera plus élevé. Mais dans un premier temps, l’idée n’est pas de couper nécessairement les dépenses, ça peut être de geler leur progression, mais c’est surtout d’avoir assez d’imagination pour proposer des mesures qui vont être intéressantes pour vraiment relancer l’économie. Je trouve que le gouvernement de Jean Charest a peu de nouvelles mesures et à un plan peu ambitieux.

Dans son discours inaugural le 10 mars, Jean Charest a annoncé que l’une des mesures majeures est de garder « 22 000 étudiants étrangers » qui viennent chaque année étudier au Québec. Le soutenez-vous sur ce point ?

Sur ce point, nous n’avons pas de problèmes, nous avons soutenu la politique d’immigration présentée par le gouvernement actuel. Maintenant, il faut y aller avec des nuances, il y a des pays en développement ou en émergence qui envoient des jeunes ou des adultes étudier ici avec entre autres des bourses et de l’aide de la part du gouvernement pour former des gens qui ensuite vont retourner dans leur pays, pour l’aider à progresser et à se développer. Je crois qu’il y a quelques nuances à apporter, mais pour le reste nous sommes tout à fait à l’aise avec cela.

Pensez-vous adopter le système des banques anglaises qui furent nationalisées pour qu’ainsi le gouvernement puisse contrôler cette partie économique (prêt, taux d’intérêts…) ?

Pas nécessairement, car notre système est très différent par rapport aux Américains et on a vu qu’il a très bien résisté à la crise financière américaine, on a eu des gains moins importants, mais je ne pense pas quoi que l’on doive se substituer aux banques, mais cependant le gouvernement à une maudite responsabilité, si vous me passez l’expression, du côté du message à envoyer du côté de la Caisse de dépôt pour qu’elle soutienne l’économie québécoise en laissant partir nos fleurons vers l’extérieur. Je pense entre autres à Alcan [société québécoise de production d’aluminium rachetée en 2007 par la société anglo-australienne Rio Tinto, puis en 2009 par la société chinoise Chinalco] ou Domtar [papetière québécoise qui a fermé de nombreuses usines ces dernières années].

D’autre part, les banques sont frileuses sur la question du risque et là, le gouvernement peut être utile en rendant disponible des fonds, pour des capitaux de risque notamment dans le démarrage d’entreprises. Et s’il y a une mesure qui pourrait être prise et qui n’est pas nécessairement de nationaliser les banques, c’est d’offrir des fonds là où les banques n’assument pas cette responsabilité-là. On a les moyens de le faire avec Investissement Québec [institution qui a pour but de favoriser l’investissement au Québec des entreprises québécoises et internationales], la SGF [Société générale de financement, société d’État québécoise, spécialisée dans le financement de projets destinés à favoriser la croissance économique du Québec] et la Caisse de dépôt pour ce qui est des prises de capital [toutes ces institutions permettent aux créateurs d’entreprise d’avoir des fonds mêmes si les institutions bancaires « classiques » refusent leur projet].

Dernièrement il y a eu quelques chicanes entre le Québec et la France, notamment avec Nicolas Sarkozy qui a exprimé le souhait d’un Canada fédéré. À l’époque vous aviez envoyé un courrier avec Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois pour dénoncer cette ingérence dans les affaires québécoises auprès du Président de la République Française. Avez-vous été satisfait de sa réponse ?

Nous n’attendions pas de réponses, parce que nous n’attendions pas d’excuses. Nous espérions juste que le Président comprendra mieux ce qui se passe au Québec, mais il n’a pas vraiment répondu à nos préoccupations.

Cette ingérence vous dérange-t-elle ?

Ce qui nous dérange surtout, c’est qu’il interprète de façon inadéquate nos orientations comme formation politique et la volonté que nous avons de faire du Québec un pays souverain. Ce n’est pas un repli sur nous même, ce n’est pas de la frilosité ni du sectarisme. Je pense que le message a été envoyé clairement au Président de la France.

Jean Charest a déclaré : «Hier, M. Obama a dit qu’il mettait 15 milliards pour stimuler les PME. On en met deux milliards uniquement au Québec, c’est à peut près cinq fois plus toutes proportions gardées». Le Premier Ministre serait-il plus intense dans son travail que le Président Amércain ?

Je trouve que c’est un peu gênant que Jean Charest se compare à Barack Obama.

Ce mercredi, le Pape Benoît XVI a déclaré : «régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs. Au contraire, leur utilisation aggrave le problème» Quel est votre point de vue sur la question ?

Écoutez, on est passé à autre chose, nous sommes un gouvernement où il y a une séparation entre l’Église et le Pouvoir. Et l’État a la responsabilité d’identifier tous les moyens utiles et pertinents pour les citoyens dans le cadre des maladies sexuellement transmissibles.

Comme aussi toutes les citoyennes qui vivent des situations de détresse, ont le droit de choisir si elles veulent utiliser l’IVG [interruption volontaire de grossesse, désigne un avortement provoqué] ou non, alors imaginez que pour moi, le préservatif c’est le minimum.

Lors d’un sondage paru dans le Journal de Montréal cette semaine, vous êtes la personnalité politique au niveau provincial préférée des Québécois. Cela montre-t-il que votre image de femme hautaine et guindée a changé au fil des dernières années pour devenir plus populaire?

Et bien, écoutez, les gens apprennent à me connaître un peu mieux. Et cela est toujours agréable, quand on est mieux connu, si on est mieux aimé. On ne peut pas dire que c’est détestable entre vous et moi ! Alors oui, cela fait plaisir !

Quand on parle de l’École Polytechnique de Montréal, qu’est-ce que cela vous évoque ?

À un évènement malheureux, et à des évènements heureux aussi. D’abord, j’ai un neveu qui a vécu chez moi pendant qu’il graduait à Polytechnique. Comme ministre de l’Éducation, j’ai toujours été très fière de cette institution. Mais comme femme, évidemment j’ai une grande tristesse à chaque fois que l’on dit Polytechnique, quand je pense à ces femmes qui malheureusement ont été fauchées alors qu’elles voulaient simplement aller chercher une formation dans des métiers non traditionnels pour les femmes.

Le décrochage scolaire au Québec

Quotidiennement, 100 jeunes quittent le secondaire. Sauver un décrocheur coûterait de 10 000 à 20 000 dollars, tandis qu’un décrocheur coûte 120 000 dollars à la société. À l’âge de 20 ans, 31% des jeunes Québécois n’ont toujours pas obtenu un diplôme d’études secondaires ou l’équivalent.

Mardi dernier, un groupe de citoyens menés par M. Ménard, président de la Banque de Montréal, a fait une dizaine de propositions pour essayer de passer ce décrochage scolaire de 31 à 20% en quelques années.

L’affaire Sarkozy

Le 2 février dernier, le Président français reçevait à Paris le Premier Ministre québécois Jean Charest pour lui remmettre une distinction. Durant le discours qui a suivi, il a déclaré que pour aimer le Québec, il n’a pas besoin de détester les autres et s’est dit contre le « sectarisme » et « l’enfermement sur soi »,
en faisant visiblement allusion au mouvement souverainiste. Dès le 4 février, Pauline Marois et Gilles Duceppe écrivaient une lettre dans laquelle ils déclareront notamment : « contrairement à l’idée que vous semblez avoir de nous, les indépendantistes québécois sont favorables à tout ce qui permet au Québec de s’ouvrir au monde » et que jamais « un chef d’État étranger n’a autant manqué de respect aux plus de deux millions de Québécois qui se sont prononcés pour la souveraineté ».

Je tiens à remercier les deux chroniqueurs à la section Culture : Raphaelle Occhietti et William Sanger qui ont préparé cette entrevue avec moi ainsi que Monsieur Christophe Guy. Mais aussi Mademoiselle Amélie Lefort pour tous ses très bons conseils tout au long de l’année et son carnet d’adresses.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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